Devoirs de vacances N° 16 Arto Paasilinna

Groseilles à maquereaux, serfouettes et grouillots

La langue française survivra-t-elle aux coups bas des texto, chat et whatsapp? Sortira-t-elle indemne de la guerre contre les «Téou tu fé kwa», les «a12c4» (A un de ces 4 pour les dinosaures déconnectés!) et les «LOL» ? La langue de Molière reprendra-t-elle du terrain à l’idiome de Shakespeare, perfide vecteur des «impeachment», «workshop» et autres «postponer» à la mode?

Ce n’est malheureusement pas encore gagné, si j’en crois les expressions ‘djeun’ utilisées sur les réseaux pour dire ‘oui:  ouer, ué, uè, vi, mui, moui, wé, woué, yep, ouep, ouè, oué, oé, oè, ui, wé, uep, vui, voui, yup.  Oui!… vous comprenez? Je vous aide: c’est une autre manière de dire Yes!

Restons optimistes et gardons un peu d’espoir. Une piste:

Un auteur contemporain, le truculent finlandais Arto Paasilinna (on ne saura jamais quelles lettres doivent être doublées…) m’avait amusé, et j’ai lu la quasi totalité de ses bouquins, bien sûr ceux traduits en français! Dans le facétieux « Le Potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison » (un de mes préférés!), certains mots m’ont interpellé. Voici un choix de ceux utilisés par la traductrice, Anne Colin du Terrail, une fino-française née en Laponie!

cassots de mûres

l’estacade

le planiol

grouillots

serfouettes

herse à main

lavarets

brêler et brêlage

se sentir engravé

déséchouer

un chevalement de mine

groseilles à maquereaux

la camarine

Qu’en pensez-vous? Mon correcteur «d’aurtôgrafe» a souligné presque tous les exemples ci-dessus, pourtant reconnus par l’Académie française… 

Il reste encore du boulot… à tous les niveaux!

Devoirs de vacances (1) Smart Phone

Séjour sympa au bord de la Méditerranée, avec notre camping-car. Le I-Mac 21 ne cadrant pas avec les dimensions modestes de notre maison à roulettes, je me suis remis au Mac Book portable de plus de 11 ans d’âge, profitant de faire l’inventaire de son contenu. J’ai  retrouvé un texte, paru en 2015. Son auteur, Andrés Cardenas, un écrivain andalou connaît bien les mentalités humaines et a de l’humour. Je vous en traduis quelques passages, précisant que je partage totalement ses arguments, ceci expliquant cela!

Cardenas se retrouve chaque année avec des camarades d’études, tous dans la soixantaine. Des réunions amicales d’échanges d’idées et de souvenirs, qui sont bien sûr prétexte à quelques agapes…

Or Rencho, l’amphitryon de la dernière réunion, a lancé une procédure inspirée des pratiques du Far West, où le shérif confisquait les armes des visiteurs dangereux à leur entrée dans le village : au début de la rencontre amicale des anciens étudiants il a demandé à chacun de déposer son téléphone dans un grand sac en plastique, jusqu’à la fin de la rencontre. Rencho ne possède pas de téléphone mobile… suivez mon regard eh eh! mais il s’était rendu compte que les participants passaient une grande partie de leur temps à pianoter, consulter, écouter, surfer, e-mailer et «whatsapper». Il a aussi fait la constatation que les retrouvailles perdaient de leur chaleur, de leur intérêt, de leur âme et que la joie et les gags disparaissaient de plus en plus. En présentant son sac collecteur de mobiles il tînt ce discours : J’en ai marre de votre comportement puéril, tout juste digne d’adolescents sans éducation. Si vous continuez à préférer vos écrans à nos conversations alors je me casse ! Rencho est ingénieur en physique, grand connaisseur scientifique et parfaitement en phase avec la technologie actuelle de communication mais… il est horrifié de constater que nous ayons poussé la fréquence de ladite communication à un niveau tel, que nous sommes devenus des acros obsédés, des zombies connectés permanents. Il pense même que beaucoup de gens maintiennent une relation plus étroite avec leurs réseaux sociaux qu’avec leur conjoint ! Beaucoup vont même jusqu’à accorder plus d’attention à leur écran qu’à leurs amis quand ils mangent ensemble. Il a encore rappelé qu’Einstein, longtemps avant l’invention du téléphone mobile, avait prédit que la technologie allait dépasser notre humanité, faisant de nous tous une génération de parfaits idiots crétinisés ! Rencho conclut son coup de gueule en disant que cette occurrence était arrivée, en voulant pour preuve les tronches d’imbéciles niais qu’ont les gens obnubilés par la consultation de leurs messages.

Laissons à Andrés Cardenas les mots de conclusion : «Les paroles de Rencho nous auront amené un peu réflexion et de raison. C’est vrai qu’on ne peut pas continuer à tenir des réunions avec des amis en étant de manière permanente obnubilés par nos ‘smart phone’. Nous avons donc décidé à l’unanimité de déconnecter nos mobiles dès le prochain partage d’une ‘paella’ au lapin ou de tout autre mets du terroir.

On dit que les experts en protocole discutent sérieusement de prévoir une place sur la table pour le téléphone portable. On lui réserverait un site marqué sur la nappe, à la droite du pain et à gauche de la fourchette !

Pour nous c’est clair, nous oublierons notre « appendice mobile » pour nos réunions amicales, sinon nous devrions accepter que Rencho sévisse en soulignant notre stupidité avec son sac plastique»

Voilà… c’est tout, mais à titre personnel j’ajoute que vous avez droit à un sursaut de bon sens dans vos relations sociales, ce qui n’a jamais tué et ne tuera jamais personne! Et s’il se trouvait parmi mes lectrices et lecteurs UN SEUL non concerné, qu’il accepte mes affectueuses excuses!

Au fait… aux fêtes… que faites… vous ?

Par agnosticisme, agoraphobie, non alignement sur la mentalité ‘panurgienne’ et refus de tous les dogmes, il y a plus de 60 ans que j’ignore la grotesque farce commerciale que sont les fêtes de décembre. Pourtant rassurez-vous, je ne me prive pas de célébrations tout au long de l’année, mais en décembre je revendique le droit de ne pas faire partie du troupeau !

Cette manière de vivre différemment m’a valu, chaque fin d’année, des sarcasmes mais aussi de la compassion (sincère ?… sais pas !) et des remarques du genre : 

« Mon pauvre ami… tu vas passer Noël tout seul !»

L’an 2020, en revanche, me comble et me conforte dans ma manière d’échapper à ces conneries d’obligations festives organisées, excessives et coûteuses. Grâce au fameux virus à la mode, ceux que je côtoie ces jours manifestent une jalouse empathie pour moi :

« Quelle chance tu as de passer Noël tout seul ! »

 Je ne demande à personne de partager mes convictions et mes états d’esprit mais je tiens tout de même à souhaiter à mes fidèles lectrices et lecteurs une prochaine année meilleure que celle que nous quittons. Ce ne devrait pas être difficile…

Rendez-vous en 2021. Hasta luego !

Du pain et des jeux

Je suis content que vous gardiez vos illusions : vie meilleure, réussite familiale et professionnelle, la fortune (merci à la Française des Jeux !) et l’espoir de changer le monde. Mais pendant que vous vous démenez, que vous focalisez sur vos projets, le système en général et votre gouvernement en particulier continuent à tirer les ficelles, conditionnant votre existence. Je n’ai pas parlé de marionnettes, mais vous êtes pourtant « sous contrôle », vous êtes fichés, vous êtes géolocalisés, vous êtes informatisés et vous êtes régis par des ‘applications’.

Au milieu du siècle dernier, on entendait encore chaque nuit « Dormez en paix braves gens, le guet veille! ». Des paroles tranquilisantes et rassurantes qui n’ont malheureusement plus cours… Maintenant ce serait plutôt :

« Ne dormez que d’un œil, avez-vous fermé votre voiture… et la porte d’entrée de votre maison ? Avez-vous payé l’annuité de votre assurance effraction ? N’avez vous pas oublié les 6 pilules quotidiennes que vous a prescrit votre médecin chimiste à la solde des pharmas ? Avez-vous renouvelé votre permis de port d’arme ? Avez-vous assez de somnifères, d’anelgésiques et autres anxiolitiques dans votre armoire à pharmacie ? »

On décide pour vous, on trace votre parcours, on vous manipule, mais c’est tellement bien ficelé que vous laissez avoir.  On parie ?
« Panem et circenses » disaient les empereurs romains pour maintenir les gens «à leur place», sous contrôle.

 Maintenant, au lieu de pain et de jeux du cirque, il y a la télévision qui incite à rester chez soi plutôt que de descendre dans la rue et «rouspéter». Encore que… bonjour au passage à mes amis Français, spécialistes du cirque dans la rue.

Depuis des millénaires, tout est mis en oeuvre pour éviter que le «bon peuple» ne se pose trop de questions. Il y a eu obscurantisme de l’église catholique et son clergé qui «savait» mais ne disait surtout jamais la vérité. Laisser les ouailles dans l’ignorance crasse était la  manière simple et facile d’éviter que le peuple ne se pose des questions, remette en cause l’autorité et… l’église !

Puis les sujets de Monsieur Panurge ont eu les jeux olympiques, le foot, le cyclisme, le ski, le rugby et le tennis pour hurler dans les stades ou dans les bistrots, devant l’abrutisseur couleur. En Espagne ils massacrent même de pauvres bêtes en public pour que les primitifs assouvissent leurs bas instincts.  Olé !

Depuis quelques années, les réseaux sociaux assurent la relève de la fosse sceptique du défoulement, permettant à n’importe quel illettré d’afficher son inculture, ses carences orthographiques, vociférant contre le système, ‘partageant’ son mal-être en distillant son fiel sur la ‘toile’.

Solitude!

Plus récemment, il y a eu les groupuscules, du genre indignés ou gilets ‘xanthochromiques’ à qui on leur laisse juste assez de mou pour qu’ils puissent croire changer le monde.

À une époque «pré-téléinformafacebooknet» , pour distraire les gens, il y a eu les OVNI’s où une seule mauvaise photo, grossièrement floutée et trafiquée au pinceau, permettait aux crédules de croire à ces sornettes.

Hé! À l’époque il n’avait ni ‘phototruc’ ni ‘i-machin’, et on nous montrait des images aussi mauvaises qu’invraisemblables…

Sans parler de la radio, un media sans images qui cache ce qui se passe réellement. Souvenez-vous de la fameuse mystification de Orson Welles qui avait, avec son équipe de théâtre, en 1938, mystifié toute l’Amérique avec son pseudo reportage ‘en direct’, parodiant la Guerre des mondes de H.G. Wells…

Pour les jeunots, faites-vous plaisir en augmentant votre bagage culturel avec le lien suivant:

fr.wikipedia.org/wiki/La_Guerre_des_mondes_(radio,_1938)

Nous avons maintenant les «crop circles», ces dessins dans les cultures, parfaitement humains, dans lesquels les crédules voient une intervention céleste ! « Mais y-zont-dit à la télé… »

Il y a le monstre du Loch Ness qui fait encore chaque été les beaux jours du petit peuple. « Y-zont-dit à la télé… »

Il y a Stonehengue avec ses dolmens et ses menhirs, dans lesquels les rêveurs voient des forces extra-terrestres. Et les soucoupes volantes, les petits hommes verts et le triangle des Bermudes… « Y-zont-dit… »

Il y a tous ces loisirs, voyages et cohues organisées, des épisodes dantesques dont les ‘victimes’ (victimes ? tu parles !) se vantent en les transformant en aventures sensationnelles. Les beaufs…

Alors lâchez moi les baskets avec ces histoires à la graisse de hérisson.  Même si y-zont-dit à la télé, revenez sur terre, pour essayer d’accepter d’affronter, en humains responsables, les problèmes actuels, qui n’ont rien d’ésotérique, de mystique ou cosmique mais sont bien réels.

Je ne vais tout même pas vous rappeler l’existence d’un certain virus, encore plus présent que vous ne l’imaginez, même si ‘ y-zont dit à la télé que’…  Au vu des images des stupides agglutinés irresponsables sur les plages et ailleurs, je pense qu’une piqûre de rappel ne ferait pas de mal, non ? En tous cas moins douloureuse qu’un séjour intubé, sous perfusion, dans un lit de réanimation !

 

Bon… j’arrête, car il y a 20 minutes que ma femme m’appelle pour le repas, et si je veux éviter les «soucoupes volantes domestiques» mieux vaut que je vous laisse… au prix où est la vaisselle de nos jours!

 

Le virus est une histoire ancienne

Histoire ancienne? Pas si sûr!

Ce soir la télévision française montrait le comportement des usagers des plages… Je pense que vous avez déjà lu mes convictions au sujet du comportement des ‘troupeaux’ en liberté après un hiver enfermé dans une étable, non?

Alors je ne résiste pas à partager un dessin de mon ami Sansón, un des deux dessinateurs amis qui ont le mieux trouvé le coup de crayon ou de pinceau pour nous faire sourire. (Le second se nomme Gilles et il se reconnaîtra!) Je dis bien sourire car rire serait tout à fait déplacé dans le contexte actuel.

 

EcOQGKrX0AEkohh.jpeg

 

« Je ne me sens pas très bien! »

« C’est vrai que tu as une drôle de couleur! »

« Les gens sont tellement irresponsables que tu pourrais avoir choppé une saloperie! »