Devoirs de vacances N°13 Camping (1)

Une vie au grand air

Chapitre premier

À un ami blogueur, intéressé par ce que j’appelle affectueusement «notre maison à roulettes», j’ai promis des précisions. Dont acte! C’est vrai que le camping-car est à la mode (même trop, à cause de certains pratiquants qui ne respectent rien). On rencontre beaucoup de nouveaux retraités qui se lancent sur les routes, sans avoir la mentalité de ‘campeurs’. Si l’expérience peut s’acquérir, c’est plus difficile pour l’esprit ‘nomade’, surtout de se satisfaire d’une certaine rusticité.  On voit des camping-cars grands comme des des autocars, difficiles à manoeuvrer et à stationner. Des véhicules qui reproduisent les conditions de confort d’une villa…  du reste je me demande ce qui reste de la joie de vivre au grand air, de camper et de se rapprocher de la nature?

Je vous souhaite bonne lecture de ce ‘curriculum de grand air’ et proclame la bienvenue à ceux qui rejoindront les originaux en voyage (Je n’ai pas parlé des ‘gens du voyage’!)  Accrochez-vous, mettez des vêtements chauds, car cette histoire ne vous emmène pas au soleil (en tout cas pas en son début!)

Tout a commencé en 1949, j’avais 8 ans. On parlait de vie au grand air, de camps  et de campements, car les anglo-saxons ne nous avaient pas encore imposé le mot ‘camping’. C’était l’immédiat après-guerre, les ménages avaient bien moins d’argent que maintenant et les assurances sociales n’existaient pas.

Pourtant personne ne se plaignait, car on n’avait pas à se priver de voiture, de seconde voiture, villa, piscine, machine à laver le linge et la vaisselle, téléphone fixe et mobile, frigo, congélateur, vacances, voyages dans les îles, ordinateur, micro-onde, four à chaleur tournante et camping, pour la bonne raison que ces «merveilles du progrès» n’existaient pas pour les classes euh… ‘normales’.

Fin de la digression.

J’accompagnais mon père bucheron sur ses chantiers forestiers dans le Jura, pendant toutes mes vacances estivales. Je courrais toute la journée dans les sentiers, les clairières et j’explorais les sous-bois. A la nuit tombante, mon père positionnait son vieux tracteur ‘International’ près d’un sapin. On posait un tronc en appui sur une branche et sur le tracteur. Une bâche trouée, qui avait dû abriter les soldats de la Première Guerre mondiale, posée sur cette «panne faîtière» rudimentaire, nous protégeait des averses fréquentes dans le Jura, en été.  Et quand je dis «protégeait» il faut y voir le peu de sens des réalités inhérent à mon jeune âge. Ce fût mon premier campement! 

Puis vint l’inoubliable expérience du scoutisme. Si on fait abstraction des principes un peu trop militaires et bigots de Sir Baden Powell, les éclaireurs m’ont permis d’acquérir un sens pratique qui me fût utile toute ma vie.  Nos chefs nous emmenaient camper avec des tentes rudimentaires. Ensuite ce furent les dépaysements et les découvertes, principalement avec le Club Alpin. Nous avions évolué en matière de ‘matos’ et utilisions des tentes ‘dômes’ Dunlop et North Face. (Photo ci-dessous) Sans parler des vêtements en duvet, GoreTex et matériaux modernes efficaces contre le froid et la pluie.

En 1978, j’ai participé une expédition de 350 km à ski de fond en Laponie finlandaise et norvégienne, Ivalo, Inari, Kargasniemi, Alta, à 400 km au Nord du Cercle polaire, par 37.5° sous zéro, dormant dans des cabanes de rondins avec moins 10° de température intérieure. Laissant mes amis pour 3 jours, j’ai réalisé un rêve d’enfance: aller à Hammerfest, la ville la plus septentrionale du monde. Je n’ai pas apprécié les jolies couleurs des maisons au cours de ma nuit dans cette ville…

J’y ai passé une nuit, sans tente, oui vous avez bien lu: sans tente, juste un sac de couchage, sur un trottoir. C’était pendant les fêtes de Pâques, tout était fermé, hôtels, auberges, restaurants et je m’étais sommairement couvert de plaques de fibre de verre trouvées sur un chantier, me permettant de dormir (dormir? tu rigoles non, passer la nuit!) par moins 30°. Quand je repense aux poussières de fibre sur ma peau, je ressens encore aujourd’hui des démangeaisons sur tout le corps, mais il reste heureusement le souvenir des superbes et impressionnantes aurores boréales, gravées ‘ad aeternam’ dans mon ‘curriculum’.

Je n’oublie pas non plus mes nuits sous tente plus traditionnelles, par exemple à Zermatt, avec mes enfants, pour pratiquer le ski d’été sur les glaciers.

Avec une amie, dans notre tente plantée dans une forêt de la périphérie lausannoise, nous avons «cohabité » avec les sangliers, situation à la limite de l’inconscience…Groïnk!

Comme point d’orgue, j’ai participé à une dizaine de bivouacs, d’une semaine, au-dessus d’Arolla avec le Club Alpin, à près 3000 m. d’altitude, toujours sous tente, et des douces températures nocturnes de moins 24°. J’avais même eu les honneurs du journal officiel du Club Alpin:

Couverture du journal du Club Alpin Suisse. Ma tente marquée « To the Summit »
Une sympathique veillée entre amis, chantant dans l’iglou social du biwak !
Akimismo est au centre…

Fin de la première partie

Vous trouverez prochainement ici, de quoi vous réchauffer. Un peu de patience Mesdames… 

A suivre.