Une vie courte mais exceptionnelle !

Il se nommait Adolphe Pégoud. Il était né en 1889.

Apprenti boucher puis militaire professionnel, sa vie ne le satisfait pas. Il profite d’une occasion qui ne courrait pas les rues au début du siècle passé: son baptême de l’air! Il s’engage alors comme aide mécanicien chez Louis Blériot, qui vient d’accéder à la célébrité en étant le premier aviateur à traverser la Manche. Il réussit son brevet de pilote mais de basses raisons pécuniaires ne lui permettent que peu de prendre l’air…

Il ronge son ‘manche à balai’ (si je puis dire!) en travaillant en atelier à toutes sortes de dispositifs pour améliorer la sécurité des vols, précaires à cette époque. Les statistiques sont effrayantes: 1910, 110 pilotes se tuent. Malgré les décrets officiels de restrictions des vols on compte encore 140 morts en 1912…

Heureuse nouvelle: En 1913 le Français Frédéric Bonnet met au point le parachute, une invention dont les origines sont floues: Leonardo da Vinci l’avait dessiné et les frères Montgolfier l’avaient expérimenté, comme beaucoup d’autres qui s’élançaient avec de vulgaires parapluies avec les conséquences qu’on imagine… Le 19 août 1913 Pégoud se porte volontaire pour essayer l’objet. Blériot lui permet d’utiliser un ‘vieux’ coucou réformé et destiné à la casse… Adolphe Pégoud grimpe à 400 mètres et se jette dans le vide et rejoint le sol sans problèmes. Alors que le parachutiste descend l’avion sacrifié exécute, livré à lui-même, de manière inattendue, un «looping»… la figure que notre ‘casse cou’ rêve d’effectuer aux commandes d’un aéroplane.

Alors Louis Blériot accepte que son pilote fasse le «guignol» (ce sont ses termes) aux commandes d’un nouvel appareil, mais exige que l’expérience se déroule à huis clos. Le 1er septembre 1913, arrivé à 1000 mètres d’altitude à l’aplomb de Viry-Châtillon Pégoud renverse son avion et se met sur le dos pendant quelques secondes. Il dira: «Je suis là-haut comme chez moi, comme chez le coiffeur au moment où, après la barbe, il me vaporise du vinaigre». Le lendemain, à Buc cette fois, devant une brochette d’officiels et une foule conséquente, l’acrobate réédite sa cabriole en ajoutant quelques tonneaux, glissades et vrilles supplémentaires. Deux semaines plus tard il boucle la boucle (in English looping the loop) effectuant le tout premier looping de l’histoire de l’aviation!

Par cet exploit Pégoud avait démontré au milieu aéronautique qu’un avion en mauvaise posture supportait des changements de cap hier encore impensables. Lors des nombreuses démonstrations auxquelles il fût invité, en Grande Bretagne, Autriche, Italie, Norvège et même en Russie il déclarait: «J’espère avoir prouvé à mes camarades qu’il faut avoir confiance en soi et ne jamais désespérer, même dans les situations qui semblent les plus critiques»  Quelle belle affirmation!

Malheureusement le 31 août 1915, deux ans et cinq mois après son baptême de l’air «Soif d’Azur» comme on le nomme désormais est touché à l’aorte par une balle ennemie. Déboussolé, son Morane-Saulnier s’écrase près de Belfort. L’as, crédité de 6 victoires, y sera enterré avec les honneurs militaires. Pendant l’enterrement un avion ennemi survola la cérémonie et largua une couronne enrubannée: «A l’aviateur Pégoud, tombé au combat. Hommage des vainqueurs». Trois ans avant la fin de la guerre, ces prétentieux allemands se faisaient encore des illusions sur l’issue du conflit !

Adolphe Pégoud avait 26 ans. Ma grand-mère maternelle née en 1888, une année avant l’aviateur, est morte sénile à 90 ans. Choisis ton camp camarade disait Coluche, lui aussi mort trop tôt!

Cet article est partiellement tiré de ma collection de L’ILLUSTRATION de cette époque avec bien sûr des compléments d’informations sur le net!