Célébrités, tour du Léman à vélo… et en Alfa Romeo

Rien à cirer du foot, mais j’ai rencontré des footeux ! Je plaide non coupable car ce n’était pas de ma faute. Na !

Années 70. Lausanne. On m’a ‘parachuté ‘dans une équipe de gais lurons. A l’aise financièrement, tous roulent Alfa Romeo de chez Maurer, le garagiste qui cultive en plus de ses amitiés, son accent bernois à couper au couteau! Avec ces truculents amis les apéros duraient toujours jusqu’à point d’heure.

On me présente Roby, puis Richard et Eric.

Mon patron qui roulait Alfa GTA (une hyper sportive de 150 CV au volant de laquelle je rentrais chez moi un soir sur deux car j’avais manqué le dernier train!) faisait partie de cette confrérie de «pèdzes» et avait invité les trois compères à visiter sa (notre !) entreprise, la deuxième reliure industrielle de Suisse: 40’000 livres par jour et 240 employés. Chef du personnel (on ne disait pas encore directeur des relations humaines…) j’étais accessoirement en charge de promener les gens importants dans les ateliers pour des visites commentées. C’est ainsi que j’ai ‘piloté’ nos trois ‘alfistes’ Roby, Richard et Eric dans les ateliers où ce n’étaient que chuchotements, commentaires et éclats de voix. J’entendais des noms. Je voyais que mes convives saluaient ceux qui les interpellaient. J’ai bien dû me résoudre à demander le pourquoi de tant d’intérêt et j’ai appris que Roby Hosp, Richard Dürr et Eric Burgener étaient de fameux footballeurs. Tous avaient joué en Ligue nationale A, au Servette de Genève et au Lausanne Sport, en Equipe nationale et certains avaient participé à des Coupes du Monde. Que du beau linge sportif! Mais rassurez-vous: De découvrir leur prestigieux passé n’a rien changé à nos relations.

Au cours d’une soirée plus qu’arrosée avec la «bande à Maurer» je leur disais, provocateur, que le foot était un sport de gonzesses comparé au vélo (je roulais alors 5 à 8’000 km par année!). Sûrs d’avoir un bon reste de condition physique ils ont proposé de m’accompagner pour une sortie cycliste. C’est ainsi qu’avec Roby Hosp, Richard Dürr et une douzaine de lurons festifs nous avons fait un tour du Léman à vélo (178 km).

Bon… pour eux ‘une partie du tour’ car sans manquer de respect à leur célébrité je dois dire que mes deux lascars, ex-vedettes de la baballe, à court d’entraînement (sic!) avaient fait une partie du trajet dans une des Alfa suiveuses en se cachant, vélos dans le coffre et que notre périple s’achevait dans une fameuse hostellerie de la côte française. Très aviné (mais prétentieux et optimiste!) j’avais décidé de finir ce tour du lac à vélo, tout seul. J’avais «merdoyé» dans la région de la roselière du bout du lac, près du Bouveret où j’avais trouvé un raccourci avec de l’eau jusqu’à la ceinture, tenant mon Mercet carbone à bout de bras au dessus de ma tête. Il faut dire que cet engin valait plus de deux de mes confortables salaires mensuels et qu’il devait donc me rester une once de lucidité et de bon sens. En temps normal le tour du lac me prenait 4 heures 45 (plus de 37 km/h de moyenne) mais ce jour-là il m’avait fallu plus de 12 heures en comptant le «ravitaillement intermédiaire ». Je suis arrivé au but sain et sauf mais j’avoue n’avoir que des bribes de souvenirs de la dernière partie de ce tour du Léman pas comme les autres !