La Manzanilla!

J’ajouterai ce texte à ma page « La rubrique ethno ». Bonne occasion pour mes nouveaux lecteurs d’y jeter un coup d’œil.

Bienvenue à bord et bonne lecture !

La Manzanilla est un ‘fino’, comme le ‘Xérès’, mais produit à San Lucar de Barrameda sur la côte atlantique, non loin de l’embouchure du Guadalquivir, d’où appareilla un beau matin de 1492 un certain Cristoforo Colombo. On a donné à ce fino l’appellation Manzanilla, mot qui signifie normalement camomille. Personne ne connaît la raison du nom d’une infusion stomachique pour un vin très typique (15-16°), vinifié «a flor» c’est-à-dire que le jus de la vendange est ‘recapé’ chaque année, soutiré par le bas (solera), protégé par une efflorescence blanche genre pourriture noble. Une aberration œnologique paraît-il, mais qui fonctionne pourtant, comme le vin jaune d’Arbois.

Il y a bien des années à Segovia je fus le témoin narquois et ricanant d’une scène cocasse: Un Niçois, si j’en crois l’immatriculation 06 de sa Mercedes, genre PDG en week-end galant, accompagné d’une jolie blonde à l’air peu farouche, lui proposait de boire une Manzanilla, ‘ce nectar dont vous (était-il déjà à tu ?) allez déguster toute la finesse !’ Il commande, appuyant sur les syllabes, dans la meilleure forme scolaire: Ca-ma-re-ro, por fa-vor, dos Man-za-nillas! Cinq minutes passent et notre hidalgo s’impatiente; le serveur précise que cette commande est inhabituelle à cette heure de la soirée et qu’il faut être patient. Une cloche tinte, la porte du passe-plat s’ouvre: Un plateau en argent, une théière du même alliage dont la vapeur sourd du goulot brûlant et… deux tasses pour une infusion de camomille! Gueule du cuistre qui en perd sa superbe. Mais non, je n’ai pas dit qu’il avait perdu sa superbe nunuche!

Explications, sourires entendus du personnel, évacuation du breuvage indésirable et, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, on sert aux tourtereaux deux grands verres de Manzanilla, titrant en degrés d’alcool ceux qu’ils ont perdu en température!

Pendant des années j’ai raconté cette histoire mais il y a peu, à Grenade, vers 17 heures, quand les fonctionnaires et employés sortent de la pause déjeuner-siesta, passent au bar pour prendre le café avant d’attaquer le travail de «la tarde», c’est-à-dire de 17 à 20 heures votre serviteur, fort de plus de vingt ans de pratique de l’idiome local, commande un ‘vino tinto’ pour ma femme et une Manzanilla pour moi. Arrive le ballon de rouge et… une infusion de camomille!

C’est l’arc-en-ciel: je ris jaune, je rougis, je suis vert de rage, blanc de colère et j’interpelle le garçon : «J’attendais une Manzanilla, ai-je une tête à boire une infusion? »

Le garçon très calme: «A cette heure de reprise du travail, il n’y a qu’un touriste pour boire de l’alcool, catégorie à laquelle vous ne me semblez pas appartenir» «Et si vous voulez vraiment boire de l’élixir de Sanlúcar, précisez : ‘Un’ Manzanilla (masculin, «oun»), le féminin «una» étant propre à l’infusion»

J’apprécie le compliment et l’info mais quand même… merde pour la tisane!

On ne m’a plus jamais entendu me gausser du PDG niçois ni faire le prétentieux en me moquant des touristes qui doivent encore apprendre la langue de Cervantès et les usages du pays !

 

 

 

 

2 commentaires sur “La Manzanilla!

  1. cette histoire de manzanilla m’a bien plu; comme quoi une petite lettre peut avoir de l’importance dans le langage. ça me rapelle une anecdote personnelle vécue en Irlande en 2016. Lors de notre retour du Ulster GP, nous nous arrêtons à Dublin,bien fatigué de notre périple. Nous décidons rester à l’auberge de jeunesse(ouverte aussi pour les moins jeunes) le manager demande à Jean Louis, mon ami ,combien de temps on désire rester? IL lui répond « two night » ,pensant avoir réservé pour 2 nuitées;je lui fait remarquer que c’est vraiment pas cher du tout. Le lendemain nous partons visiter la ville à pied toute la journée. A notre retour à l’hôtel nous ne retrouvons plus nos affaires,la chambre vidée! on va voir le manager et il nous répond que passé le check out time , 11am ils ont virés nos affaires. Jean Louis lui répond qu’on avait réservé pour « two nights » et l’autre lui répond  » non vous m’avez dit tonight! ». Effectivement, Jean Louis avait oublié de prononcer le S de night et ça n’avait plus le même sens. C’est pour ça que ça me semblait si peut cher!

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