J’ai un ami arabe

(Oui j’ai un ami arabe mais shhhhht ne le dites pas à Marine!)

Il se nomme Yuber Brahim.

Il est d’origine maghrébine, il a une bonne bouille et c’est mon ami… nul n’est parfait!

Né au Maroc dans le Sahara occidental sa langue maternelle est l’arabe mais il n’est plus très ‘performant’ dans cet idiome. Son village d’origine était, avant 1976, un protectorat (j’adore ce mot!) de l’Espagne. Donc mon ami Yuber est arabe de bonne souche et ethnie, mais avec un passeport espagnol. Il a fait son armée en Espagne, arrive en Suisse à 19 ans, travaille pendant 20 ans à Bâle dans un fameux restaurant, est détenteur de la patente de cafetier-restaurateur, ce qui explique que SA VRAIE langue, celle dans laquelle il pense, est le Basler Dütsch… J’ajoute qu’en plus de l’idiome espagnol il comprend et parle à peu près convenablement l’allemand, l’anglais, l’italien et bien sûr le français! Son épouse aussi espagnole m’avait confié que son gag favori était de garer sa bagnole immatriculée en Suisse n’importe comment à Madrid provoquant chaque fois l’intervention du flic de service qui l’abordait en lui demandant ses papiers. Son plaisir: répondre en suisse-allemand “Ich verstoh nüüt was Sie mir säget” ou quelque chose d’approchant, en accentuant les mimiques propres à «ceux de son ethnie (!)». Je vous le dis: il aurait pu être acteur le bougre! Et quand il décidait ‘enfin’ de «comprendre» il sortait son passeport «ibérique» alors que sa pauvre femme se contorsionnait pour essayer de disparaître sous son siège et l’ami Yuber hilare prenant son pied à voir la gueule du représentant de l’ordre… Et il se permettait ce genre de gag alors que l’Espagne était gouvernée par un certain Francisco Franco… c’est dire l’aplomb de mon ami!

Dans les années 80 il a repris un restaurant dans un village du Jura suisse où j’avais une entreprise de peinture; il m’a confié beaucoup de travaux. Comme il manquait de liquidités, nous avons fait un arrangement: je mangeais quasi tous les jours dans son restaurant, souvent avec ‘mon équipe’ et il mettait « en compte » sur mon ardoise. Pour mes travaux, il était convenu que je tenais les comptes chez moi.

Et ça a duré près de trois années. Jamais de facture, jamais de note de restaurant. Un soir j’ai même ajouté 3 bouteilles de Champagne sur mon compte à l’occasion d’un anniversaire…

Toute bonne histoire a un épilogue! Un soir d’affluence dans son restaurant, je l’interpelle devant les consommateurs:

«Yuber, j’ai fait le décompte de nos années d’échanges!»

Il me paraît soudain plus ‘gris’ que d’habitude.

«Tu me dois exactement cent francs!»

Il reprend des couleurs… met la main au portemonnaie et me tend, apparemment soulagé, un billet de 100 balles. Il prend l’assistance à témoin pour me faire préciser que c’est vraiment le solde de tous comptes.

Je confirme.

Plus tard il m’avouera qu’il n’avait jamais gardé les tickets et moi de lui confesser que je n’avais jamais non plus tenu de comptes…

«Mais alors pourquoi m’as-tu demandé 100 francs?»

«Pour le plaisir de piquer 100 balles à un arabe!»

«Salaud!»

Ende der Geschichte…

L’histoire a plus de 30 mais je sais qu’il la raconte souvent aux jeunes pour leur faire l’éloge de l’amitié! C’est pas beau ça?

Il y a une suite. Je vous la conterai un de ces jours sous le titre

Fête nationale helvétique et… couscous!