Nickel chrome !

Sous titre : 37.2° le matin… et même un peu plus !

On utilise l’expression ‘bimétallique’ nickel chrome à tord et à travers. J’en ai expérimenté quelques variantes.

Avril 1956.  Certificat d’études primaires supérieures en poche avec une année d’avance c’est ‘nickel chrome’ mais me confronte à une stupidité légale : Je devais attendre décembre et mes 15 ans révolus pour quitter le système scolaire. Authentique !

J’avais le choix entre deux ‘conneries’ : refaire la dernière année que je venais de réussir ’nickel chrome’ ou faire des études. J’ai choisi la seconde solution, me faisant ‘chier’ dans une Ecole Supérieure de Commerce qui ne m’intéressait pas.

Autodidacte pragmatique je suis resté dans cette fabrique de ‘technocrates’ que Coluche nommait une « nouvelle race de fainéants » jusqu’au jour de mon anniversaire en décembre. Mais les 15 ans atteints je me retrouvais en porte-à-faux entre une fin d’année civile peu propice à une recherche d’emploi d’avenir et l’année ouvrable suivante (avril) pour trouver une place d’apprentissage. En attendant je suis entré comme ‘petite main’ dans une entreprise de nickelage chromage de Genève (Donc ‘nickel chrome’ je connais eh ! eh !) La patronne était une veuve au physique genre Edith Piaf. Petite, autoritaire, habillée de noir, pétant le feu, on aurait presque attendu  qu’elle nous chante La Vie en Rose…  Sous les ordres de cette matrone à l’énergie débordante nous traitions de la robinetterie par bains électrolytiques de cuivre, de nickel et enfin de chrome ! Beaucoup de manutention et de nettoyage entre ces opérations. Mon jeune âge, mon envie d’apprendre et surtout de bien faire, ajoutés à un salaire dérisoire satisfaisaient la ‘taulière’ jusqu’au jour où je suis allé travailler avec de la fièvre, pensant que ce n’était pas un obstacle à mon boulot mais je n’avais pas mon ‘rendement’ habituel et ‘Edith’ me houspillait pour ma lenteur. Je l’avais mal habituée en travaillant jusqu’à ce jour à ‘donf les manettes’ ! 

« Pas assez vite ! Bouge-toi les fesses » J’en passe…

« C’est que j’ai de la fièvre ! »

« La belle affaire. Moi aussi j’ai de la fièvre, tout le monde a de la fièvre ! »

« Mais j’ai beaucoup de fièvre !»

Notre ‘prise de bec’ commençait à intéresser mes brimés de collègues qui s’inventaient tous les prétextes pour arrêter leurs machines et écouter la scène du jeunot qui se ‘farcissait’ la vieille. Je répète que j’ai au moins 40° de fièvre ce qui met l’acariâtre mégère en furie, surtout devant la mine rubiconde de ses employés.

Elle trouve la parade : « Ha ! Ha ! 40 de fièvre, tu te fous de moi ?…  Je vais chercher un thermomètre et on va bien voir ! »

Elle revient avec l’outil de mesure au mercure qui devait me confondre et renvoyer à leur ouvrage les 4 employés ! Deux minutes plus tard, la Fée Carabosse blêmit et devient Blanche Neige à la vue du thermomètre qui indique 41.2°.

Oui quarante et un point deux !

Changement d’ambiance, changement de gagnant et de perdant dans le dialogue ! La ‘mère machin’ devient presque humaine, prévenante et même hypocritement  sympathique. Il faut avouer que ça la foutrait mal avec les syndicats d’avoir le cadavre d’un adolescent au milieu de l’atelier hein ?

Branle bas de combat dans l’usine : « Vous prenez soin du jeune ! » « J’appelle un taxi pour le reconduire chez lui ! » A la maison ma mère m’a convaincu de me reposer et le lendemain, refusant de contrôler ma température, je reprenais le train pour toucher mon salaire et prendre congé de mes sympathiques collègues. ‘Edith’ s’est rapidement éclipsée, peut-être pour revoir la partition des Trois Cloches dans laquelle elle aurait pu tenir le rôle de l’une d’elles… Quant à moi je suis parti heureux en fredonnant Non rien de rien, non je ne regrette rien ! Et j’ai commencé les stages de ma carrière de prof de ski pour passer un hiver… nickel chrome !

 

 

3 commentaires sur “Nickel chrome !

  1. C’est pas très bon de remuer les vieux souvenirs ça rend triste parfois…

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