Vous avez dit handicap?

Handicap… infirmité… claudication… gêne physique!

Voici une histoire vraie pour évoquer ce délicat sujet!

Pilote de montgolfière, pro pendant quelques années, je participais à la semaine des ballons à Château d’Oex. Un jour où les conditions météo n’étaient pas très bonnes pour décoller, notre sponsor nous avait demandé de faire du captif pour des gosses handicapés. Pour les non initiés, je précise qu’un ‘captif’ consiste à gonfler le ballon et grâce à 3 cordes de 60 mètres on fait des «ascensions» d’une quarantaine de mètres.

L’aérostat étant prêt, je m’intéresse aux gosses. Et là c’est un choc… Tous en chaises. Leur état? Tous très très… Non je me refuse à trouver un qualificatif… Un souvenir bouleversant pour moi.

Mon collègue pilote prend les commandes. On embarque une infirmière et profitant de ma bonne condition physique, j’officie comme «chargeur». Avec de l’aide au sol j’empoignais chaque enfant pour l’extraire de sa chaise et à bout de bras je le «passais» à l’infirmière dans la nacelle. Pour l’occasion on avait installé une sorte de siège car vous pensez bien que nos petits passagers ne pouvaient pas se tenir debout, même pour quelques minutes que durait l’ascension. Ce jour, j’ai lu de la joie et de l’émerveillement dans leurs yeux.

La suite?…

Arbitre, je demande un temps mort!

Devant mon clavier, me remémorant cette histoire d’il y a plus de 25 ans, j’ai les larmes aux yeux…

Je précise que  borgne de naissance je porte les traces infimes d’un strabisme convergeant. Oui je louche un peu, merde… Mais coquetterie masculine aidant, je présente toujours mon ‘bon profil’ et il faut être futé pour déceler ce ‘défaut de construction’ au premier coup d’oeil .

Et pourtant…

Pendant l’une des ascensions navettes du ballon, je m’installe près des enfants. L’un d’eux me toise et me pose une question que j’ai de la peine à comprendre tant son élocution est à l’image de son état physique…

«T’as quoi à l’oeil?»

« Rien spécial!»

«Mais… qu’est-ce que t’as à l’oeil?» répète mon interlocuteur

Au vu de son insistance je ‘passe aux aveux’: «Je ne vois que d’un oeil!»

Vous attendez une conclusion en forme de chute à cette histoire?

Tenez-vous bien:

«Ah! Alors t’es handicapé, comme moi!»

Tout est relatif… même le sens du mot handicapé!