Salut les bachi-bouzouks… oryctéropes de carnaval !

De 7 à 77 ans… qu’ils disaient ! Or nous sommes le 15 novembre 2019 et, comme je suis né le 9 décembre 1941, (Hé! Je n’ai pas fait exprès hein?) dans 24 jours exactement j’aurai 78 ans et dépassé la limite d’âge pour lire Tintin. Il est donc grand temps de vous livrer la troisième et dernière partie de ma traduction libre de l’interview imaginaire de Tintin par un ancien reporter de guerre, maintenant membre de l’Académie espagnole, Arturo Pérez-Reverte. image.pngRappelons que la rencontre a lieu dans la bibliothèque du Château de Moulinsart, suite au décès de Hergé le 3 mars 1983.

 

(Lire les deux articles précédant des 6 et 10 novembre 2019 intitulés Salut les bachi-bouzouks anacoluthes et Salut les bachi-bouzouks… à la graisse de hérisson !)

Don Arturo :

–  Une chose m’interpelle : Dans les 22 albums publiés à votre sujet, inclus Au Pays des Sovietsimage.png

 – Ne me parlez pas de cet épisode – m’interrompt Tintin avec une moue significative – ce fut une erreur de jeunesse !

– Excusez-moi mais en réalité je voulais juste souligner que dans ces 22 histoires jamais n’apparaît un personnage féminin, même dans un rôle secondaire… à l’exception de la Castafiore. Etes-vous vraiment aussi misogyne que le laisse penser Hergé ?

– Il faut prendre en compte que Hergé avait eu une éducation profondément chrétienne et considérait que cette espèce de ségrégation sexuelle était nécessaire à une base morale de nos histoires. Entre nous je vous dirais que cela m’a beaucoup affecté !

 – Auriez-vous aimé avoir été fiancé ? Ou avez-vous eu une ou des fiancées en dehors des images des albums ?

– Je vais être sincère. Je n’ai jamais eu de fiancée, ni dans les albums ni en dehors. Je crois que d’une certaine manière j’ai été prisonnier de mon propre personnage.

– Parfois – excusez ma franchise – on a pu vous accuser de cacher dans votre personnage une certaine homosexualité latente, comme cette amitié avec Tchang, cette communication en télépathie avec votre ami dans Le Lotus Bleu et aussi cette recherche dans les neiges du Tibet…image.png

– Des insinuations ridicules – répond-il un peu énervé – car mon monde est un monde dans lequel l’amitié et la fidélité sont au dessus de toutes les autres considérations. C’est comme si on disait que le capitaine et moi sommes ‘gays’ parce que nous ne nous sommes jamais séparés depuis l’épisode du Crabe aux Pinces d’Or et que nous vivons ensemble au château de Moulinsart.

Je fais une pause pour remplacer la bande magnétique et me servir un autre verre de l’excellent Loch Lomond du capitaine.

– En 50 années vous, Tintin, n’avez laissé apparaître qu’une seule fois une larme, dans l’album du Tibet quand vous aviez cru mort votre ami Tchang. Une seule larme en 50 ans, imaginez ! Vous ne fumez pas, ne buvez pas et on ne vous connaît aucune faiblesse. Seriez-vous aussi froid et impassible que vous le paraissez ?

Cette fois Tintin sourit ouvertement. C’est la seule fois qu’il prend un instant avant de répondre.

– Voyez-vous… Dans toutes mes aventures, dans tout ce que j’ai vécu, depuis le petit voilier perdu dans la Mer Rouge jusqu’à être le premier homme à marcher sur la lune, j’étais acteur, mais surtout témoin. Pascal disait que face aux événements, seul un homme non directement impliqué pouvait juger. Je me suis toujours forcé d’être ce troisième homme en retrait que citait Pascal. Souvenez-vous que je suis journaliste. Tout au long de ma vie je me suis limité à être témoin de ce que faisaient les autres.

–  Vous avez pourtant parfois pris parti, même politiquement. Par exemple en aidant les Chinois contre les Japonais dans le Lotus Bleu

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Et au Congo, pardonnez-moi, vous vous êtes comporté comme un vulgaire colonialiste.

– Dans ces deux circonstances j’étais très jeune, souvenez-vous. Qui n’a pas pris parti dans sa jeunesse ? Je n’étais pas encore ce petit homme impassible dont vous avez parlé. Le temps et ma vie intense m’ont plus tard donné la sérénité.

– Pour qui avez-vous voté aux dernières élections ?

– Moi je ne vote pas mais j’ai vécu! J’ai fait ce que la plupart des gens rêvent secrètement de pouvoir réaliser un jour : vivre de belles aventures dans des pays lointains, avoir des amis fidèles, accumuler de magnifiques souvenirs… Pour répondre à votre question je voterais Haddock comme président du gouvernement car ce serait très divertissant de le voir présider un Conseil des Ministres !

L’entrevue est terminée et Tintin me raccompagne à la porte où je croise Bianca Castafiore qui arrive accompagnée des Dupont et Dupond. Elle demande où se trouve le capitaine Bartok !

–  Enchanté de vous connaître dit Dupontimage.png

–  Je dirais même plus, ajoute Dupond, enchanté de vous connaître !

Quotidien Pueblo, le 8 mars 1983

Traduction libre de akimismo

 

P.S. Je lègue mes bientôt ex-droits de lecture à Joris, un petit Sagittaire qui va juste terminer sa première année comme « ayant droit » à la  lecture de Tintin ! Bon vent moussaillon.

 

 

 

 

 

Un commentaire sur “Salut les bachi-bouzouks… oryctéropes de carnaval !

  1. La jeunesse n’est pas qu’une classe d’âge. C’est la période des rêves, de l’innocence, du manque de sérieux pour tout sauf pour les choses qui comptent vraiment, comme vivre ou s’amuser….
    Joris est « touché » par la dédicace : merci ! 🙂
    (il n’a pas attendu l’âge légal pour lire Tintin. )

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