Interlude

Dans les années 50/60 on avait inventé le vocable ‘Interlude’ pour remplir les ‘trous’ dans la programmation embryonnaire de la télévision. 

 

Dans la presse, c’était à l’époque de la typographie trop rigide pour être adaptée à la mise en page, on plaçait alors de petits rectangles nommés ‘bouchons’. Soutenez-vous de « N’oubliez pas de donnez à manger aux petits oiseaux »

Il y a eu aussi les ‘marronniers’, surnom des informations sans valeur qui se renouvelaient chaque année et qui permettaient aux journalistes de « tirer à la ligne ». Du reste l’expression vient du bourgeonnement annuel d’un marronnier de Genève.

J’oublie l’interlude, les petits oiseaux et les marronniers… car je suis plus direct que mes ancêtres:

 

Je pars en vacances au bord de la Méditerranée!

La lecture peut-elle être dangereuse?

La Sant Jordi (St Georges en français, San Jorge en espagnol) est une fête qui se déroule le 23 avril. La tradition veut que, chaque année, on offre une rose, et depuis 1920, un livre.

C’est devenu le Jour du Livre, bien sûr amplifié par ces spécialistes des ‘ponts’ que sont les ibériques, à la Semaine du Livre. Pour une fois nous n’allons pas nous plaindre de ces prolongations, tant la carence en matière de lecture est un mal endémique ici…

Coïncidence ou non, la Saint Georges est indissociable de l’image du livre puisque le 23 avril 1616 fut enterré à Madrid le célébrissime Miguel de Cerventès, l’auteur de Don Quijote. Autre coïncidence, c’est aussi le 23 avril, de la même année 1616 que mourut William Shakespeare à Stratford-upon-Avon. On ne peut pas rester indifférent à une telle conjonction de date! 

Voici une image qui se veut humoristique (pas pour moi !) faisant l’apologie de la lecture ‘digitale’ et dénigrant le coût élevé des livres. Je ne sais pas si c’est un gag (je l’espère) mais avec les publicitaires on ne sait jamais jusqu’où peut aller la mauvaise foi.

DbO74vPW0AAbN5y.jpg-large.jpeg14 produits que vous devez cesser d’acheter pour économiser. Acheter des livres est un hobby assez cher et souvent peu pratique. Au contraire un e-book permet de stocker plusieurs exemplaires en peu de place. De plus les bibliothèques offrent un catalogue très complet de volumes ‘digitaux’ pour lesquels il n’y a absolument rien à payer. Ça vaut la peine !

Juan Manuel de Prada, écrivain espagnol, donc passionné par les livres (Bonjour Monsieur de La Palisse !), réfractaire à tout progrès informatique, vient de publier un article plein d’humour grinçant au sujet du Jour du Livre. Je traduis quelques perles :

J’ignore quelles sont les raisons pour lesquelles le Ministère de la santé n’interdit pas la vente des livres qui distraient les gens de leurs dépendances à d’autres formes d’activités de loisir tellement plus gratifiantes comme les réseaux sociaux et la consommation boulimique de séries TV. A chaque printemps je suis horrifié de la prolifération monstrueuse de foires du livre qui infestent les jardins et places publiques de nos cités pour inciter des innocents qui n’ont jamais lu une ligne à se ruiner pour l’achat de littérature imprimée.

On devrait obliger les éditeurs – de la même manière qu’on l’a imposé aux fabricants de cigarettes – à apposer sur leurs couvertures des mises en garde sur les risques que la lecture pourrait engendrer : sécrétion de pensées originales, qui sait peut-être responsable de formation de tumeurs cérébrales ! En attendant des directives de l’Union Européenne sur le sujet il est urgent qu’à l’image des médicaments, les livres soient accompagnés d’une notice de mise en garde :

Composition : Ce livre est fait de pages écrites réunies en cahiers cousus dont la vision peut causer des vertiges et des baisses de tension.

Indications : Etant admis que l’usage d’un livre soit un signe de prestige et de niveau social, nous recommandons, pour ceux qui n’y sont pas préparés, que les bibliothèques domestiques soient strictement ornementales et qu’elles restent la meilleure cachette pour la poussière.

Posologie : En cas d’addiction aigüe à la lecture il est recommandé de ne pas dépasser la dose de trois ou quatre paragraphes par jour. Faire très attention au contenu des textes sur le revers des pages de couverture, les plus vicieux agents de propagande pouvant conduire à des pensées subversives.

Précautions : Il y a de fortes probabilités que la lecture soit une maladie contagieuse et héréditaire. Si vous êtes ‘enceinte’ abstenez vous de lire car votre fœtus pourrait naître avec des malformations. Si des connaissances souffrent de ce genre de vice, faites-les mettre en quarantaine avant qu’ils ne vous contaminent.

Effets secondaires : La lecture cause la méningite, des migraines, des nausées ‘sartriennes’,  des pensées stéréotypées, delirium tremens et même le risque de prendre ses propres décisions, une fluidité dialectique, etc.

Intoxication et traitement : En cas de lecture à dose élevée le malade peut souffrir d’insomnies, d’excitabilité allant même jusqu’à faire de l’ironie et proférer des sarcasmes contre le régime politique en place. Dans ces cas graves le meilleur antidote est d’exposer le patient à des irradiations prolongées de rayons cathodiques, de préférence concours TV avec des ‘hominidés’ bas de gamme et des ‘hominidées’ à gros nichons (avec les excuses du traducteur !). On recommande aussi une thérapie d’immersion intensive dans Twitter et WhatsApp. En cas de malades incurables il ne reste que la diète substitutive avec des lectures de programmes électoraux.

Attention : Les livres ne doivent pas être laissés à portée des enfants.  

NdT : Libre à vous de prendre le texte de Prada au premier degré !

Et pour terminer ce chapitre dans la bonne humeur, un dessin de mon ami Sansón que pour une fois je n’aurai pas besoin de traduire :

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Eh… je vous en pose des questions ?

J’ajoute un sous-titre: Devoirs de vacances… clin d’oeil de l’Atlantique!

Il y a ceux qui lisent, gardent les coupures de journaux, ceux qui écoutent, ceux qui prennent des notes, font du ‘copié-collé’ sur Facebook, ceux qui classent les petits papiers, les recopient, et finalement publient les résultats de leurs cogitations.

Je m’identifie à presque toutes ces catégories… surtout la dernière mais ne suis pas concerné par les ‘copieurs-colleurs’! Voici quelques floralies extraites des gribouillis retrouvés sur ma table de nuit, la table de la cuisine et les poches de mes chemises:

En question… Question sans réponse… Il en est question… Remise en question… Questions existentielles… Je vous en pose des questions? Le sujet sera donc:

Pourquoi les prisons n’organisent-elles pas de journées ‘Portes Ouvertes’?

Peut-on voir le jour en pleine nuit?

L’enfant d’une mère célibataire peut-il être un fils à papa ? (Non, non je ne connais pas Rachida Dati!)

Peut-on graisser la patte à un manchot qui se mouche du coude mais qui a le bras assez long pour nous donner un coup de main ?

Un chauffard en prison peut-il solliciter une permission de sortie pour bonne conduite ?

Deux questions ‘écolo-politiques’ (c’est la mode):

Le pétrole consomme-t-il plus d’électricité que le gaz?

Cirer les pompes (à chaleur) permet-il d’éviter le chômage central ?

Le croque-mitaine doit-il mettre des gants pour faire peur aux enfants ?

Comment les services municipaux peuvent-ils louer au mètre carré une place pour un cirque dont la tente et l’arène sont circulaires ?

Pourquoi dit-on :

Elle est grande cette petite?

Ce bon à rien est prêt à tout?

 Là je vous la joue ‘maraîchère’:

Est-ce la fin des haricots quand les carottes sont cuites, qu’il ne nous reste plus un radis et qu’on est dans les choux?

Peut-on cuire la pomme d’Isaac Newton dans la marmite à vapeur de Denis Papin? (Ca commence à chauffer hein?)

Denis Papin 1647 – 1713
Isaac Newton 1643 – 1727

 

Tiens ! Une petite digression sur des personnages contemporains cités ci-dessus qui donne un sens chronologique à ma question .

 

 

 

Questions sans réponse:

‘Feuille de chou’: Un journal qui publie des salades ou qui sert à les emballer ?

Une autre, une autre… Bon d’accord : Un journal à grand tirage est-il bon pour allumer le feu ?

Pourquoi les météorologues qui ne se ‘mouillent’ jamais annoncent la pluie en disant qu’on va ‘essuyer’ des averses ?

Existe-t-il des régions dans lesquelles la main de l’homme n’a jamais mis les pieds ?

Un boulanger peut-il mettre la main à la pâte, alors que les gynécologues mettent la leur aux miches des dames ?

Un manchot peut-il être employé au ‘standard’ téléphonique de ‘La Main Tendue’?

Un chauve peut-il se ‘faire des cheveux’?

(Une expression au poil… car je suis de mèche avec mon coiffeur!)

Ma femme a acheté une crème de nuit en Australie, donc dans l’hémisphère Sud… Doit elle l’appliquer de jour pour qu’elle fasse effet en Europe?

Un petit personnage de 1.68 peut-il être un grand Homme d’Etat ?

Un ministre de plus de l.85 peut-il n’être qu’un petit Monsieur ?

Pour la réponse, chacun écrira les noms qui lui viennent à l’esprit. (Quoique l’esprit… quand on parle d’hommes politiques!)

Dans quel état j’erre ? Où courge ?

Qu’ouï-je ? (au passé: qu’ai-je ouï ?) Que se boit-on ? Groïnk !

Un vin élevé en fût de chêne peut-il provoquer la gueule de bois ?

Pourquoi dit on d’un malade qu’il a failli y rester alors qu’il a risqué de partir !

Peut-on faire la grève de la faim quand on en a soupé de l’existence ?

(Celle-là est de Philippe Geluck, Le Chat)

Peut-on dire de deux femmes qu’elles travaillent comme un seul homme ?

Peut-on se prénommer Urbain et vivre à la campagne ?

Pourquoi faut-il mettre de l’argent de côté pour en avoir devant soi?

Du reste les pièces de monnaie sont-elles rondes pour rouler ou plates pour être empilées ?

Peut-on se faire mettre la corde au cou avec une ficelle dans le cul?

Oui si la mariée porte un string.

Russie: Comment respecter un pays qui écrit dieu avec une minuscule… et KGB avec des majuscules?

Trois questions avec réponses:

Sur quoi le flic français frappe avec sa matraque?

Le flic français il frappe sur ordre de son chef

Qu’est-ce que le soldat allemand a dans son fusil?

Dans son fusil le soldat allemand a… entière confiance

Avec quoi le soldat suisse il se lave?

Le soldat suisse il se lave avec… le torse nu!

Et pour terminer une pensée hautement philosophique:

(Ne cherchez pas dans le ‘Dictionnaire des Citations’… j’en suis l’auteur!)

Tout est trop cher ! Je n’ai vraiment plus les moyens de vivre… Et comme l’assistance au suicide coûte un saladier… je n’ai pas non plus les moyens de mourir ! Que vais-je devenir ? Un mort vivant ? Un mec plus mort que vif ? Ou tout simplement, ce qui me convient parfaitement, un immortel de la conjoncture…

Mort de peur, Mort de froid, Mort de faim, Mort de soif (l’horreur!) Mort d’amour (c’est mieux!)… Ivre mort… Mort de rire!

 Pourtant bon vivant… je vous en souhaite autant

Vous qui citez si bien…

Recherche de paternité !

Ce n’est pas facile de publier des pensées, qu’elles soient de notre cru ou empruntées à des auteurs qui ont eu la chance de naître avant nous. On attribue souvent la paternité d’une phrase à quelqu’un avant de se rendre compte qu’une autre célébrité l’avait déjà commise! Par exemple Coluche:

«Je ne suis pas un nouveau riche, je suis un ancien pauvre!»

On dit que ce trait d’esprit est d’un certain Christian Audigier (1958 – 2015) faussaire, plagiaire, voleur de la marque Van Dutch,Unknown.jpeg ami de Johnny et Leticia Halliday (!). Rien que le terme de plagiaire m’incite à le retirer de la liste des prétendus auteurs de cet aphorisme.  Quelques années plus tôt mon ami Armand, ni plagiaire ni voleur, ni même ami de Johnny, venait de se mettre à son compte et avait évoqué le sujet, à sa manière:

«Je ne suis plus un con de pauvre mais pas encore un salopard de riche!»

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F. Alonso

Et le pilote Fernando Alonso, revenu en Espagne après avoir renoncé à certaines facilités fiscales helvétiques, qui acceptait joyeusement de se faire arnaquer (le mot est faible s’agissant de plus de 80 millions d’euros…) par les impôts ibériques en disant:

«Je ne serai pas plus pauvre… juste un peu moins riche!»

Et moi ? Me citera-t-on pour avoir dit : Je suis né sans rien dans une famille pauvre, j’ai traversé la vie sans un rond et je vais probablement mourir en apôtre de la paupérisation !

Pierre Desproges m’a toujours amusé. Exemple:

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P. Desproges

«Ne faites jamais l’amour le samedi soir, car s’il pleut le dimanche, vous ne saurez plus quoi faire»

Or cette ‘pique’ est aussi attribuée à Sacha Guitry

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S. Guitry

qui l’aurait énoncée bien avant. Pourtant cette double attribution n’enlève rien au trait d’humour… Des exemples qui confirment qu’énoncer un mot d’esprit ne vous en donne pas automatiquement la paternité éternelle! Tiens! Tant Coluche que Desproges ont dit:

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Coluche

«Tous les matins, j’apporte à ma femme le café au lit. Elle n’a plus qu’à le moudre» Qui me dira lequel l’a ‘sorti’ en premier, sachant que cette ‘misogynie’ a paraît-il été prononcée par Pierre Doris, auteur, acteur et humoriste (1919-2009)?

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P. Doris

 Mais attendez, ce n’est pas terminé car on l’attribue aussi  à ‘ce coquin’ de Sir Winston…  Mister Churchill himself (1874 – 1965)! Comme quoi…

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Churchill

 

 

 

 

Florian Martin, qui fût mon employeur dans la publicité, a écrit:

La pensée d’autrui est une valeur sûre qui hausse l’emprunteur au niveau de l’auteur.

Alors auteur, emprunteur, génie inventif, plagieur, plagiaire… ou tout simplement ‘bonne mémoire’? Ne sais pas… Pour terminer, que pensez-vous de la profession de foi qui suit, des illogismes dont je revendique partiellement la paternité ?

Détestant les vacances et le travail, l’argent et la pauvreté,

la mort et la vie, les autres et moi-même, je promets d’être:

Laborieux festoyant

Militariste pacifique

Egoïste altruiste

Avare généreux

Hospitalier xénophobe

Misogyne amoureux (Celle là fait un peu ‘homo’ non!)

Végétarien carnivore

Vertueux libertin

Anarchiste bourgeois

Conservateur progressiste

Gauchiste de droite (de l’extrême centre)

Volage fidèle

Dilettante professionnel

(Je dois bien avouer que quelques-unes de ces trouvailles sont ‘empruntées’ au regretté Jack Rollan)

 

Les maîtres du monde

Arturo Pérez-Reverte est un écrivain et académicien espagnol qui rédige une chronique hebdomadaire dans ELSemanal, supplément du journal ‘Idéal’. Voici un texte qu’il a écrit le 15 novembre 1999. Vous avez bien lu : 1999, soit 5 ans avant l’affaire Madoff, 7 ans avant le scandale des ‘subprimes’ et près de 10 ans avant les délicieuses magouilles de Messieurs Lehmann & Brother ! Je me suis permis de traduire ce texte pour vous!

Je précise que Don Arturo m’a donné par écrit l’autorisation de publier cette traduction sur mon blog ! Ce texte est long et parfois difficile à lire tant il cerne de près les problèmes qui ont conduit à la fameuse crise dont nous souffrons encore aujourd’hui. Bonne lecture… ça vaut la peine !

 

Vous ne le savez pas… mais vous dépendez d’eux. Vous ne les connaissez pas et jamais vous ne les rencontrerez, mais ces fils de la grande pute (NdT : littéralement, pour rester dans le style ‘revertien’) tiennent dans leurs mains, dans leur agenda électronique, dans la touche «enter» de l’ordinateur votre futur et celui de vos fils. Vous ne connaissez pas leur visage mais ce sont eux qui vont vous envoyer au chômage avec un pourcentage énorme, avec un indice de fiabilité imbattable. Vous n’avez strictement rien à voir avec ces gens puisque vous êtes employé dans une quincaillerie ou caissière chez Carrefour alors qu’eux ont étudié à Harvard et ont fait un master à Tokyo… ou le contraire ! Ils vont chaque matin à la Bourse de Madrid ou à Wall Street et emploient l’anglais pour dire long-term capital management. Ils évoquent des fonds à haut risque, les accords multilatéraux d’investissement et le néo libéralisme économique avec la facilité d’un journaliste sportif commentant la partie de foot de dimanche. Vous ne les connaissez pas mais ce sont des conducteurs ‘suicide’ qui circulent à 200 km/h avec un fourgon bourré de fric et qui vont se crasher à la date la moins prévisible. Et ils n’auront même pas la consolation de se remémorer dans leur chaise roulante l’accident qui leur aura fait exploser les parties génitales (NdT : Là Pérez-Reverte utilise un aphorisme peu traduisible en restant dans la décence !) puisque tout est virtuel, bien qu’analystes réputés, requins de la finance et prestigieux experts en matière d’argent… des autres soient complices. Du reste tellement experts qu’il finissent toujours par s’approprier vos sous. Quand ils gagnent, ce sont eux qui gagnent. Quand ils perdent… ils ne perdent pas!

Ils ne génèrent jamais de richesses puisqu’ils ne font que spéculer. Ils lancent sur le marché de fastueuses combinaisons financières qui n’ont rien à voir avec une économie productive. Ils construisent des châteaux de cartes et les garantissent avec des miroirs aux alouettes et de la fumée. Les puissants de ce monde s’assoient sur leur dignité pour leur lécher les bottes et monter dans le convoi. « Cela ne peut faillir » disent-ils « le risque est minime et personne ne va perdre ! » Et ils ont l’aval de prix Nobel d’économie, de prestigieux journalistes financiers et de groupes internationaux aux sigles fameux et de solvabilité reconnue. Et c’est pourquoi le président de la banque transeuropéenne X, le président de l’union des banques helvétiques (NdT : l’ami Arturo ne tombe pas dans le piège et ne cite pas nommément l’U.B.S.), le grand manitou de la banque latino-américaine, le conglomérat euro asiatique et même la mère qui les a tous engendré (NdT : Encore une ‘revertiade’ très hispanique !) s’embarquent allègrement dans l’aventure, tapotent un tube avec leur baguette magique et s’assoient en attendant la ponte miraculeuse de la poule aux œufs d’or pour se «goinfrer un max de pognon». Quand la première opération réussit, ils risquent encore plus dans la suivante car une aubaine est une aubaine et il n’est pas question de la laisser passer, surtout que la probabilité d’un rapport mirifique ne se rencontre pas tous les jours. Et bien que ce miroitement spectaculaire n’ait aucun rapport avec les réalités de l’économie, avec la vie quotidienne des gens de la rue, tout n’est qu’euphorie, tapes amicales dans le dos. Et dire que même les grandes banques officielles compromettent leurs réserves à ce petit jeu… Je vous le dis : le pays de cocagne ! Et d’un seul coup transparaît la réalité. La combine avait donc des points faibles et le haut risque n’était pas qu’un aphorisme mais le reflet de l’exacte réalité : haut risque réel!

C’est alors que le stratagème s’effondre. Tous ces fonds spéciaux, dangereux, qui ont toujours plus de poids dans l’économie mondiale, montrent enfin leur côté noir. Mais place au prodige avec un autre tour de passe passe : alors que les bénéfices passés étaient toujours pour les requins qui maîtrisaient le ‘schmilblick’ et pour ceux qui spéculaient avec l’argent des autres, pour les pertes : nada ! Donc les pertes et les ruines du système, le coût des erreurs de ces crétins qui jouent avec l’économie mondiale comme s’il s’agissait d’une partie de Monopoly, retombent sur les épaules de nous tous. Bien forcés d’admettre que si les bénéfices étaient privés, les erreurs sont collectives et il ne reste qu’à ‘sociabiliser’ les pertes, en utilisant des moyens de secours, avec fonds de sauvetage pour éviter l’effet domino… et tout le bordel! Cet élan de solidarité, indispensable pour sauver la stabilité mondiale, qui l’assume de son propre corps ? Qui trinque avec ses économies et souvent avec son poste de travail ? Pierre Dupont, employé de commerce et tous les Durand du monde qui se lèvent chaque matin avant six heures pour gagner leur vie.

J’ai bien peur que ce soit ce qui nous attend. Personne n’est prêt à effacer un seul centime de la dette extérieure des pays pauvres mais on trouvera toujours les fonds nécessaires pour boucher les trous laissés par les spéculateurs et autres canailles qui jouent à la roulette russe… avec la tronche des autres !

Nous en sommes là et c’est la situation dans laquelle nous plongent les maîtres de l’économie mondiale avec tant de néolibéralisme économique, tant de merde, tant de spéculation et si peu de vergogne.

Arturo Perez Reverte dans El Semanal 15.11.1999… Oui, vous avez bien lu : 15 novembre 1999 ! Traduction de ‘akimismo’