Le Troisième Homme

The Third Man est un roman de Graham Green. 

En 1949 Carol Reed en a fait un film fameux avec Orson Welles. Unknown.jpegLa trame de l’histoire est en relation avec le trafic de pénicilline. Un journaliste ‘ricain’ débarque à Vienne à la fin de la guerre. Des images noires et sombres… Il recherche son ami Harry Lime (Orson Welles) qu’on dit décédé.

Il y a dans ce film au moins deux scènes mémorables: la séquence sur la grand roue du Prater Unknown-2.jpeget la poursuite finale dans les égouts de Vienne.  Mais il y a aussi la musique de Anton Karas à la cithare qui a fait le tour du monde. Pour mes jeunes lecteurs voici un lien pour écouter cette musique:  https://youtu.be/gFz79SBnuk8

J’ai vu ce film 5 fois.

1962

Voyage de noce à Vienne. Staatsoper pour écouter Der Rosen Kavalier de Richard Strauss. Trop jeune pour apprécier cette musique assez moderne je suis parti après le premier des 5 actes et suis descendu tout seul à la Rathauskeller, un lieu nocturne fort prisé des amateurs de soirées alcoolisées et de musique traditionnelle. Il y avait un joueur de cithare. Flash!

Je lui ai parlé du Troisième Homme mais ce n’était pas une bonne idée car il détestait Anton Karas. Il le disait ‘mauvais’ musicien, arriviste et opportuniste. Il ajoutait qu’il y avait à Vienne des douzaines de citharistes bien meilleurs que lui. C’est clair que né modeste, Karas est devenu riche en très peu de temps grâce au film. On comprend donc la rancune des laissés pour compte! Les soirs suivants j’ai remis ça.

Quoi, en voyage de noce, tu laisses ta femme?

Ben…. elle était enceinte et donc ne pouvait pas faire la fête. Comme c’était une ‘lève-tôt’ elle préférait visiter les musées dès potron minet tandis que je me levais tard et prenais le bus pour visiter les hauts lieux du film: un employé de la voirie m’a montré l’entrée des fameux égouts, cadre de la non moins fameuse poursuite, nous sommes montés sur la grande roue du Prater et je me suis fait conduire au cimetière, lieu de la bouleversante scène finale.

Les soirées se passaient dans les ‘hörigen’, un mot qui signifie débit de vin nouveau en viennois. C’était en octobre en pleines vendanges et il y avait de l’ambiance ! image_teaser.jpeg

Puis nous sommes montés en gamme : Une soirée à «Zum Dritten Man».

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Anton Karas

Eh! Oui le restaurant snob, sophistiqué et prétentieux d’Anton Karas. On était loin des arrière-cours de fermes, des caves rustiques, des débits de vin nouveau de Grinzing, de la ‘Schramel Muzik’ (Es steht ein alter Nussbaum drausst in Heiligenstadt), des chants et des danses dans la banlieue viennoise. 

Chez Karas les serveurs étaient en smoking.  Les menus prétentieux. Des prix honteux. Et au milieu du resto une estrade avec une cithare…  Un ‘gugus’ se met au clavier et joue pendant le début du repas. Ensuite un loufiat apporte un étui en cuir haut de gamme avec une autre cithare. Les lumières sont traitées au rhéostat.

«Bitte Ruhe. Der Meister spielt!»

Anton Karas s’installe, la mine renfrognée. Il ne respire pas la joie de vivre. Il toise la salle d’un oeil agacé car il a cru déceler un bruit de chaise ou de fourchette… Il envoie la musique du Troisième Homme. 3 minutes 22,  puis quitte sa place de «travail». Applaudissements. La lumière revient. Avant le dessert nouvelle apparition du «maître». Même cérémonial mais on précise que des 45 tours dédicacés seront à disposition. Il joue The Café Mozart Waltz et retrouve le sourire devant l’étal aux disques. Je ne vous dis pas le prix. Mais quand on aime on ne compte pas et j’en ai acheté un. Dédicacé!

Fin de l’aventure viennoise et quelques années plus tard fin de l’aventure matrimoniale. Ça vous étonne?

Trente ans après, à Melchsee Frutt, une station de sports d’hiver du canton d’Obwald, je fais un cours de formation comme directeur d’école de ski. Soirée sympa, je danse avec une des mignonnes réceptionnistes de l’hôtel. Musique propice pour serrer un peu la demoiselle qui y met du sien! L’orchestre joue une version dansante du Troisième Homme… Je lui dis ma passion pour cette musique mais que je préfère la version originale.

«Si tu veux l’entendre, j’ai le disque dans ma chambre!»

Vous ne me croirez pas: je suis allé écouter le Troisième Homme chez elle !

De retour chez moi, divorcé depuis belle lurette, je trouve un courrier judiciaire de mon ex-femme demandant une augmentation des pensions alimentaires. J’ai rédigé une lettre de «fin de non recevoir» et je suis allé à la poste avec deux envois: la lettre pour le juge et un petit paquet à destination de la Suisse allemande…. avec le disque de Karas dédicacé pour la gentille réceptionniste! Ende der Geschichte!