Ma vie en ‘monovision’ (Chapitre 43, l’antépénultième) Arrête ton cinéma (Suite et fin) !

Film Le Mans et les effets spéciaux.

Plus fort que Gérard Majax et David Copperfield !

Je vous ai parlé de mes fréquents voyages au Mans pendant le tournage du film sur les 24 Heures, célèbre grâce à Steve McQueen.

Pour moi ce n’était pas totalement nouveau car, comme rédacteur de l’Année Automobile, j’avais suivi les prises de vue de Grand Prix en 1966 avec Yves Montand, Eva Maria Saint, James Garner, le réalisateur étant le fameux John Frankenheimer.

Yves Montand, pilote de Formule 1. Ça avait de la gueule non?

J’avais été témoin de scènes ahurissantes comme le lancement au canon d’une fausse BRM, en fait une épave de Formule 3 ‘arrangée’, contre les rochers près de Monaco. Et la Ferrari qui s’envolait littéralement depuis l’anneau de vitesse de Monza, que les américains avaient remis en service pour cette occasion…

L’anneau de vitesse des années 20 à 60

Ils avaient installé des guard rails en balsa, peints en gris métallisé, et une poupée à la silhouette de Montand s’éjectait grâce à un explosif placé sous le siège de la monoplace. La charge était déclenchée par un contacteur placé dans le nez de la voiture, agissant au touché du faux rail de sécurité. Il y a eu aussi une scène à laquelle j’ai assisté, éberlué, celle où l’actrice Eva Maria Saint est sensée apprendre que son copain Jean-Pierre Sarti (Montand) est mourant. Elle a recommencé la scène 5 ou 6 fois, sais plus, chaque fois avec plus de vérité, de larmes et d’intensité. Les assistants avaient dû la reconduire dans sa loge, presque inconsciente après avoir joué cette multiple crise d’hystérie ! Et le déjeuner commun, auquel assistent traditionnellement ceux de la production, les acteurs et le staff, visiteurs invités compris, en face d’Yves Montand, hilare avec son grimage comportant des cicatrices sanguinolentes. Je vous dis, du vrai cinéma. Mais pour l’heure revenons au Mans pour d’autres effets spéciaux :

Nous sommes en 1971 et les trucages n’ont rien à voir avec les invraisemblables stupidités électroniques actuelles. Par exemple, une scène doit montrer une Ferrari qui sort de la piste et s’encastre dans une forêt.

J’ai été témoin des astuces, trucs, bricolages et situations très peu maîtrisées, même hors de contrôle, disons-le ! La Ferrari… en fait c’est une très vieille Lola Chevrolet qui, pour la scène définitive, sera déguisée en Ferrari par un changement de carrosserie. Et de couleur !

Le responsable des effets spéciaux, l’adipeux de la photo et son guignol d’assistant, n’avaient probablement conduit que des ‘américaines’ banales, genre ‘Chevy’, bien sûr automatiques.

La production m’avait demandé de ne rien publier à ce sujet… on les comprend. J’ai donc attendu la prescription pour vous en parler ! On prépare un mannequin casqué qu’on place au volant. Moteur… on tourne, pour un premier essai ! Assis sur son siège, pensant piloter une machine de course avec sa grotesque télécommande, l’assistant met trop de gaz et la fausse Ferrari (tout de même avec un moteur de 400 CV) démarre en faisant un travers, un tête-à-queue et une sortie de piste après seulement 30 mètres, terminant sa course dans un champ.

Donc on recommence sans le plouc et sa télécommande mais avec un pilote en chair et en os !

Il quittera la piste juste avant les arbres et on enverra plus tard la voiture propulsée par une fusée (mais sans pilote…) dans la forêt. La suite ne sera qu’une affaire de montage en studio.

La forêt a été préparée. Les troncs sont pré-sciés pour faciliter le ‘passage’ de la voiture. La scène devant se dérouler par temps de pluie, les pompiers engagés pour l’occasion mettent alors les lances en action pour inonder la piste. Par chance le ciel se couvre un peu, mais ce changement de météo provoque un brusque coup de vent qui entraîne la rupture des sapins pré-sciés. Coupez ! (Il s’agit de couper la prise de vue, vous l’aviez compris… car les sapins, c’est déjà fait !)

L’équipe technique redresse les arbres, les fixant avec des lambourdes et des clous. Quelques pschitt pschitt de peinture verte, brune et un peu de mousse remettront le décor en état.

Alors moteur ? Bah non, pas tout de suite, car le vent a, entre temps, asséché la piste et les pompiers doivent remettre une ondée…

Et, on m’a payé pour assister à ce ‘bordel’ cinématographique à l’américaine puisque McQueen m’avait lui même proposé (If you want to make some more money guy !) de jouer mon rôle de journaliste, très convenablement payé comme figurant (deux heures de présence pour l’équivalent actuel de 250 euros !), avec mon brassard officiel de l’International Racing Press Association

Je me trouvais donc au bord de la piste pour assister, tel un VIP privilégié, à la scène que je vous décris mais, grandeur et décadence : j’ai vu le film en première présentation mondiale à Londres, et ces ‘salauds’ ont ‘sucré’ le plan au montage. Je ne pourrai donc jamais revendiquer d’avoir partagé l’affiche d’un film avec Steve McQueen… Snif !

4 commentaires sur “Ma vie en ‘monovision’ (Chapitre 43, l’antépénultième) Arrête ton cinéma (Suite et fin) !

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