Amis des arts…bonsoir !

J’ai lu cet article dans la presse. Ce doit être vrai non ?

« Acheté 10 euros chez Ikea, un tableau d’inspiration « street art » a fait grand effet auprès d’amateurs de peinture au musée d’Art Moderne de Arnhem aux Pays-Bas. Pour réaliser une petite blague et tromper leur sens critique, un homme a exposé, au beau milieu de ce musée, une toile achetée chez le géant du meuble. Confrontées à ce tableau signé par un certain « Ike A ndrews », de nombreuses personnes n’ont pas hésité à donner un avis très positif en estimant même que celui-ci devait valoir des sommes astronomiques. Lorsque ensuite ils ont su qu’il s’agissait d’un tableau acheté chez Ikea, beaucoup d’entre eux n’en sont pas revenus d’avoir été victimes d’une telle supercherie ».

Le thème étant défini, voici mon histoire… de l’art !

 Années 64 ou 65, sais plus !

Avec des collègues d’une maison d’édition dans laquelle je travaillais nous avions organisé une sortie lacustre de Nyon (Suisse) vers Nernier (Haute Savoie). Soirée filets de perches, bien sûr!

Vaslav, un des collègues participant à la sortie, fils du fameux musicien Igor M. ressemblait paraît-il à son célèbre père.

Dans le restaurant l’ambiance s’intensifie car nous ne sommes pas en retard avec le liquide qui accompagne le poisson. A une table voisine une jolie femme seule ne cesse de mater Vaslav puis, n’y tenant plus, s’approche de notre équipe bruyante et reçoit la confirmation de l’identité du fils de…

Elle se joint à nous et participe sans complexe ni retenue à nos libations. Vers 1 heure du matin, à la sortie de l’estaminet elle nous invite à « prendre le dernier » chez elle. Elle habite dans une très charmante maison villageoise cossue et là nous apprenons qu’elle est la femme d’Ellis Z., fameux peintre du Sahara et du Léman qui était en voyage, ceci expliquant cela, vous le verrez ! Elle nous fait l’honneur de son bar particulièrement bien garni. Les 5 ou 6 ‘machos’ de notre équipe ont tous, je dis bien tous, l’œil égrillard pour notre mignonne ‘amphitryonne’ mais c’est, vous l’aviez deviné, le fils du musicien qui avait enlevé le morceau si vous me passez cette expression un peu triviale. Qu’à cela ne tienne, nous noyons notre chagrin dans quelques élixirs et passons dans l’atelier du peintre. C’est là que la ‘merde s’installe’…

Il y a parmi nous deux graphistes qui proposent de s’exprimer en attendant le retour des libidineux. Une perquisition dans la lingerie nous procure un magnifique drap de 2 x 2.40 mètres qui est aussitôt posé sur le sol ancien de l’atelier en pavés d’origine. Un des graphistes ouvre le premier pot de peinture et commence à donner quelques légers coups de pinceau sur le drap. Le second lui emboîte le pas. Puis les autres ‘fêtards’ dont je fais partie se joignent à la confection du chef d’œuvre avec des pinceaux toujours plus gros. Le tableau prend des allures beaucoup moins raffinées, à l’image des scélérats qui finissent par renverser directement la peinture sur le drap, à pieds nus dans la barbouille. Et le ‘happening’ se transforme en orgie, il n’y a pas d’autres mots. Un reste de lucidité nous fait sauver nos habits et la bacchanale se termine en slip. La peinture c’est glissant, vous le savez, et notre ballet coloré et éthylique se termine à plat ventre ou sur le dos. Le lac est à 50 mètres et nous abandonnons l’art et les caleçons pour un bain de minuit (minuit ? bon il est plus de 4 heures 30 du matin !) qui nous dégrise un peu. Fait soif non ? Retour à la maison du peintre. Notre couple improvisé en a terminé avec ses activités et cette brave dame découvre l’étendue du désastre : personne n’a bien sûr pensé à mettre une alaise sous le drap et quand nous retirons la «performance artistique de groupe » nous en avons deux pour le même prix : l’original et sa copie par capillarité parfaite sur le sol en pavés anciens. Aïe !

Nous avons appris beaucoup plus tard qu’au retour du peintre il n’a pas pu effacer la peinture au sol, donc sa mignonne épouse s’est pris une bonne dégelée et s’est retrouvée à la rue, définitivement, ce qui me fût confirmé par sa fille rencontrée 20 ans plus tard dans d’autres circonstances.

Revenons à la fin de l’épisode ‘artistique’. Nous éclusions «le dernier pour la route » sur la place du village avec bien sûr l’œuvre d’art au sol finissant de sécher. Et c’est là que notre histoire a une petite similitude avec ces cons de visiteurs du musée de Arnhem qui estimaient à plusieurs centaines de milliers d’euros une toile achetée chez Ikea pour 10 balles et qui se pâmaient devant « cette forme de symbolisme et spécialement le magnifique esprit d’un artiste qui met toute son émotion dans sa peinture »… les connards !

Les admirateurs de notre oeuvre, des Genevois très ‘bonne société calviniste’ qui rentraient d’Evian n’en pouvaient plus de s’extasier en raffinant et de se gargariser devant le génie de la palette de couleurs (tu parles !) de l’artiste.

L’histoire est si ancienne que je ne me souviens plus très clairement (if you see what I mean) des détails finaux. Faut croire que nous avions retrouvé notre bateau puisque je me suis réveillé à Nyon à 7 heures du ‘mat’, sur une terrasse devant… une bière bien sûr.