Une vie de borgne (Chapitre 19) Peter Ustinov

Peter Ustinov était un écrivain, comédien et metteur en scène de théâtre, de cinéma, scénariste et producteur britannique, né le 16 avril 1921 à Londres et mort le 28 mars 2004 à Lausanne. Permettez-moi de l’ajouter à la liste des célébrités qui m’ont accordé leur amitié !

Passionné de Formule 1, Sir Peter arrivait parfois à l’improviste sur les circuits, comme en 1969 à Monaco. Auprès de l’une des mignonnes hôtesses du service de presse, j’obtiens pour lui un brassard de photographe, fameux sésame qui donnait en ces temps anciens le droit de suivre la course depuis les trottoirs de la Principauté. Nous lui donnons un appareil photo qui ne fasse pas trop « Instamatic », et départ avec notre vedette pour longer le circuit avant le début du Grand Prix. Il avait une ‘tronche’ bien particulière, et sa notoriété n’échappait pas aux spectateurs des tribunes. « Hé ! c’est Peter Ustinov ! »  La rumeur se répétait et s’amplifiait et notre farceur de prendre un air ahuri, jouant l’étonnement, ouvrant les bras à l’italienne et, avec une voix fluette contrastant avec sa corpulence conséquente, de déclamer : « Io ? Sono Machiavelli del Tempo di Roma ! »

D’autres souvenirs :

Avec un collègue journaliste, nous avions effectué avec lui une visite au Salon de l’Auto de Genève. Grand connaisseur de voitures, surtout celles de luxe, genre Maserati comme nous le verrons plus loin, il s’était exprimé sur quelques nouveautés de cette édition, et je me souviens encore de certains de ses commentaires :

Devant l’Austin Maxi, en première présentation mondiale, une voiture ratée, il s’était amusé :

« Certains mettent tout à l’avant, d’autres mettent tout à l’arrière… eux ont mis ‘tout à côté’ »

Dix ans après la chute du mur de Berlin, un stand présentait une ‘nouveauté’ (!), la Trabant

Pour cette pétrolette 2 temps fumante de l’ex Allemagne de l’Est, Ustinov, théâtral, entre-ouvre légèrement la porte, met son nez à l’intérieur, ressort la tête, avec une moue simulant le dégoût :

« Ça sent encore le rideau de fer ! »

Au sujet d’une nouveauté américaine luxueuse (était-ce une Cadillac ?) notre ami s’exclame :

« Ces américains sont vraiment incroyables : ils parviennent même à donner à leurs tableaux de bord en bois précieux… l’apparence du plastique ! »

Nous avions son accord pour négocier le reportage avec une revue américaine. Je me suis donc rendu à son domicile, à 10 km de chez moi à l’époque, avec les tirages photos,

Installé à son bureau blanc reçu, m’avait-il dit, l’après-midi même et placé… dans sa chambre à coucher, il me demandait de lui rappeler ce qu’il avait dit, et à chaque photo il rédigeait à la main une légende qui n’avait rien à voir avec l’original, mais tout aussi spirituelle, en français et en anglais. Je suis reparti de chez lui, après qu’il m’ait offert un très bon whisky !

Une autre histoire a été publiée dans un livre sur Guerino Bertocchi, le chef essayeur de Maserati, surtout mécanicien d’un certain Juan Manuel Fangio

Bertocchi venait de livrer la dernière Maserati Quattroporte à Ustinov. Lisez plutôt, page 136 :

Je n’ai pas de moyens professionnels de reproduction mais je suis sympa, vous écris une version un peu plus lisible que ce mauvais scan :

Voici le témoignage de Norbert Duvoisin (directeur de la Scuderia Filipinetti, journaliste auto, membre du forum Maseratitude) qui était présent quand Guerino Bertocchi livra une Maserati Quattroporte à l’acteur Peter Ustinov à son domicile en Suisse :
« Je précise que je n’ai pas de photos car j’étais chez Peter Ustinov pour une séance de travail avec des photos prises au salon de Genève pour un article que je préparais pour Motor Trend aux USA. Donc pas de photos car le smartphone n’existait heureusement pas encore, et je n’aurais pas eu l’outrecuidance de mélanger l’amitié, le boulot, avec le « sensationnel ».
1969 ou 1979, je ne sais plus, fin d’après-midi, à Bursins dans le bassin lémanique, à la villa cossue de Sir Peter. Il me reçoit, un peu pressé. Vous connaissez les célébrités et leur emploi du temps…
Je me trouve face à face avec un italien qui attendait un taxi pour le conduire à l’aéroport de Genève. Entre deux coups de téléphone Peter Ustinov me présente Guerino Bertocchi qui venait de lui livrer sa nouvelle Maserati. Je fais le rapprochement avec le personnage que je n’avais jamais rencontré mais dont je connaissais la personnalité. Je parlais alors correctement la langue de Dante et j’en ai profité pour lui donner quelques précisions sur l’ami Ustinov. C’est alors que Bertocchi m’a dit : « Je me doutais bien qu’il s’agissait d’une célébrité puisqu’on m’a envoyé pour lui remettre personnellement cette Quattroporte ! »

Un commentaire sur “Une vie de borgne (Chapitre 19) Peter Ustinov

  1. La classe ! à tous points de vue. Je n’ai pas de passion particulière, voire pas du tout, pour les voitures, quelles qu’elles soient, mais vos récits m’emmènent toujours à découvrir des mondes inconnus, pour cela grand merci à vous ! 🙂 très bonne soirée

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