Camping

Une vie de campeur

 Accrochez-vous, mettez des vêtements chauds car cette histoire ne vous emmène pas au soleil (en tous cas pas en son début!)

Tout a commencé en 1949… j’avais 8 ans. Il s’agissait de «vie au grand air», de « camps » et de « campements » car on n’avait pas encore accepté que les anglo-saxons nous imposent le mot ‘camping’. Mon père bûcheron, pour nourrir sa famille, soumissionnait aux enchères des coupes de bois dans le Jura vaudois. C’était l’époque de l’immédiat après-guerre. On ne parlait pas de crise mais il y avait pourtant bien moins d’argent dans les ménages que maintenant et aucune assurance sociale.

Personne pourtant ne se plaignait!  Pourquoi hein? C’est simple: ils n’avaient pas à se priver de voiture, seconde voiture, villa, piscine, machine à laver le linge et la vaisselle, téléphone mobile, frigo et congélateur, vacances, voyages dans les îles, ordinateur, micro-onde, four à chaleur tournante et camping car pour la bonne raison que ces «merveilles du progrès» n’existaient tout simplement pas pour les classes euh… ‘normales’.

Fin de la digression.

J’accompagnais mon père dans ses chantiers forestiers pendant toutes mes vacances estivales. Je courrais toute la journée dans les sentiers et les clairières, j’explorais les sous-bois, je faisais les courses au village et j’avais même confectionné mon premier potage sur le foyer de plein air. Mon père avait eu la gentillesse de me féliciter pour la saveur de ma ‘soupe’. Avec le recul je me rends compte qu’il était indulgent…

A la nuit tombante, il positionnait son vieux tracteur ‘International’ près d’un sapin. On posait un tronc ébranché en appui sur l’arbre et sur le tracteur. Une bâche trouée qui avait dû abriter les soldats de la Première Guerre mondiale posée sur cette «panne faîtière» rudimentaire nous protégeait des averses fréquentes dans le Jura en été. Et quand je dis «protégeait» il faut y voir le peu de sens des réalités inhérent à mon jeune âge. Ce fût mon premier campement! (Pour les vernaculaires, c’était sur un sentier entre la Place Lamartine sur le Chemin de Guinfard et l’Archette…)

Vînt l’inoubliable expérience du scoutisme. Si on fait abstraction des principes militaires et momiers de Sir Baden Powell, les éclaireurs m’ont enseigné le sens pratique qui me fût utile toute ma vie. Nous campions sous des toiles Spatz et Savary. Les plus âgés apprécieront! Nos chefs de troupe et de groupe nous emmenaient dans le Jura vaudois, au Pas du Lin et à Zinal. C’était Jacques Locatelli, devenu syndic (maire pour les Français) de Nyon pendant je crois 12 ans et Philippe Zeller futur Colonel commandant d’une place d’armes dans le Nord vaudois!

Ensuite ce furent les dépaysements et les découvertes géographiques, principalement avec mes amis du Club Alpin Suisse. (Salut particulier à mon ami Michel Vogler!)

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Nous avions évolué en matière de ‘matos’ et utilisions des tentes iglou type Dunlop et North Face. Sans parler des vêtements en duvet, GoreTex et toutes sortes de matériaux modernes efficaces contre le froid et la pluie.

J’ai fait une expédition de 350 km à ski de fond en Laponie finlandaise et norvégienne, Ivalo, Inari, Kargasniemi, Alta, 400 km au Nord du Cercle polaire, 37.5° sous zéro… et aussi une nuit, sans tente, oui vous avez bien lu: sans tente… sur un trottoir de Hammerfest la ville la plus septentrionale d’Europe, sous un avant toit, sommairement couvert de plaques de fibre de verre trouvées sur un chantier me permettant de dormir (Dormir? Tu rigoles non!) à moins 30°. Au souvenir de la fibre sur ma peau je ressens encore aujourd’hui des démangeaisons sur tout le corps!

Je n’oublie pas mes nuits sous tente plus traditionnelles avec mes enfants à Zermatt pour pratiquer le ski d’été. Et avec une amie nous avons aussi « cohabité » avec les sangliers dans la périphérie lausannoise… (Salut Corinne!)

Quelques bivouacs, toujours sous tente, d’une semaine au-dessus d’Arolla avec le Club Alpin Suisse de Lausanne, à près 3000 m. et des douces températures nocturnes de 24° sous zéro. J’avais même eu les honneurs du journal officiel du CAS

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Couverture du journal du Club Alpin Suisse. Ma tente marquée « To the Summit »

Igloo Arolla.jpegUne sympathique veillée entre amis chantant dans un iglou !

Il y eût aussi une expédition en Alaska sans tente cette fois mais dans les cabanes du Lac Pirate entre Talkeetna et Fairbanks. Vu les courants d’air on peut assimiler cette expérience à du ‘camping’ et, dans les Alpes valaisannes, une nuit mémorable que je ne résiste pas à vous conter, espérant que ma femme ne me lira pas car à la réflexion je ne devrais pas m’en vanter… et je ne m’en vante pas!

Je l’avais emmenée assister au passage de la fameuse Patrouille des Glaciers, une course difficile à ski et peaux de phoque qui conduit les concurrents de Zermatt à Verbier. En son temps j’avais disputé cette épreuve et voulais montrer cette ambiance à ma femme accompagnée d’une amie. Départ de Verbier à peaux de phoque et montée par le col de la Chaux (2940 m) vers les contreforts de la Rosa Blanche. Nous avons établi notre camp vers 3400 m d’altitude. Mes deux compagnes n’ont pas fermé l’oeil, transies de froid. Au petit matin, avant l’apparition du soleil, le thermomètre marque encore moins 12°. Je chauffe l’eau pour le café au moyen d’un réchaud à propane. Je les bouscule un peu pour qu’elles se mettent en mouvement. Ce n’est pas la joie. Elles n’arrivent pas à se réchauffer. Je donne mon sac de couchage en duvet encore bien chaud à l’une et mes chaussons rembourrés de la même matière à la seconde. Jusqu’à cet instant, elles n’avaient pas remarqué mon équipement de vieux briscard des cimes hivernales…

Je vous passe les épithètes qui se sont abattus sur ma tête… Et les noms d’oiseau dont le fameux canard Eider, le «fournisseur officiel» des plumes d’édredon!

Je vous disais plus haut que je ne suis pas très fier de moi mais vous allez aussi vous mettre aux insultes quand je vous aurai avoué que si je n’ai pas eu froid, c’est aussi parce que j’avais bénéficié de la protection thermique de mes deux voisines jouxtant la fine toile… Eh! J’avais dormi entre les deux!

J’ai terminé ma trajectoire de campeur sous tente en Himalaya, sur les pentes du Cho-Oyu, un des 14 huit mille, auquel nous nous étions attaqués, manquant le sommet pour quelques encablures seulement. Nous avons vécu une nuit de tempête au col du Nangpa Là, à 5800 m. d’altitude, à la frontière sino-népalaise. Les bourrasques étaient tellement fortes que les membres de l’expédition sortaient retendre les cordes et poser des blocs de neige dure et gelée pour maintenir nos frêles dômes de toile au sol… C’était dantesque!

Puis notre dernier bivouac himalayen qui dura trois nuits par moins 30°… à plus de 7300 mètres. Si ce chiffre ne vous dit rien, demandez à ceux qui ont survécu à trois nuits à cette altitude. Il ne doit pas y en avoir beaucoup…

Toujours au chapitre de nos aventures au grand air, un peu moins intrépides je le concède, pendant 15 ans nous avons fait chaque année le voyage d’Espagne en Suisse, avec de très petits moyens. Nous avons dormi dans notre Citroën CX Break genre ambulance, dans une Fourgonnette C15 (un peu ‘ristretto’ même avec un aménagement de menuiserie astucieux mais sommaire), puis dans une Berlingo aussi équipée et pour finir, le luxe: un fourgon Citroën Jumper standard dans lequel j’avais fabriqué et aménagé  un double lit, frigo, Camping gaz, armoires pratiques et tente extérieure confectionnée ‘maison’ !

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Ce furent ensuite 2 années avec une caravane mais ma femme ne s’est jamais sentie à l’aise pour conduire ce genre d’attelage…

IMG_5542.JPGNous avons alors passé au camping-car. Nous avons choisi l’objet à la mode: un fourgon aménagé, Fiat Ducato Weinsberger et depuis nous passons chaque année plusieurs mois sur les routes espagnoles, françaises, suisses et allemandes.

Nous dormons dans des campings qui vont de l’escroquerie espagnole à 45€ la nuit (authentique, dans les Pyrénées catalanes) à la norme française des campings municipaux de toute la vie à 12€ la nuit. Nous rendons visite à nos familles en Suisse, à nos amis de France et même à la famille de ma femme en Allemagne. Ci-dessous un camping ‘pas comme les autres’… Nous avons passé quelques jours chez des amis du Nord (59) qui nous ont accueilli dans leur grand jardin. Le luxe je vous dis ! (Salut Monique et Claude)

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Quand l’hiver andalou nous rappelle trop ceux du Nord nous mettons le cap sur l’Atlantique et ses déserts de sable, ses oiseaux du Parc de Doñana et, bien sûr, le tout généreusement arrosé de la fameuse Manzanilla de San Lucar de Barrameda.