Le goût de bouchon

Je précise qu’il ne s’agit pas des nombreuses heures que vous venez de passer dans les ‘bouchons’ routiers au cours de votre transhumance estivale!

Y a-t-il un vigneron dans salle?

J’aimerais évoquer avec lui un sujet aussi passionnant que controversé:

Les bouchons

Je hurle quand un vin a le goût de bouchon, sachant qu’on utilise sciemment du mauvais liège n’ayant pas passé, comme le savoir faire ancestral commande, une à deux saisons aux intempéries afin de le débarrasser du trichloroanisol, pour nous vendre du vin tout simple avec un « vrai » bouchon. Mais bordel pourquoi ne pas utiliser les ‘barillets’, capsules à visser ou bouchons artificiels qui ne donnent jamais de mauvais goût au vin?

Les bouteilles de whisky, de gin ou de cognac ont-elles encore des bouchons de liège?

Un pro de l’oenologie m’a dit que si on peut accepter cette technique progressiste de bouchage pour les blancs et certains rouges courants, pas question de s’abaisser à cet usage pour les «grands» vins de garde. Dont acte mais moi je dis qu’on ne garde plus les vins 15 ou 20 ans! Et je dis aussi qu’il faut cessez de qualifier de vin de garde ou grand cru un pinard à moins de 8 euros la bouteille pour justifier l’usage d’un bouchon de liège véritable.  J’ajoute méchamment que les vignerons suisses ont trouvé la parade: Ils continuent à vendre du ‘penatzet’ bas de gamme avec des bouchons de mauvais liège mais ont porté le prix de la bouteille à plus de 20 euros, ce qui justifie l’étiquette «grand cru»…

  Revenons au bouchon traditionnel. Je me suis renseigné:

Le liège

Première ‘écorcée’ (les pro disent ‘démasclage’) quand le chêne-liège atteint 25 ans. Le premier prélèvement d’écorce donne du liège mâle pour l’isolation dans la construction mais inutilisable pour le vin.

Pour avoir du liège femelle il faut encore attendre un démasclage mais au moins deux ‘repousses’ pour d’obtenir la meilleure qualité deux soit deux fois 9 années. Vous, je ne sais pas, mais moi je compte 25 ans de croissance plus 2 fois 9 années donc 43 années d’attente pour fabriquer des vrais bouchons!

On a donc recours à des subterfuges: On saute des étapes, on ne laisse pas les intempéries faire leur travail ancestral, on broie des déchets de mauvais liège agglomérés avec de la colle ou encore on fabrique des bouchons ‘pur liège’ avec de la merde d’écorce mal conditionnée, mal contrôlée, donc loin des critères assurant une qualité acceptable du vin. 

Les producteurs de la Ribera del Duero (mon vin espagnol préféré, loin devant le Rioja) utilisent les bouchons ‘twin top’ faits de déchets de liège agglomérés, mais avec deux couronnes de très bon liège entier trié, une pour le contact avec le vin et l’autre pour… l’esthétique! 

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Cette photo de akimismo est un « coupé-collé! A gauche une coupe de la partie ‘aglo’ et à droite la couronne en contact avec le vin!

Nous consommons assez souvent ce Ribera (on ne ricane pas au fond de la salle!) et à ce jour jamais un mauvais goût. Nous venons de traverser la Navarre, pays de vignes (et de bons vins!) où un vigneron au label écologique, produit des rouges exceptionnels et pas chers. Lui aussi utilise les bouchons à double couronne. A peine arrivés en France nous nous sommes bien sûr ‘jetés’ sur les produits d’ici. Surprise: Le Croze Hermitage du jour (Eh! On ne va pas s’emmerder!) avait un bouchon… oui, vous avez gagné et pouvez revenir en deuxième semaine: un bouchon à double couronneComme quoi!

A votre santé! (Souhait exprimé devant un verre d’un excellent Jurançon sec au bouchon artificiel).

Au sujet du remplacement du bouchon traditionnel ma traversée de la France m’a convaincu que le temps du liège et du goût de bouchon est périmé. Je vous parlerai de mes découvertes dans un prochain article.

(À suivre…)