Pâques à Hammerfest

(Devoirs de vacances N° 13 bis)

L’autre jour, j’ai publié ici la première partie de ma trajectoire de campeur de l’impossible, avec notamment une nuit à Hammerfest, sur un trottoir, par moins 30°. 

Pour y voir plus clair: 400 km à ski de fond de Ivalo à Alta en passant par Kaütokeino,
puis Hammerfest et retour par la route! Regardez bien le Cercle polaire… 400 km plus bas.

Un lecteur ami, salut Ernest, met en doute cette histoire, la disant peu probable au vu de l’hospitalité des gens de cette ville, ce qui m’incite à revenir en détail sur cette aventure, car c’en fut une… d’aventure!

Nous sommes en 1978. Avec 8 amis sportifs, nous avions monté une expédition dans le Grand Nord. Je vous ai déjà raconté notre parcours de Finlande en Norvège, 400 km de ski de fond avec des températures de moins 37.5°. Le périple se terminait à Alta, sur l’Altafjord, mais il nous restait quelques jours avant de reprendre l’avion pour Genève. Ceux qui ont vécu ce genre de cohabitation comprendront que des membres de l’expé aient désiré vivre hors du groupe les quelques jours de battement dont nous disposions. L’un est parti avec sa tente, escalader le plus haut sommet de la région, un autre, sujet au ‘heimweh’, a avancé son retour à la maison, certains ont visité les envions d’Alta, ou assisté aux folkloriques courses de rennes. Moi, j’ai réalisé un rêve de gosse: voir Hammerfest, la ville la plus septentrionale du monde. Je me suis mis en route avec un tout petit bagage sur le dos, un sac de couchage et quelques couronnes norvégiennes en poche…

C’était pendant la semaine de Pâques, ce que j’ignorais. «Si j’aurais su j’aurais pas venu» car j’ai déjà commencé à en baver pour trouver des lifts en autostop. Il m’aura fallu un jour et une nuit pour rallier Hammerfest. Je n’imaginais pas le calvaire qui m’attendait…

Je me baguenaude dans les rues désertes de la ville.  Pas un être vivant, pas un négoce ouvert, ni bar, ni restaurant, ni hôtel, ni boulangerie! Nous sommes le 23 mars, précisément le… ô la crise… Vendredi Saint! La nuit est tombée depuis des heures. Désespéré, j’entre dans un commissariat de police. Accueil sympa et jovial de l’agent de service, qui entreprend illico à une série de téléphones dans tous les hôtels susceptibles de m’accueillir. Néant! Tout est fermé! Suit une autre série d’appels à des connaissances, mais la conclusion reste la même: pas un lit disponible dans la ville ce soir. Ce policier sympa m’explique que, pendant les fêtes de Pâques, hyper fériées, il est de tradition, en Norvège,  de partir à la campagne, de faire du ski de fond et d’aller en visite dans la famille éloignée. Une autre manière de dire que la ‘semana santa’ scandinave correspond à la paralysie totale de la ville… On approche de 23 heures et l’homme en uniforme me propose de dormir dans la geôle du poste, inoccupée. Je n’ai pas d’autre choix que d’accepter. C’est un jeune collègue qui prend le service de nuit et, depuis ma cellule, l’estomac vide, j’entends  le bruyant verrou, clac et clac. L’ancien devait avoir oublié de lui dire que le ‘prisonnier‘ n’était pas dangereux… Le matin on m’a ‘libéré’, en m’offrant un café du distributeur et des souhaits de bonne chance…

Je décide alors de ‘me casser’ de ce patelin aussi déprimant que désert. Je marche une quarantaine de minutes jusqu’à l’aéroport  pour m’entendre dire qu’aucun avion ne décolle ce jour. Un pilote en uniforme, qui vient d’atterrir, m’entend manifester ma mauvaise humeur et m’emmène en ville dans sa voiture. Il est intéressé par mes mésaventures et semble choqué, en tant que citoyen de Hammerfest. Oui, comme le dit Ernest, ils sont hospitaliers… Mon histoire le laisse ‘sur le cul‘ et il veut m’emmener au journal local où il a ses entrées.  «Nous allons raconter cette histoire incroyable à un journaliste ami, afin qu’il la publie!» 

Devant l’enseigne du journal: Fermé jusqu’au 27 mars!

Je n’oublierai jamais la mimique du commandant de bord: on y lisait la déception, la gêne et l’incompréhension.  Il s’est excusé de ne pas pouvoir me loger et j’ai repris mon errance dans cette ville fantôme. Deux jours sans manger, sauf quelques oranges offertes par un quidam promenant son chien dans la rue. Ni un café, ni une bière car tout était fermé; tout! Je crois vous l’avoir dit non?

C’est au cours de cette seconde nuit qu’intervient l’épisode du trottoir, couvert de fibre de verre, avec seulement  un sac de couchage, par moins 30°. C’est clair que je ne voulais pas ‘abuser’ une nouvelle fois de l’hospitalité des pandores… Vers 5 heures du matin, je quitte mes ‘urticantes’ couverture en fibre de verre pour me dégourdir les jambes et me réchauffer. Direction le port. Je ne pense pas utile de vous répéter que tout était désert, mais un ferry en provenance de Tromsø venait d’accoster et j’ai profité d’un manque de vigilance du surveillant pour entrer discrétement dans le rafiot encore chauffé. A l’intérieur il devait faire entre 10° et 15° et j’ai ‘ronflé’ une petite heure sur un banc. Ce sont du reste mes ronflements qui ont attiré l’attention du personnel de nettoyage, prompts à m’éjecter sans ménagement de mon petit nid douillet!

J’ai finalement trouvé un bus en partance pour Alta et je n’ai pas hésité à quitter cette «fameuse ville la plus septentrionale du monde».

Désolé d’avoir abusé de votre temps avec mes histoires à «la graisse de hérisson», mais je me devais de tempérer un peu les affirmations de mon ami Ernest au sujet de l‘hospitalité’ des gens de Hammerfest…

N.B. Dès demain, la suite de Ma vie au plein air! A+

2 commentaires sur “Pâques à Hammerfest

  1. Tu vois, Akimismo, que tu en avais bien plus à nous raconter ! Cela nous fait un autre point commun, et même deux : Je suis passé moi aussi à Hammerfest, mais un peu plus tard que toi, en 84, il me semble me souvenir. Périple en 4×4 jusqu’au Cap Nord. L’autre point commun : un séjour en cellule, mais c’était en Tchécoslovaquie ! Une histoire à dormir debout cette fois (mais il ne faisait pas – 30° !

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