Les artichauts

J’avais écrit ce texte pour mettre mes amis de bonne humeur lors d’une fin d’année.
Il supporte très bien le mois de février non? Dont acte !

« J’aime pas… les rhododendrons » C’est une chanson lancinante et drôle du regretté Sim, des années… euh! bon des années de ma jeunesse, c’est à dire… il y a longtemps! Moi, « j’aime pas… les artichauts » Ce n’est plus une chanson, mais une réalité. Je n’aime pas les artichauts parce que je suis né dans une famille de terriens qui ne mangeaient ni poisson, ni ortolans, ni bouillabaisse, ni caviar, ni… artichauts, merde quoi?

Puis j’ai quitté mon village des rives lémaniques pour aller gagner ma vie! J’ai bouffé de la vache enragée… mais jamais d’artichauts, dont le regretté Coluche disait que c’est le seul vrai plat de pauvre puisqu’il en reste plus dans l’assiette quand vous terminez que quand vous avez commencé! Puis la vie (eh! oui… chienne de vie) m’a jeté dans le lit d’une demi-italienne. Epoque bénie mais sans être assez au fait des réalités de l’existence pour apprécier de partager la couche d’une Piémontaise alors que j’allais, un peu plus tard sombrer corps et biens dans les draps d’une vraie allemande! Mais revenons à nos mout… à nos artichauts!

C’est à ma demi-ritale que je dois d’avoir goûté, si ce n’est au fruit défendu, aux artichauts. Je crois l’avoir dit: je ne suis pas un « aficionado » de la  » plante potagère cultivée pour ses capitules (famille des composées, genre cynara) dont on mange le réceptacle et la base des bractées  » mais, l’amour aidant, et la coexistence en dépendant, j’y ai goûté (mais non… tas d’ignares… pas au fruit défendu… mais à notre artichaut de malheur!) J’en ai donc mangé, sans forcément apprécier le genre « cynara », mais j’ai joué le jeu, en laissant plus dans mon assiette à la fin qu’au début, selon la loi de San Michele Colucci. Puis je me suis marié avec cette merveilleuse fille du Nord qui est toujours ma femme. (Encore que, si elle persiste à me cuisiner des artichauts à la mode de  Rhénanie, elle risque fort d’augmenter la liste déjà longue de mes ex-épouses!) L’autre jour, ce fut « la goutte qui fait déborder la marmite »: ma Walkyrie préférée m’a servi des artichauts… (là, je mets 3 points de suspension… et je souligne) froids.

Je laisse un espace afin que vous mesuriez mon état de cachexie. Déjà que des artichauts… chauds… bon! Mais des artichauts… froids. Non, même la rime n’est pas d’accord! J’aurais voulu vous épargner le chapitre qui suit: vaisselle cassée… cris… bouderie… recherche de l’adresse du « Bureau des divorces » sur Internet… bref, on était très loin de la situation sentimentale propice à la confection des bébés! Pour preuve, nous n’en fîmes point, peut-être étant de ceux dont on dit qu’ils « ont un coeur d’artichaut »! Pour abréger je me suis précipité sur mes sources littéraires et culinaires pour tenter de mettre le nez de mon épouse (qu’elle a adorable du reste!) dans une bonne bouillie d’artichauts.

J’ai consulté MM. Larousse, Robert, Littré, Curnonsky… et finalement trouvé chez M. Raymond Oliver:

Artichauts entiers bouillis : Parer… etc, faites cuire… gros bouillon…. etc retirer les artichauts avec une écumoire…

Artichauts entiers chauds : Dressez les artichauts, préparés selon la méthode ci-dessus, dans le plat de présentation et servez-les avec une sauce vinaigrette.

Artichauts entiers froids : Même préparation que ci-dessus; laissez refroidir les artichauts que vous dressez dans le plat de présentation et servez avec une sauce vinaigrette.

J’avoue être responsable du soulignement des mots « laisser refroidir » et s’il faut à cette petite histoire, une morale trouver je dirais : Mieux vaut laisser refroidir les artichauts que les relations conjugales! Là-dessus, je vous quitte, ne voulant pas laisser refroidir ma couche, surtout si sous la couette je devais y retrouver une cuisinière de la banlieue de Krefeld, spécialiste du réchauffement de ce qu’on aurait pu laisser refroidir!