Une vie d’un borgne (Chapitre 4)

J’ai eu la chance d’avoir une vie heureuse, pleine de découvertes… avec un seul oeil valide, mais doublement ouvert sur le monde.

Si vous voulez partager quelques réflexions avec moi, vous êtes les bienvenues et bienvenus… même avec deux yeux!  

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En 1953 j’ai eu la chance d’être parmi les premiers passagers du Gyrobus à Yverdon, en Suisse romande, un bus électrique qui se rechargeait lors des arrêts. Il n’avait pas de batteries, déjà difficiles à recycler à cette époque, mais un volant à inertie (disque d’acier) d’une tonne, tournant à 3000 tours-minute, entraîné par le moteur électrique activé lors des arrêts (photo de droite)

L’inertie accumulée par ce disque se ‘retransformait’ en courant électrique pour le moteur lors de la marche. Le fabriquant suisse Oerlikon avait un siècle d’avance sur la Renault Zoé… grosse consommatrice de batteries chinoises !

J’ai eu la chance d’assister à l’atterrissage et au décollage du génial Super Constellation, construit par Lockheed de 1943 à 1958.

Le fabuleux quadriréacteur Super Constellation de 1947

J’ai aussi vu les premiers vols de la Caravelle (à bord de laquelle j’ai fait mon baptême de l’air en 1964)

J’ai eu la chance de conduire les vraies voitures populaires des années 50/60 : la Fiat Topolino, la célèbre 2 CV, la VW Coccinelle, la Renault 4 CV. Et mes deux premiers véhicules, une BMW 700 (moteur de moto)  et une DKW Junior ( deux temps fumante). En 1956 j’ai vu la première Citroën DS 19 à Lausanne et en 1964 j’ai vu et entendu sur la ligne droite des Hunaudières, le bruit caractéristique de la Rover BRM à turbine (80’000 tours minute), pilotée aux 24 Heures du Mans par Graham Hill et Richie Ginther.

J’ai eu la chance de vivre en temps réel la sortie de quelques ‘nouveautés‘ de l’automobile : Le moteur transversal avant de la Mini, la ceinture de sécurité, les pneus radiaux (La 2 CV a été la première équipée en série de pneus Michelin X en 1948 !), le moteur rotatif Wankel, les freins à disques, la synchronisation du passage des vitesses, la démocratisation des boîtes automatiques que renient certains ‘fossiles’ de la conduite qui ‘aiment’ encore changer de vitesses… Ça fait paraît-il viril ! 

J’ai connu l’avènement de la direction et des freins assistés, les lève-glaces électriques, la clim, le verrouillage centralisé, la popularisation du 4×4, le GPS, l’ABS, l’ESB, la voiture hybride 100 fois plus intelligente que cette stupidité de voiture électrique, donc nucléaire en France…

Spectateur et téléspectateur enthousiaste j’ai vécu le tour du monde de Solar Impulse, la fabuleuse aventure de Bertrand Piccard et André Borschberg.

Et je suis assez content de cette photo… puisque j’en suis l’auteur

En 1958 j’ai vu dans le ciel valaisan le premier satellite Sputnik (On ne parlait pas encore du vaccin russe !). C’était lors d’une montée nocturne de Zinal à la Cabane Tracuit (à 3 256 mètres d’altitude) sur les pentes du Bishorn, le « 4000 des dames »


 J’ai eu la chance de voir, dans la vitrine d’une pharmacie, la première TV. C’était en février 1956, sur un trottoir, par une douce soirée à moins 25° mais le cœur réchauffé par les médailles d’or de mes compatriotes Renée Colliard en slalom et Madeleine Berthot en descente aux J.O. de Cortina d’Ampezzo.

La nuit du 20 au 21 juillet 1969 j’ai eu la chance de voir sur un petit écran noir et blanc les premiers hommes à poser les pieds sur la lune. J’avoue qu’à l’époque mon anglais basique ne m’avait pas permis comprendre le sens de That’s one small step for man, one giant leap for mankind !

J’ai eu la chance de connaître intimement les 3 pilotes suisses vainqueurs de Grands Prix de Formule 1 : Joseph Siffert, Clay Regazzoni, Toulo De Graffenried et de partager quelques voyages, soirées et repas mémorables avec eux !

J’ai eu la chance de pédaler sur des bicyclettes de course en suivant le progrès : j’ai passé de 3 à 4 puis 5, 6, et 7 pignons arrière (je n’ai pas essayé les 11 pignons actuels ni les changements indexés, maintenant électriques !). J’ai connu les cadres en « tuyaux de chauffage » de mes vélos de gosse, puis les tubes Reynolds, Ishiwata de 3 dixièmes (les pros apprécieront) et enfin la fibre de carbone.

Le parapente a été inventé à Mieussy en Haute Savoie en 1978. J’ai effectué 30 grands vols dès 1986 avec la chance de ne pas avoir eu d’accident avec du ‘matos’ qui, vu avec les yeux du XXIème siècle, était à la limite du hors-jeu ! Je précise que cette évocation a intéressé une de mes voisines andalouse qui se remet de 21 opérations à la suite d’un crash en parapente bi-place.

J’ai eu la chance que mon père m’achète, j’avais 5 ans, mes premiers skis en bois, avec fixations Alpina à étriers et courroies… bien sûr sans arrêtes ni fixation du talon. Toujours grâce à l’enseignement de mon père j’ai appris à skier en Télémark, ce qui m’a valu, 30 années plus tard, de devenir chef de classe dans les cours de la Fédération Suisse de ski, pour l’enseignement de cette technique ancestrale, remise à la mode, aux profs de ski de Suisse allemande. Rien que ça…

J’ai vécu les débuts de l’informatique ‘domestique’, en 1984 déjà, avec mon premier Macintosh 128K. Puis la mode a passé à l’intelligence artificielle, mais je ne me sens pas concerné tant qu’on n’aura pas éradiqué la stupidité naturelle…

J’ai connu l’honnêteté… et c’était vraiment une chance : Avant l’ouverture du kiosque de la gare, le premier arrivé avant 05h30 sur le quai, coupait la ficelle du paquet de journaux qu’on venait de livrer, prenait son ‘canard’ et laissait la monnaie sur la pile. Les suivants faisaient de même, certains profitant de faire du change en laissant un billet de 10 ou 20 francs suisses et le gérant du kiosque trouvait toujours le compte exact à l’ouverture… bon, c’était avant les accords de Schengen !

J’ai eu la chance de pouvoir faire du vélo, du ski et même du scooter sans porter de casque.  Imaginez qu’on traversait Genève sans rencontrer de feux rouges, le premier ayant été mis en service en 1958. Ah ! J’oubliais la liberté de gérer avec conscience sa vitesse sur des routes sans limitations et sa consommation d’alcool !

J’ai vécu la sortie du WEB, du LASER, de la mini-jupe (J’étais à Carnaby Street en 1964 !), le Velcro, l’imprimante 3D, le transistor, la pilule anticonceptionnelle, les chemises ‘zazou’ portées par-dessus le pantalon. 

En 1964 j’ai roulé de Genève à Lausanne sur les premiers 60 km d’autoroute de Suisse alors que nos amis français n’avaient que les 9 km d’Avalon à Auxerre !

Je ne sais pas si ce fut une chance mais on ne peut pas oublier les découvertes comme le boson de Higgs, le génome humain et l’ADN.

J’ai connu toutes les découvertes de combustibles dits propres : l’énergie nucléaire, expérimentée dès 1951 dans l’Idaho aux USA (première centrale en France, celle du Bugey, en 1979), les centrales marémotrices, les cellules photovoltaïques, l’éolien, j’en oublie ? Vous remarquerez que je ne fais pas de commentaires sur les qualités, les défauts et les inconvénients de ces énergies dites ‘vertes’. Chacun est libre de ses convictions, idées et préférences. 

Je suis heureux d’avoir suivi, à distance, la première greffe du coeur par le professeur Christian Barnard en 1967.

Et j’ai surtout eu la chance de vivre avant cette incongruité de téléphone mobile, la pire addiction à laquelle l’humanité ait succombé.  Je vais me faire des amis mais j’affirme que cette addiction est une pandémie. Bon, on le saura… vivent les dinosaures !

Mais finalement ma vraie chance n’est-elle pas de ne pas avoir eu de malchance ? Et si la malchance n’était que le résultat de ne pas avoir su saisir sa chance au bon moment ?

Vous reprendrez bien une petite pensée de borgne depuis la Méditerranée, non?

« Il faut ouvrir l’œil et le bon ! »     Moi, je ne fais que ça !

Signé Norbert Duvoisin, connu aussi sous le pseudo d’Akimismo!

10 commentaires sur “Une vie d’un borgne (Chapitre 4)

  1. Il y a un côté à la Georges Perec que j’aime beaucoup (le « je me souviens » lui-même inspiré de « remember » de Joe Brainard), et votre côté « j’ai eu de la chance » vous pouviez vous permettre de le mettre au présent tant c’est bien, 😃, merci pour ce texte enthousiaste et reconnaissant, il y a un côté vive la vie très agréable, très bonne journée

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    1. Merci Louise pour votre commentaire presque dithyrambique. Vous entendre associer Georges Perec et Joe Brainard à mes gribouillages est susceptible de me faire prendre la grosse tête. Mais, rassurez-vous, pour ce qui est du ‘melon’, ce n’est pas demain la veille. Merci de me lire et j’espère vous faire plaisir encore prochainement. Puis-je me permettre: Amicalement à vous?

      Aimé par 1 personne

      1. Oui vous pouvez vous permettre, et je sais que vous ne prendrez pas la grosse tête, voilà pourquoi je me sens autorisée à vous parler en toute franchise, :-), à très bientôt de vous lire, et bien à vous

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  2. J’ai eu un grand plaisir de lire ce texte, quoi que quand tu nous le raconte de vive voix c’est encore mieux, mais son gros défaut et de me rappeler mon âge !!

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  3. Merci pour ce voyage à travers le temps (et je suis d’accord avec toi concernant les zombies accros au smartphone que sont devenus beaucoup de gens) !

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  4. J’applaudis des quatre mains … spécialement au dernier paragraphe, celui qui concerne ce petit truc omniprésent et pas très malin.
    Belle continuation à toi, Akimismo !
    PS. Le Super-Constellation est propulsé par des moteurs en étoile, 18 cylindres, 55 litres de cylindrée, 3500 CV dans sa dernière version. Un prototype du Super-Constellation a volé avec des turbopropulseurs me semble-t-il. Sinon, parmi les quadriréacteurs qui ont damé le pion au Super-Constellation, on trouve le Boeing 707 et le DC8.

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  5. J’ai visité le poste de pilotage du Super Constellation à Genève lors d’une escale. Avec mon brevet de pilote de dirigeable on m’a laissé me mettre sur le siège du commandant de bord. Je me suis ensuite inscrit comme passager pour un vol avec cet exceptionnel oiseau mais les circonstances ont fait que je ne volerais probablement jamais à son bord. L’unique avion volant encore grace au financement de Breitling, a été mis au ragare pour plusieurs années car les travaux àtaient titanesq

    Aimé par 1 personne

  6. … je continue: le Super Constellation a été mis au garage pour plusieurs années pour une réforme complète. Avec le Covid je ne me vois pas retourner dans mon pays d’origine et le Super Constellation restera un rêve inaccompli!
    Le pilote de ce fabuleux avion m’a dit qu’il s’agissait du plus fameux tri moteur transatlantique… Trimoteur??. Oui, car il paraît qu’il arrivait rarement avec les 4 moteurs en fonction lors des traversées de l’Atlantique!

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