Et si nous commencions l’année en musique ?

Mise en garde pour mes lectrices : La conduite du jeune marié de cette histoire, pendant son voyage de noce, pourrait choquer des jeunes filles n’ayant pas encore perdu leurs illusions !

Je vais vous parler du Troisième Homme, un roman de Graham Green dont Carol Reed a fait un film fameux en 1949, avec Orson Welles et la musique d’Anton Karas à la cithare !

L’histoire est liée au trafic de pénicilline. Un journaliste américain recherche son ami Harry Lime (Orson Welles) qu’on dit décédé. Il y a dans ce film des scènes mémorables : la grande roue du Prater, la poursuite dans les égouts de Vienne, le chat qui se frotte aux jambes du disparu Welles/Lime et surtout le final au cimetière. Il y a aussi la musique d’Anton Karas à la cithare, qui a fait le tour du monde. Pour mes jeunes lectrices et lecteurs voici le lien :

Pourquoi je vous parle de ma passion pour ce film, que j’ai vu une dizaine de fois ?

Nous y voici :

1962

Voyage de noce à Vienne. Staatsoper pour écouter Der Rosen Kavalier de Richard Strauss. Trop moderne pour moi à l’époque, je suis parti après le premier des 5 actes pour descendre tout seul à la Rathauskeller, rendez-vous nocturne des amateurs de musique traditionnelle. Il y avait un joueur de cithare. Bingo ! Mais je n’aurais pas dû lui parler du Troisième Homme, car il détestait Anton Karas. Il le disait ‘mauvais’ musicien, arriviste et opportuniste, qu’il y avait à Vienne des douzaines de citharistes bien meilleurs. Né modeste, Karas a fait fortune en très peu de temps grâce au film, ce qui explique la rancune des laissés pour compte ! Les soirs suivants j’ai remis ça. Quoi, en voyage de noces, tu laisses ta femme ? Bah…elle était enceinte et ne pouvait, et surtout n’aimait pas faire la fête. C’était une ‘lève-tôt’ qui visitait les musées tandis que je prenais le bus plus tard pour voir les hauts lieux du film.

On m’a montré l’entrée des égouts, cadre de la fameuse poursuite et l’allée du cimetière, site de la scène finale.

En couple (oui tout de même !) nous sommes montés sur la grande roue du Prater.

Les soirées se passaient dans les ‘hörigen’, un mot qui signifie débit de vin nouveau en viennois. C’était pendant les vendanges et il y avait de l’ambiance !

Puis une soirée « Zum Dritten Man », le restaurant snob d’Anton Karas. On était loin des arrière-cours de fermes, des caves rustiques, des débits de vin nouveau de Grinzing, des rires, des chants, de la ‘Schramel Musik’ (Es steht ein alter Nussbaum draus in Heiligenstadt), et des danses dans la banlieue viennoise. Les serveuses et serveurs étaient ‘habillés du dimanche’, les menus prétentieux, les prix honteux. Au milieu du resto, une table avec une cithare…  Un ‘gugus’ se met au clavier et joue pendant le début du repas. Ensuite on apporte un étui en cuir haut de gamme avec une autre cithare. Les lumières sont atténuées au rhéostat. Une voix genre Wehrmacht fait taire tout le monde :

«Bitte Ruhe. Der Meister spielt!»

Anton Karas s’installe, la mine renfrognée. Il ne respire pas la joie de vivre. Il toise la salle d’un oeil agacé car il a cru déceler un bruit de chaise ou de fourchette… Il envoie la musique du Troisième Homme, c’est paqueté en 3 minutes 22 secondes. Applaudissements et la lumière revient. Avant le dessert nouvelle apparition du « maître ». Il joue The Café Mozart Waltz et retrouve le sourire devant l’étal des 45 tours qu’il va dédicacer… Je ne vous dis pas les prix, mais j’en ai acheté un, signé, comme cette photo qui accompagnait le disque !

Ce sera la fin de l’aventure viennoise et… un peu plus tard, la fin de l’aventure matrimoniale. Et ça vous étonne ?

Trente ans après, en stage de formation comme directeur d’école de ski, dans une station des Alpes, je danse avec une des mignonnes réceptionnistes de l’hôtel. Musique propice pour serrer un peu la demoiselle… qui y met du sien ! L’orchestre joue une version dansante du Troisième Homme, et je lui dis ma passion pour cette musique, mais que je préfère le morceau original de Karas.

« Si tu veux l’entendre, j’ai le disque dans ma chambre !»

Vous ne me croirez pas : je suis allé écouter le Troisième Homme chez elle !

De retour à mon domicile, divorcé depuis belle lurette, j’ai trouvé un courrier judiciaire au sujet d’une sordide affaire de pensions alimentaires. J’ai rédigé une « fin de non-recevoir » et suis allé à la poste avec deux envois : la lettre pour le juge et un petit paquet à destination de la Suisse allemande, contenant le disque dédicacé par Karas, pour la gentille et jolie réceptionniste, dont je n’ai bien sûr plus entendu parler !

Ende der Geschichte !

P.S. J’ai bien sûr raconté l’histoire à Cornelia, qui m’a offert un CD avec la musique du Troisième homme. Comme quoi…

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