Ma rencontre avec Salvador Dali

28 ans après son décès des salopards vont exhumer les restes de Salvador Dali pour une sombre affaire de recherche de paternité. Imaginez cette pauvre enfant qui cherche son papa. Elle a 61 ans, c’est pathétique ! De qui se moque-t-on ? Foutez la paix aux restes d’une figure qui a marqué le XXème siècle.

Je publie ce texte, révolté que je suis contre ces profanateurs de tombes, même juridiquement habilités… Bonne lecture !

 

Rédacteur de ‘L’Année automobile’ j’avais du temps libre dès la publication annuelle de mon ‘bébé’ (décembre) jusqu’au Grand Prix de Monaco (en mai de l’année suivante). Notre maison produisait surtout des livres d’art et je donnais un coup de main aux autres rédacteurs: traductions techniques d’allemand en français pour Au Temps des Automobilistes, traduction d’anglais en français de Building Planes for those Magnificent Men in their Flying Machines, aide à la mise en page et correcteur pour Les Picasso de Picasso, Le Grand Livre du Vin etc. Puis vint l’époque Dali. Le gamin que j’étais n’avait rien compris à l’art et dénigrait ce ‘foldingue’ de Catalan. Ami Guichard, le patron de la maison qui me faisait vivre de l’automobile grâce aux profits générés par les publications artistiques m’avait donné un cours assez appuyé (!) sur l’attitude que devait avoir un collaborateur de la maison. J’ai alors regardé de plus près les oeuvres de Dali, j’ai acquis de la maturité et j’ai fini par le trouver génial bien que sachant maintenant le « retors » magouilleur qu’était le bonhomme… même faussaire paraît-il! On raconte qu’il faisait peindre certains tableaux par des ‘nègres’. Mon boss rencontrait souvent Dali à Cadaquès ou Figueras et c‘est pourquoi j’ai eu en mains un objet qui vaudrait actuellement des millions : Dali s’était amusé à « maquiller » un exemplaire du livre élémentaire des écoles primaires françaises. La table, la chaise, la vache, la poule, l’automobile, la bicyclette ; il donnait à chaque objet des aspects… on disait érotiques. Un pied de table devenait une grande bite. La fumée sortant du poêle évoquait les fesses d’une Vénus callipyge et l’arrière train de la poule un énorme vagin … je vous passe les détails ! Et dire que j’ai feuilleté cet exemplaire bien sûr unique ! Je ne suis pas critique d’art (heureusement!) mais ça me paraissait limite pornographique. Dali voulait qu’on publie son oeuvre sous le titre LES TRANSFORMATIONS EROTIQUES DE DALI. Pour des tas de raisons, probablement liées à des études de marché, ce livre n’a pas, à ma connaissance, été publié, en tous cas pas dans notre maison d’édition. En revanche nous avons produit LES 50 SECRETS MAGIQUES et DALI DE GALA.

Me rendant à Paris pour le Salon de l’auto on profite de mon voyage pour me confier une enveloppe contenant plusieurs dizaines de milliers de francs (de l’argent d’une très belle couleur foncée, donc ‘noir’!) à remettre en mains propres à Salvador Dali. J’arrive au Georges V timide et gêné (j’avais 22 ans!) et avant de demander à rencontrer mon illustre interlocuteur, je me trouve mêlé à une foule de journalistes dans le grand hall du fameux hôtel. Dali « trône » sur une espèce d’esplanade et c’est Antenne 2 (ainsi se nommait la deuxième chaîne française) qui interviewait le peintre. Spots, halogènes, micros, déflecteurs de lumière… la totale! Merde qu’est-ce que je fous là?

On me regarde de travers. Je rougis un peu, paniqué, serrant sous mon bras une enveloppe contenant l’équivalent d’au moins un an de salaire du plus important des parasites du plateau de TV!

D’un pas peu assuré je m’approche du « maître », regarde à droite et à gauche, cherchant un personnage « normal » pour lui annoncer ma présence. S’amène un mec que Coluche aurait qualifié de « tronche de premier de la classe ». C’était le secrétaire particulier. Je m’annonce « Bonjour je viens de la maison ‘Edimachin’ à Lausanne et j’ai ce pli pour monsieur Dali » Ouf j’ai placé ma litanie! L’éphèbe sapé genre du Lagerfeld de l’époque s’approche de son patron, lui murmure quelques mots à l’oreille. J’ai de la chance… il est discret et je vais pouvoir m’acquitter de ma tâche.

Erreur! S’il est discret, son boss l’est beaucoup moins, vous vous en doutiez! « Apprrrochez petit jeune homme… alorrrrrs on ne se prrrosterne pas devant le divin Daaali?  Authentique… Je n’avais pas l’air con!

Mezzo voce ‘because’ les micros, je dis « Bonjour Monsieur Dali, voici une enveloppe de la part de Monsieur Guichard » Et lui, tonitruant et théâtral: « Ahhh mon ami Guisssssar… que yé vous demande de salouer » Et moi, toujours plus caqueux:  » Vous voulez bien vérifier  » Lui, l’air dégoûté: « Lè grrrand Dali ne compte zamais » et de jeter négligemment et fort loin l’enveloppe sur l’un des fauteuils adjacents. Je me retire en me demandant comment je vais pouvoir justifier ne pas avoir utilisé l’argent pour rémunérer des dames qui fument dans la rue et qui disent ‘tu’… Mais à l’arrière le secrétaire terminait de compter les ‘biftons’ et avait préparé une quittance anonyme. C’est donc vrai que le divin Dali ne compte jamais… pour autant que son secrétaire s’occupe de ce genre de tâche dégradante!

Je prend mon pied en écrivant cette histoire car si à l’époque j’étais timide et terrifié de me trouver en face de ce monstre sacré… je me souviens d’avoir pu m’exprimer «comme un homme» l’après-midi sur l’anneau de vitesse de l’autodrome de Montlhéry, au volant notamment de la dernière Matra Djet Sport.

Si c’était le cas maintenant, je demanderais à ce monsieur: «A qui ai-je l’honneur?» me présentant comme le ‘divin akimismo’.

Ce n’est pas interdit de rêver non?

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