Ma vie de borgne (Chapitre 13) En ballon

Pour prendre un peu de hauteur… rien ne vaut une histoire de montgolfière !

C’était le 1er août 1991, pour une célébration originale du 700ème anniversaire de la Confédération helvétique, avec une douzaine de ballons à air chaud décollant depuis un golf fameux de la Côte lémanique. Nous sommes sur place dès potron minet (avant six heures du mat !)

La ‘Balle de Golf’ de Michel, pilote responsable du team, emmènera le multi millionnaire propriétaire du golf et décollera en premier.

Je piloterai le ballon Mazda avec une vieille nacelle prêtée par mon instructeur, car nous sommes au début de notre entreprise aérostatique et n’avons qu’une nacelle pour les deux enveloppes ! 

J’ai des brûleurs Raven, une marque ‘préhistorique’, un altimètre démodé, une radio qui n’est pas de première jeunesse, pas de variomètre, mais l’enthousiasme de participer à une manifestation originale est bien plus fort que de me préoccuper de la précarité de mon matos. J’assume avec l’analyse raisonnée propre au borgne qui a toujours contrasté avec l’instinctivité des pilotes ‘à vue complète’.

Je souhaite à mes passagers la bienvenue à bord, expliquant les caractéristiques de l’aérostat et donnant les consignes pour cette ascension. J’actionne les brûleurs pour maintenir la chauffe des 3000 mètres cubes de l’enveloppe quand l’organisateur de la manifestation s’approche, manifestement contrarié : « Désolé mais tes passagers doivent laisser la place à une autre famille » …

J’accueille donc un autre golfeur, avec sa ‘ bonne femme snobinarde ’ et un fils niais de 14 ou 15 ans. Pour être clair, ils ont des têtes d’antipathiques prétentieux. L’organisateur me glisse à l’oreille que le fils n’a pas voulu monter dans le ballon qui leur était attribué car les couleurs un peu passées ne lui plaisaient pas. Et c’est pour satisfaire le caprice de cet enfant gâté qu’on a chamboulé la répartition des passagers…

Puis nouveau contretemps : le propriétaire du golf ne s’est pas réveillé à temps et nous ne pouvons pas attendre que ‘ce monsieur’ en ait terminé avec ses ablutions, car en été on ne vole en toute sécurité qu’avant 8 h 30, au plus tard 9 h 00 à cause de la température croissante et des phénomènes thermiques. On me confie alors rôle de ‘lièvre’.  J’aime bien ! A fond les brûleurs, départ. Le spectacle est extraordinaire : Voir depuis le ciel les autres ballons quittant le terrain l’un après l’autre c’est jouissif… sauf pour mes passagers, qui n’ont aucune réaction. Vol tranquille d’une heure le long du Jura puis atterrissage en douceur sur une grande prairie accueillante. Avec l’aide de Ginette, ma ‘retrouveuse’ du jour, une ‘pro’ déjà sur place car elle avait anticipé où j’allais poser, nous plions le ballon et chargeons la nacelle sur la remorque. Mes passagers ne proposent bien sûr pas d’aider au rangement du matériel et leur fils tire toujours la gueule. Arrive alors le ballon multicolore qui n’avait pas plu au morveux, et j’ai encore des frissons de satisfaction de l’avoir mouché.

Savourez mon intervention, déclamée avec un enthousiasme que je reconnais un brin surfait : 

Waouh… Regardez le ballon en phase d’atterrissage ! Il ne dispose que d’un très petit espace pour poser, mais comme c’est le meilleur pilote du monde je me réjouis de voir sa manœuvre. Suit une pose parfaite.

J’ajoute vicieusement que n’ayant pas l’expérience de cet immense aéronaute je n’aurais pas osé atterrir à cet endroit. Tu parles…

J’en remets une couche, suscitant enfin un semblant d’intérêt du jeune ectoplasme, disant mon envie de devenir un pilote aussi prestigieux que lui. Il se nomme Dany Cleyet Marrel. Il a plus de 6000 heures de vol, a participé à de nombreux championnats du monde et épreuves internationales. En montgolfière, il fut le premier à survoler le Mont-Blanc en solitaire et surtout il est pilote du ‘radeau des cimes’, le dirigeable géant qui opère au-dessus de la canopée en Amazonie et à Madagascar…

Si vous aviez vu la gueule du cuistre qui n’aimait pas les couleurs du ballon du maître et avait sans le savoir préféré celui d’un pilote avec seulement 70 heures de vol… borgne de surcroît !

Dany Cleyet Marrel, son dirigeable géant et le ‘radeau des cimes

3 commentaires sur “Ma vie de borgne (Chapitre 13) En ballon

  1. J’adore cette histoire, si drôle ! si humaine ! mais si, mais si, quel beau cadeau vous avez fait à ce jeune prétentieux : vous lui avez parlé normalement et ça a dû lui décoller quelques neurones ! La chance !!!!!!! Bravo ! :-), très bon week-end et comme je vous envie d’avoir conduit une montgolfière !

    J'aime

Votre commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s