Salut les bachi-bouzouks anacoluthes !

Vous m’aviez reconnu ? Oui je suis de retour de mon périple lémanique. Mon livre?… ça prend forme et en attendant des nouvelles voici une traduction que je ‘splitterai’ en trois livraisons. Heureux de vous retrouver. Bonne lecture !

Première partie

Georges Rémi dit Hergé est décédé le 3 mars 1983.

Arturo Pérez-Reverte, brillant écrivain et scénariste espagnol, fut pendant 21 ans reporter et chroniqueur de guerre (Liban, ancienne Yougoslavie, Chypre, Malouines, Érythrée !)       Il est membre de l’Académie royale espagnole.

Il m’avait autorisé en son temps à publier des traductions de certains de ses articles pour mes amis. Voici donc mon interprétation d’un texte truculent que les non ‘tintinophiles’ devraient s’abstenir de lire car ils n’y comprendraient  rien !

Il s’agit d’une interview fictive (Mais on s’y croirait!) de reporter à reporter, soit d’Arturo Perez Reverte et Tintin, publiée le 8 mars 1983 dans le journal Pueblo à la suite de la mort de Georges Rémi (Hergé)

image.png

Le journal Pueblo rencontre Tintin

Par son envoyé spécial Arturo Pérez-Reverte au Château de Moulinsart

– Bonjour Nestor

– Bonjour Monsieur Reverte. Ils vous attendent dans le salon.

L’imperturbable majordome avec son habituel gilet rayé et ses orbites profondément marquées a beaucoup vieilli depuis que je l’ai connu, il y a bien des années, quand il était au service des frères Loiseau, alors propriétaires du Château de Moulinsart, et qu’on avait découvert le Secret de la Licorne ! En plus d’avoir ‘pris un coup de vieux’ Nestor m’a paru profondément abattu, avec une expression grave, se déplaçant voûté et ayant perdu le port altier que je lui avais connu.

– Je suis désolé pour la mort de Monsieur Rémi lui dis-je embarrassé

– Ça devait arriver un jour ou l’autre. Après  tant d’années…

Il me conduit à travers le salon dans lequel quelques objets me rappellent des souvenirs d’enfance. Dans une vitrine il y a une statuette, reproduction exacte du fétiche Arumbaya de L’Oreille Cassée, un fragment de minerai Calystène découvert lors de L’Etoile Mystérieuse et une pierre lunaire. Il y a aussi un instrument de musique tibétaine, un poignard incurvé en argent, cadeau de l’émir Ben Kalish Ezab du Khemed… Pendant un instant je me revoyais il y a 20 ans, gosse en pantalon court rêvant de vivre un jour toutes ces aventures, ce qui me fait comprendre que le temps a bel et bien passé.

Tintin est dans la bibliothèque et c’est incroyable de voir comment il a gardé l’aspect juvénile d’un trentenaire alors qu’il a dépassé les cinquante ans. Il a toujours sa houppette blonde mais en regardant de plus près on note qu’il s’est un peu dégarni sur les tempes. Milou est devenu un chien âgé qui ne se déplace que peu, reste dans son coin et regarde dans le vide avec ses yeux tristes.

Je réponds à la poignée de main ferme et franche de Tintin et me tourne vers le capitaine Haddock. L’ancien marin est assis dans un fauteuil de cuir, au dessous d’un énorme tableau du Chevalier François de Haddock, son illustre ancêtre vainqueur de Rackham le Rouge.

Haddock tient un verre de whisky et il n’est pas nécessaire de regarder l’étiquette de la bouteille sur la table voisine pour savoir qu’il s’agit du fameux Loch Lomond !

image.pngLe vieux loup de mer porte son éternel chandail bleu de marin mais ses cheveux ne sont plus aussi noirs et sa barbe fournie est parsemée de fils d’argent.

Nous nous asseyons les trois et j’accepte un verre de Loch Lomond tout en jetant un coup d’œil à l’abondante correspondance déposée sur la table. Il s’agit principalement de lettres et de télégrammes de condoléances. Je reconnais image.pngquelques signatures : Tchang, Baxter, le général Alcazar, Chester, le roi de Syldavie, Arturo Benedetto Giovanni Giuseppe Pietro Arcangelo Alfredo Cartoffoli da Milano, Séraphin Lampion, Oliveira da Figueira…

Plus loin dans le salon il y a une maquette de La Licorne, une photo de Tintin et de Haddock devant le Temple du Soleil, une autre avec Tournesol à la frontière de la Bordurie…

Tintin me tend une boîte des Cigares du Pharaon. J’en choisis un et l’allume en préparant le magnétophone.

– Avant de commencer je tiens à vous exprimer mes condoléances pour la mort de Monsieur Rémi et je vous prie de m’excuser de vous importuner en de telles circonstances

– Ne vous préoccupez pas, me répond Tintin, Hergé n’est plus parmi nous mais je pense que cette interview est un hommage qui lui aurait bien plu. Et c’est pourquoi nous avons répondu positivement à votre demande téléphonique

– La mort de Hergé signifie-t-elle la fin de vos aventures ?

Tintin hausse les épaules

– C’est possible, répond-il. Depuis 1976 avec l’histoire des Picaros, nous ne sommes plus protagonistes, à part une histoire de faux tableaux, inspirée par  « l’affaire Legros » qu’il était prévu de publier rapidement après qu’Hergé ait formulé ses exigences et donné son aval avant de laisser l’affaire entre les mains de notre bon ami Bob de Moor qui était, comme vous le savez, son bras droit.  Bob a terminé le travail et ce nouvel album est sorti mais, pour respecter la volonté d’Hergé qu’il ne soit plus publié d’album après son décès il est possible que Alpha-Art soit bien le dernier.

Et Tintin d’ajouter : De toutes manières pour le capitaine et pour moi les années ont passé, nous avons vieilli et ce serait toujours plus difficile de nous faire bouger de Moulinsart.

Notre entretien est interrompu par un appel téléphonique. Haddock répond

– Comment ? La boucherie Sanzot ? Ici ce n’est pas une boucherie madame. Hein ? Je vous dis que non ! Mille millions de mille sabords ! Allez en enfer, Madame ! Paranoïaque ! Iconoclaste ! Bachi-bouzouk ! Fatma de prisunic !

Haddock raccroche le téléphone d’un geste  furieux et reprend la contemplation de son verre de Loch Lomond.

– Excusez le capitaine me dit Tintin. La mort de Hergé l’a beaucoup affecté. Je ne l’avais jamais vu boire autant depuis que je l’avais connu à bord de ce bateau lors de l’affaire du Crabe aux Pinces d’or.

Fin de la première partie.                    A suivre

 

 

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