Une vie de borgne (Chapitre 8) Interlude

Bienvenue à mes nouveaux lecteurs (en provenance de Facebook ?). Pour les fidèles du début, merci de me supporter ! Tiens, savez-vous qu’on peut ‘supporter’ quelqu’un de deux manières : to support someone, à l’anglaise, donc en l’aidant et le soutenant (chuis un suportère du PSG), ou à la française, en le tolérant !

Je vous propose un peu de repos avec ‘Interlude’, une chronique qui sera intermittente et digressive, avec des épisodes de ma vie qui n’ont pas de rapports directs avec mon handicap, quoi que… vous devez savoir qu’un sujet avec des ennuis physique est souvent révolté contre le système, les autorités en général et l’administration en particulier, même parfois avec un peu d’agressivité (!), conséquence d’avoir dû avaler trop de couleuvres dans notre vie.

Interlude au Brenner

J’ai souvent eu des arguments avec les douaniers qui sont, comme les gendarmes et le pape, des humains, donc faillibles. Je me suis parfois défoulé pour mettre à mal leurs prérogatives, comme lors de cette histoire au passage du Brenner, à la frontière italo-autrichienne.

Cet un extrait des mémoires d’un directeur d’écurie de course automobile qui a été publié dans mon blog Au temps des automobilistes

https://histoiresdautomobilesetdemotocyclettes.com

Vous me reconnaissez ? Le ‘jeune homme’ à moustache en veston, directeur sportif de la Scuderia Filipinetti, présente la Ferrari 365 GTB4, la fameuse Daytona carrosserie alu, aux vérifications techniques des 24 Heures du Mans 1972. J’ai conduit cette voiture de 440 CV, construite à seulement 5 exemplaires, de Nice à Genève dépassant souvent les 300 km/h. Peu de borgnes peuvent en dire autant !

La course se déroulait sur le circuit du Salzburgring. Je dormais déjà dans la ville de Mozart. Minuit, téléphone ! Les mécaniciens italiens de mon équipe, qui ne parlent pas un mot d’allemand, sont bloqués à la douane du Brenner et je dois faire 120 km à des vitesses que la morale et la loi réprouvent, afin de dénouer ce sac de nœuds.

Georges Filipinetti, mon patron, exigeait que toutes ses voitures de course, de la simple Tourisme à la Formule 1, soient immatriculées, mais il y avait parfois des surprises, comme dans cette histoire, avec un gabelou connaissant parfaitement son sujet qui, règlement à l’appui, nous a appris qu’à cette époque une voiture, qu’elle fût de course ou de route, sur une remorque, devait avoir un passavant ou un triptyque. Si elle était immatriculée, elle pouvait passer sans ces documents douaniers, mais sur ses roues ! Point final. Au vu de l’esprit borné des cerbères autrichiens, j’ai fait en sorte que la farce tourne franchement au vaudeville et j’en ris encore.

« Donc les deux voitures, des Fiat 128 Groupe 2, de plus de 160 CV, échappement libre, doivent passer sur la route ? » « Jawohl! » « Kein Problem ! »

Nous déchargeons les deux bolides, puis un mécanicien au volant de l’une et votre serviteur, trop ravi de l’aubaine dans l’autre, mettons les moteurs en marche. J’avoue que je me prenais alors pour Juan Manuel Fangio, Jackie Stewart et même pour le bébé qui allait se faire connaître plus tard sous le nom de Michael Schumacher.   

MOTEUR ! Le Salzkammergut et le St. Wolfgang See tremblent, l’Auberge du Cheval Blanc se lézarde ! C’est un enfer nocturne et nous entendons à peine le douanier qui hurle :

« Ça suffit…  Ces voitures ne sont pas conformes !» 

« Si, si, vous voyez bien qu’elles sont immatriculées, avec carte grise, donc ‘légales’, et c’est même pourquoi vous nous les avez fait décharger !» 

« Mais passez donc cette frontière et qu’on en termine avec ce vacarme !» 

« Désolé, mais ce genre de moteur doit être chauffé avant de fonctionner sans dommage pour la mécanique, un peu comme si vous ne faisiez pas les indispensables préliminaires avant vos relations avec Brunhilde votre épouse !»

Trois minutes infernales plus tard :

« Bon les gars, à fond les gaz ! »

Sur ce genre de machines, pas question de chercher le point de friction de l’embrayage comme on vous l’a enseigné à l’auto-école car il cramerait. Il faut coller les disques en lâchant la pédale d’un coup, avec le compte tours à 7000 tours/minutes. Le départ d’Italie s’effectue dans un tintamarre digne de la chevauchée des Walkyries, avec nuage de fumée, odeur d’huile chauffée et de pneus brûlés. Nous accélérons en un burning parfait pour planter les freins 50 mètres plus loin… en Autriche ! La douane est passée légalement, et nous rechargeons les voitures, saluons les hommes de la loi, heureux de voir s’achever ce charivari wagnérien et je prends la direction de Salzburg pour terminer la nuit, bercé par Die Kleine Nachtmusik, Koechel 130. Koechel 130 ? Oui, 130 décibels !

Ach wie schön sind die Träume! Gute Nacht! Vroum Vroum Vroum…

Vous reprendrez bien une petite pensée non ?

Voir les choses d’un bon œil, d’un mauvais œil       

  Chez moi qu’il soit bon ou mauvais… c’est le même !

5 commentaires sur “Une vie de borgne (Chapitre 8) Interlude

    1. Oui, Oth, c’est vrai, et tu seras étonné à la lecture de l’un de mes prochains chapitres Une vie de borgne, entièrement consacré aux célébrités que j’ai côtoyées et les voitures exceptionnelles que j’au le plaisir d’avoir entre les mains.

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