Mes rencontres avec des célébrités

Peter Ustinov

Je vous raconterai une autre fois mes rapports amicaux et privilégiés avec Peter Ustinov et ce que j’ai partagé avec ce monstre sacré, mais pour l’heure il s’agit du Grand Prix de Monaco, ‘the must of the season’. 

Au début des années 70 je m’occupais des relations publiques de Goodyear, European Racing Division. Nous avions un gros, très gros budget pour recevoir, loger et ‘soigner’ nos hôtes dans la Principauté. Nous disposions d’une double ou triple suite (sais plus !) au 2ème étage de l’Hôtel de Paris pour accueillir nos hôtes de marque. Je ne me souviens pas de toutes les célébrités côtoyées mais de mémoire : le fameux avionneur russe Igor Ivanovitch Sikorsky (J’ignore du reste les raisons pour lesquelles mes employeurs de Akron (Ohio) tenaient tant à ‘cocoler’ ce fameux fabriquant d’objets volants, notament d’hélicoptères). Il y eut aussi un certain M. Lagardère (eh oui), des journalistes fameux comme Michel Drucker et Stéphane Collaro, la défunte actrice Mireille Darc, l’excellente pilote belge Gilberte Thiron et son compagnon de l’ombre Olivier Gendebien, quadruple vainqueur des 24 Heures du Mans, dont je vous reparlerai quand j’aurai un moment !

Je revois aussi la fameuse fossette de l’acteur Kirk Douglas himself mais mes souvenirs les plus marquants restent liés à Peter Ustinov. Passionné de compétition automobile et bénéficiant généralement de toutes facilités pour suivre les Grands Prix, Sir Peter arrivait parfois à l’improviste. En 1969 ce fut le cas. A la direction de la course j’utilise ‘mon charme’ auprès de l’une des mignonnes hôtesses du service de presse et j’obtiens assez facilement pour lui un brassard de photographe, fameux sésame qui donnait en ces temps anciens le droit de suivre la course depuis les trottoirs de la Principauté. Il nous est facile de lui trouver un appareil photo qui ne fasse pas trop « Instamatic » pour compléter le ‘déguisement’ et départ avec notre vedette pour longer le circuit quelques minutes avant le début du Grand Prix. Notre anglo-russe avait une ‘tronche’ bien particulière, et sa notoriété n’échappait pas aux milliers de spectateurs des tribunes. « Hé ! Mais c’est Peter Ustinov ! » entendait-on. Interjection qui se répétait et d’emplifiait. Et notre farceur de prendre un air ahuri et étonné, ouvrant les bras à l’italienne et, avec une voix fluette contrastant avec sa corpupence conséquente, de déclamer : « Io ? Sono Machiavelli del Tempo di Roma ! »

 

 

 

J’ai pleuré devant Jacques Brel!

Jacques Brel nous a quitté il y a eu quarante ans hier 9 octobre. Pour moi des souvenirs qui m’avaient fait pleurer à l’époque refont surface… Acceptez que je les partage avec vous!

Nous sommes en 1971. Avec Vic Elford et Mike Parkes nous rentrons de Spa Francorchamps avec le Beechcraft Baron bimoteur de Mike. La veille, une fois de plus, nos Fiat 128 Groupe 2 ont explosé le joint de culasse, un point faible que Fiat n’a jamais accepté de corriger. Parkes, écoeuré, avait annoncé à la cantonnée : Je vais me saouler ! Et il s’est jeté sur quelques élixirs des Highlands atteignant rapidement un état éthylique auquel il n’était pas habitué mais sa décision était compréhensible vu la fatigue et la déception.

J’avais des ordres rigoureux de Georges Filipinetti :

Je veux que tu m’appelles après chaque course, même au milieu de la nuit, quelque soit l’heure et le résultat.

Comme les Fiat 128 n’atteignaient que rarement l’arrivée, je me faisais chaque fois traiter d’inutile et insulter avec des commentaires genre :

Vous êtes tous des incapables et tu me fais chier en me réveillant avec tes pitoyables résultats !

Mon patron n’était pas à une contradiction près et cette fois j’avais décidé, avec la complicité embrumée de Mike, d’aller me coucher sans l’appeler.

A peine notre avion posé (Vic Elford aux commandes, malgré qu’il n’eût plus sa licence de pilote, ce qui valait mieux pour notre sécurité vu la gueule de bois de M. Parkes !) la radio de bord nous informe que Georges Filipinetti nous attend au restaurant Le Plein Ciel de son ami André Canonica au dernier étage de l’aérogare de Cointrin. Accueil très froid de notre boss, sourire un peu niais de son bras droit Claude Sage, mais réception agréablement professionnelle de M. Canonica.

D’entrée de jeu c’est la grande scène du 3 de la Commedia del Arte : « Je t’avais bien demandé de toujours me téléphoner après les courses. Je n’ai rien entendu. Alors sache que je me fiche des joints de culasse… et que je te fous dehors avec effet immédiat. Textuel !

Cet ‘uppercut’ au moral m’a fait jaillir les larmes tant cette intervention était injuste… de plus précisément au moment où Canonica demandait à son ami Filipinetti de recevoir à notre table un client jusque là solitaire dans son coin. Un personnage barbu qui terminait sa licence de pilote professionnel par une formation pratique IFR (Vol aux instruments).

 C’est ainsi que nous avons eu le plaisir de serrer la main de Monsieur Jacques Brel en personne !

Il semblait content de rencontrer quelques pointures du sport automobile : Parkes, Elford, Filipinetti, en ajoutant les seconds couteaux Sage et le directeur sportif Akimismo, qui augmentait son débit lacrymal en s’entendant présenter comme ex-directeur sportif. Authentique. Puis le boss, debout, seigneurial et théâtral, comme lui seul savait le faire pour se mettre en scène, regardant Jacques Brel mais s’adressant à moi : Bon ça ira pour cette fois, je passe l’éponge… tu es réengagé. Il paraît qu’il était coutumier de ce genre de spectaculaire coup de sang, du reste parfaitement préparé et prémédité, ce que j’ignorais. Je ne sais pas si l’auteur du Plat Pays s’est rendu compte de mes larmes et de ma réintégration mais il avait l’air content de décliner l’invitation à manger à notre table, repartant vers ses livres d’études aéronautiques.

Si un autre chanteur avait été le témoin de l’esclandre du ‘Ministre’ il aurait pu dire : Putain de joint de culasse !

 

 

Ma rencontre avec Salvador Dali

28 ans après son décès des salopards vont exhumer les restes de Salvador Dali pour une sombre affaire de recherche de paternité. Imaginez cette pauvre enfant qui cherche son papa. Elle a 61 ans, c’est pathétique ! De qui se moque-t-on ? Foutez la paix aux restes d’une figure qui a marqué le XXème siècle.

Je publie ce texte, révolté que je suis contre ces profanateurs de tombes, même juridiquement habilités… Bonne lecture !

Rédacteur de ‘L’Année automobile’ j’avais du temps libre dès la publication annuelle de mon ‘bébé’ (décembre) jusqu’au Grand Prix de Monaco (en mai de l’année suivante). Notre maison produisait surtout des livres d’art et je donnais un coup de main aux autres rédacteurs: traductions techniques d’allemand en français pour Au Temps des Automobilistes, traduction d’anglais en français de Building Planes for those Magnificent Men in their Flying Machines, aide à la mise en page et correcteur pour Les Picasso de Picasso, Le Grand Livre du Vin etc. Puis vint l’époque Dali. Le gamin que j’étais n’avait rien compris à l’art et dénigrait ce ‘foldingue’ de Catalan. Ami Guichard, le patron de la maison qui me faisait vivre de l’automobile grâce aux profits générés par les publications artistiques m’avait donné un cours assez appuyé (!) sur l’attitude que devait avoir un collaborateur de la maison. J’ai alors regardé de plus près les oeuvres de Dali, j’ai acquis de la maturité et j’ai fini par le trouver génial bien que sachant maintenant le « retors » magouilleur qu’était le bonhomme… même faussaire paraît-il! On raconte qu’il faisait peindre certains tableaux par des ‘nègres’. Mon boss rencontrait souvent Dali à Cadaquès ou Figueras et c’est pourquoi j’ai eu en mains un objet qui vaudrait actuellement des millions : Dali s’était amusé à « maquiller » un exemplaire du livre élémentaire des écoles primaires françaises. La table, la chaise, la vache, la poule, l’automobile, la bicyclette ; il donnait à chaque objet des aspects… on disait érotiques. Un pied de table devenait une grande bite. La fumée sortant du poêle évoquait les fesses d’une Vénus callipyge et l’arrière train de la poule un énorme vagin … je vous passe les détails ! Et dire que j’ai feuilleté cet exemplaire bien sûr unique ! Je ne suis pas critique d’art (heureusement!) mais ça me paraissait limite pornographique. Dali voulait qu’on publie son oeuvre sous le titre LES TRANSFORMATIONS EROTIQUES DE DALI. Pour des tas de raisons, probablement liées à des études de marché, ce livre n’a pas, à ma connaissance, été publié, en tous cas pas dans notre maison d’édition. En revanche nous avons produit LES 50 SECRETS MAGIQUES et DALI DE GALA.

Me rendant à Paris pour le Salon de l’auto on profite de mon voyage pour me confier une enveloppe contenant plusieurs dizaines de milliers de francs (de l’argent d’une très belle couleur foncée, donc ‘noir’!) à remettre en mains propres à Salvador Dali. J’arrive au Georges V timide et gêné (j’avais 22 ans!) et avant de demander à rencontrer mon illustre interlocuteur, je me trouve mêlé à une foule de journalistes dans le grand hall du fameux hôtel. Dali « trône » sur une espèce d’esplanade et c’est Antenne 2 (ainsi se nommait la deuxième chaîne française) qui interviewait le peintre. Spots, halogènes, micros, déflecteurs de lumière… la totale! Merde qu’est-ce que je fous là?

On me regarde de travers. Je rougis un peu, paniqué, serrant sous mon bras une enveloppe contenant l’équivalent d’au moins un an de salaire du plus important des parasites du plateau de TV!

D’un pas peu assuré je m’approche du « maître », regarde à droite et à gauche, cherchant un personnage « normal » pour lui annoncer ma présence. S’amène un mec que Coluche aurait qualifié de « tronche de premier de la classe ». C’était le secrétaire particulier. Je m’annonce « Bonjour je viens de la maison ‘Edimachin’ à Lausanne et j’ai ce pli pour monsieur Dali » Ouf j’ai placé ma litanie! L’éphèbe sapé genre du Lagerfeld de l’époque s’approche de son patron, lui murmure quelques mots à l’oreille. J’ai de la chance… il est discret et je vais pouvoir m’acquitter de ma tâche.

Erreur! S’il est discret, son boss l’est beaucoup moins, vous vous en doutiez! « Apprrrochez petit jeune homme… alorrrrrs on ne se prrrosterne pas devant le divin Daaali?  Authentique… Je n’avais pas l’air con!

Mezzo voce ‘because’ les micros, je dis « Bonjour Monsieur Dali, voici une enveloppe de la part de Monsieur Guichard » Et lui, tonitruant et théâtral: « Ahhh mon ami Guisssssar… que yé vous demande de salouer » Et moi, toujours plus caqueux:  » Vous voulez bien vérifier  » Lui, l’air dégoûté: « Lè grrrand Dali ne compte zamais » et de jeter négligemment et fort loin l’enveloppe sur l’un des fauteuils adjacents. Je me retire en me demandant comment je vais pouvoir justifier ne pas avoir utilisé l’argent pour rémunérer des dames qui fument dans la rue et qui disent ‘tu’… Mais à l’arrière le secrétaire terminait de compter les ‘biftons’ et avait préparé une quittance anonyme. C’est donc vrai que le divin Dali ne compte jamais… pour autant que son secrétaire s’occupe de ce genre de tâche dégradante!

Je prend mon pied en écrivant cette histoire car si à l’époque j’étais timide et terrifié de me trouver en face de ce monstre sacré… je me souviens d’avoir pu m’exprimer «comme un homme» l’après-midi sur l’anneau de vitesse de l’autodrome de Montlhéry, au volant notamment de la dernière Matra Djet Sport.

Si c’était le cas maintenant, je demanderais à ce monsieur: «A qui ai-je l’honneur?» me présentant comme le ‘divin akimismo’.

Ce n’est pas interdit de rêver non?

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