Ford Granada à vendre pas cher !

Début des années 80.

Je passe saluer un ami garagiste qui fait une drôle de tête ! « Viens voir ! » Il me montre une Ford Granada et laisse éclater sa colère contre son chef du service commercial : « Il vient de vendre une Fiat neuve à 25’000 balles suisses, c’est bien mais il a repris cette Ford pour 5’000 ! » Je ne trouve rien à redire à cette ‘affaire’, surtout que le client a payé cash et que la voiture a l’air en bon état.  Mon pote s’énerve : « Toi le spécialiste de l’automobile, tu ne remarques pas l’erreur ? » Ford_Granada_Mk1_1975_2,3_GL_modifié-1_modifié-1_modifié-1.jpgJe finis par la trouver cette erreur qui fâche tant mon ami : La Ford a le volant à droite, donc invendable en Suisse !

Je mets la disquette : « Comment résoudre un problème insoluble ? » Mon ordinateur interne surchauffe et trouve ‘la’ solution :

Je suis invité dans quelques semaines en Angleterre pour officier en tant que « Best Man » au mariage d’un ami mais comme je peine à trouver le financement de mon voyage je propose d’y aller avec cette Ford Granada, de la vendre sur place, d’acheter deux billets d’avion pour rentrer avec ma copine et de remettre l’argent qui restera à mon ami garagiste.  Marché conclu !

Nous passons quelques jours dans le Surrey : J’officie comme chauffeur, la Ford servant de taxi pour les amis qui avaient fait le voyage en avion et 24 heures avant mon départ, sur la route de Heathrow l’aéroport de Londres un concessionnaire Ford accepte d’acheter ma voiture mais pour une somme dérisoire. De plus je viens d’apprendre qu’elle n’est plus anglaise puisque exportée en Suisse. Pour sauver la maigre offre de reprise je suis obligé de faire un aller et retour entre Heathrow et le centre de Londres. Je ne vous explique pas le bordel avec cette grosse voiture dans la capitale. Je parviens tout de même à obtenir le papier de réimportation et téléphone à mon ami garagiste en Suisse pour l’informer qu’après l’achat de deux billets Londres-Genève il ne restera pas grand chose pour la caisse du garage. Il me propose alors une variante: Acheter deux billets simple course pour Bruxelles et prendre livraison d’une Fiat Ritmo Abarth 130 TC à ramener à Lausanne. Départ pour la Belgique où je trouve le concessionnaire mais l’Abarth ne sera pas prête avant une semaine. Donc achat de deux nouveaux billets simple course Bruxelles – Genève, bien sûr remboursés par le garage !

Fin de l’histoire ?

Pas tout-à-fait ! Bien des années plus tard je suis convoqué chez un Juge informateur (en France on dirait mise en examen comme témoin assisté !) car mon ami garagiste avait fait faillite et il y avait soupçons d’irrégularités, notamment au sujet de mes billets d’avion. Hé ! Vous avez déjà essayé de justifier devant un juge, dont on lisait la suspicion sur sa figure avant de commencer l’interrogatoire, qu’un garagiste ait financé des vacances en Angleterre et en Belgique à un couple qui ne figurait même pas sur la liste des clients du garage ? Essayez aussi de justifier l’impossibilité de témoigner de certains impliqués dans cette affaire, par exemple la copine avec laquelle je ne vivais plus, mon couple de mariés… qui n’étaient déjà plus mariés et surtout l’absence de mon ami garagiste, décédé quelques semaines auparavant, rongé par cette ténébreuse affaire de faillite frauduleuse ! En ce qui me concerne l’affaire s’est terminée par un non lieu. Ouf!

Ce texte a vraiment sa place dans ma page Mondo Cane! Dont acte.