Une vie de borgne (Chapitre 14) Un peu de sport (1)

    

Pour skier, conduire et piloter avec un seul œil valide, nous avons vu dans un chapitre précédent qu’un borgne peut repousser ses limites pour « faire comme tout le monde » mais qu’en est-il de la pratique d’autres sports pour un monoculaire ? Bonne question !

Oublions les sports avec une balle, hors de question pour moi, car attraper ballon, balle, volant ou palet est tout simplement impossible…  Sans la 3D t’oublies. Adieu donc foot, tennis, hockey, handball, basket, badminton et même ce ‘golf du pauvre’ qu’est le hornuss, un sport folklorique traditionnel pratiqué en Suisse alémanique (Seeland bernois) consistant à lancer à plus de 200 km/h un petit projectile (le ‘frelon’, traduction de hornuss) au moyen d’une sorte de fouet très flexible, terminé par un manchon cylindrique en bois, que l’autre équipe doit tenter d’arrêter au moyen de panneaux en planches.

J’évoque ce sport très spectaculaire car je l’ai suivi alors que le magazine américain Times m’avait mandaté pour un reportage !

Le lanceur de hornuss
Le ‘frelon’, hornuss en allemand

J’ai pourtant fait un peu de water-polo, un sport avec une ‘baballe’, mais dans des conditions assez rocambolesques. Bon nageur (12ème temps de Suisse romande en 1960 avec 1 minute 06) je travaillais à Bienne et m’entraînais avec le club local de natation, les Bieler Swim Boys. Dans la capitale industrielle du Seeland bernois il n’y avait pas encore de piscine et nous nous déplacions à Berne pour 30 à 40 longueurs de bassin olympique deux fois par semaine. J’avais profité de faire quelques tests en water-polo avec l’équipe fanion du club.

J’ai eu la chance de vivre avant toutes ces histoires de djihadistes barbus… Mais aussi un souvenir cocasse : Pour un entraînement à la piscine on me demande de porter un bonnet de bain. « Pourquoi ? » «  Pour ne pas obstruer le système de filtration avec des cheveux et des poils ! » Je ne crois pas utile de dire que, chauve et plaisantin, j’ai mis le bonnet de bain sous ma barbe, en toute logique… sauf celle de l’inutile de service qui a insisté pour que je porte le bonnet sur la tête. Je me suis exécuté en ricanant et en pensant que ce ‘trouduc’ pourrait parfaitement entrer dans n’importe administration gouvernementale…

J’étais rapide pour aller chercher les balles mais j’ai très vite démontré mes lacunes athlétiques : si je suis doté de mollets qui développent plus de 350 watts, ce qui faisait de moi un cycliste puissant j’avais, et j’ai toujours, des ‘bras de gonzesse’ et ne relançais la balle ni très fort ni très loin. Et c’était encore pire à la réception, car après avoir tenté d’estimer la distance et la vitesse avec laquelle le ballon arrivait dans ma direction, le temps de réaction me faisait manquer le ballon 2 fois sur trois. Et comme mon club évoluait en Première Division (Ligue nationale A) on ne faisait pas souvent appel à moi pour renforcer l’équipe. Je me suis donc contenté de participer aux entraînements et de jouer parfois un quart temps (5 minutes) en match officiel, un peu grâce à ma pointe de vitesse, mais surtout à des défections, soyons honnête !

Et la planche à voile ? Mes amis sportifs s’étaient mis à ce sport à la mode dans les années 60-70. Une information :

La planche à voile n’est pas un sport de borgne !

« Essaie ! » m’ont dit mes potes. J’ai essayé ! Mais lors de mon unique tentative, sous le regard goguenard de mes copains ‘normaux’ je me suis singularisé en montant 12 fois sur la planche à voile, me retrouvant 11 fois dessous. Lors de la bonne tentative, à peine debout, me cramponnant au mât, j’essaie d’analyser en même temps la provenance du vent, les vagues et la position de la voile… beaucoup pour un débutant avec un seul œil ! Je manœuvre au ‘pif’ et très vite mon frêle esquif (comme on qualifie une planche à voile à la dérive) s’oriente vers le large, la côte s’éloigne, mais les copains qui m’observaient viennent à ma rescousse avec un canot à moteur. Je monte à bord tout penaud alors qu’un des ‘sauveteurs’ nous suit facilement sur ‘ma’ planche pour ce retour sans gloire de ma première et dernière tentative de navigation vélique !

6 commentaires sur “Une vie de borgne (Chapitre 14) Un peu de sport (1)

    1. Le projectile (hornuss ou frelon) est à peu près de la dimension d’une balle de golf donc…
      Les ‘réceptionneurs’ sont casqués et utilisent une palette de 60 x 60 cm qu’ils lancent en l’air quand le frelon est très haut! Salut Oth!

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