Ma vie en monovision (Chapitre 33) Vous voulez partagez avec moi ?

J’affirme que l’amblyopie est un handicap impossible à partager.  Vous voulez des détails ? 

A la suite de mon récent chapitre sur la 3D, une amie m’a dit qu’en fermant un oeil elle voit tout de même les reliefs. Elle trouvera l’explication dans la suite de mon texte, qui était déjà écrit avant son aimable intervention. Un prétexte pour avancer ma publication. Dont acte!                    

On me dit parfois : « J’ai fermé un œil pour ressentir les effets de ta vision monoculaire ». 

J’interromps ipso facto mon interlocuteur : Vous ne pouvez pas  ‘ressentir’ ce genre de sensations puisque tout ce que vous voyez en obstruant un œil, vous l’avez déjà vu, toute votre vie, avec une vision normale. Grâce à la profondeur de champ vous connaissez les reliefs des choses, le profil de vos interlocuteurs et les distances entre les objets.

On me reproche souvent de ne pas reconnaître les gens. Avez-vous pensé à l’importance ‘du relief’ d’un visage ? Vous avez des critères de reconnaissance optique qui me manquent : longueur du nez vu de face (eh oui !), pommettes saillantes ou non, profondeur des cavités oculaires, inclinaison du front et même ‘pulposité’ des lèvres… (‘pulposité’ est un néologisme ‘maison’, ne le cherchez pas dans le Petit Robert). Vous n’avez probablement jamais associé la profondeur de champ à la reconnaissance faciale. Les ingénieurs qui travaillent au développement de l’intelligence artificielle, technologie d’avenir, ne pensent qu’à ça ! 

Pour comprendre la vision monoculaire, il faudrait avoir recours à une astuce utilisée dans les écoles d’architecture : des espaces recréant des habitations pour en expérimenter la viabilité. Il faudrait construire un environnement provisoire où tout serait réduit, « ou augmenté », disons de 2 ou 3 dixièmes: dimension des meubles, des parois, du plafond, des sols, fenêtres et portes. Vous faites entrer un cobaye à qui on a obstrué un œil et il aura le même comportement que moi dans toute nouvelle situation. Il aura juste l’air d’un ahuri malhabile !

Vous aimeriez savoir ce que ressent un borgne ?

Vous n’y arriverez pas, c’est avéré !

Contentez-vous donc d’apprécier votre vue ‘normale’, un cadeau de la nature, c’est un amblyope qui vous le dit, en espérant que votre système de vue ne se réduise pas de moitié car vous seriez dans une situation que je n’ose pas imaginer. La monovision de naissance n’est déjà pas une sinécure, alors la perte d’un oeil en cours d’existence… Pfffffffffff!

Quelques détails chiffrés en conduisant : Alors que vous avez une vue stable et panoramique sur la route, un borgne doit ‘balayer’ de gauche à droite avec son œil valide, consulter le rétroviseur et jeter un coup d’œil anticipé au loin. Et à chaque mouvement des yeux, retour sur la portion de route proche avec une nouvelle focalisation, sans oublier le coup d’oeil au tableau de bord pour surveiller la vitesse. Pour certaines courbes prononcées, le balayage oculaire, avec chaque fois une nouvelle focalisaion, atteint des chiffres ahurissants : 20 à 30 fois par virage ! Avant d’écrire ce texte, j’ai vérifié ces chiffres à de nombreuses reprises sur une petite route régionale assez sinueuse mais peu fréquentée, que je parcours souvent : 

Je change de focalisation 460 fois en 8 km, donc près de 60 fois au kilomètre, sans compter les mouvements de tête pour que mon œil valide de gauche puisse obtenir les informations du rétroviseur de droite !

Ma vie au volant : 2’600’000 kilomètres multipliés par 60 ce sont plus de 160’000’000 (oui 160 millions) de mouvements oculaires.

Mesdames ! Si dans ma vie de conducteur (soixante-deux années de permis) j’ai cligné plus de 2.5 millions fois par an pour voir ma route… je vous laisse imaginer le nombre de clins d’œil générés par mon fameux Schlaf Zimmer Blick pour vous mes chéries… 

Un borgne doit tout analyser, tout prévoir, tout envisager, tout mesurer… tous les jours, toutes les heures et même plus souvent !

Il y a longtemps que je n’ai pas ajouté une petite pensée à mes textes. Permettez-moi de me ‘citer parmi’ car je ne sais pas si ‘autociter’ fait déjà partie du dictionnaire…

Un borgne a plus de facilités à transmettre son savoir que quelqu’un à la vue normale. Je vous entends marmonner quelques objections et je vais démontrer ce que je crois être avéré : Tout ce que j’ai appris fut à force de concentration, analyse, raisonnement et compréhension des moindres détails, donc pas de place pour l’instinctivité. C’est pourquoi il m’est plus facile de trouver les mots et les gestes pour l’enseigner aux autres.    

Norbert Duvoisin, Prof de ski pendant plus de 30 années

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