Ma vie de borgne

Résumé de : Une vie de borgne sur mon blog

Une vie de borgne (Chapitre 1er)

07/08/2021 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER « UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 1ER) »

La chaleur estivale andalouse n’incite pas à l’écriture. Donc, à défaut d’être prolifique sur mon blog, j’invente de nouvelles rubriques pour réactualiser mes écrits passés. J’initie une chronique : La vie d’un borgne

Il s’agit d’extraits d’un manuscrit d’une centaine de pages en attente d’éditeur, dans lequel je raconte les vicissitudes de la vie d’un homme né avec une malformation congénitale du nerf optique. Rien que ça…

Un truculent dessinateur (il se reconnaîtra !) a publié l’autre jour une histoire de lunettes virtuelles. Ce sera le point de départ de ce premier chapitre de La vie d’un borgne. 

Vive la télévision en trois dimensions

Parfois je me défoule sur d’innocents vendeurs d’abrutisseurs couleur 3D. Je sais, ce n’est pas très sympa mais vous verrez que c’est en général eux qui cherchent la rixe.

Réalité virtuelle… mon cul ! Y m’emmerdent avec leurs inventions à la graisse de hérisson. Imaginez l’effet que peut avoir la TV et les lunettes de vision virtuelle en 3D chez un borgne.

Il y a longtemps, un samedi matin dans un centre commercial bondé, je flâne près d’un stand faisant une promotion pour la télévision en trois dimensions. Un ‘technicien de vente, jeune cadre dynamique’ avec une tête de premier de classe comme le disait Coluche m’interpelle : « Vous voulez essayer cette sensation nouvelle des images en 3D ? » (Je vous l’avais dit : C’est lui qui a commencé)

« Volontiers ! » On m’installe dans un fauteuil de ministre, à quelques mètres d’un gigantesque écran LED ou plasma, (je ne sais par faire la différence !), on ajuste des lunettes de cosmonautes sur ma figure, on lance la vidéo de démo. Vous aviez subodoré le gag non ? « C’est fantastique hein ? » « Bof ! Avec ou sans ces lunettes spéciales je ne vois pas de différence ! » Taquin mais aussi un peu salopard avec un personnel se donnant toute la peine du monde pour convaincre un futur client, je fais vicieusement durer le plaisir (au fait ‘mon’ plaisir !) entraînant toutes sortes d’interventions, de réglages sur le software de la bécane et même recours à l’aide d’un collègue. J’attends le point de rupture avant de finalement lâcher la question vicieuse : « Ne me dites pas que votre révolution n’est pas perceptible par un borgne ? » Si vous aviez vu leur tronche ! 

A noter que si la 3D ne me concerne pas, la 5G oui… Ah bon ? Que les ‘autres’ traversent la vie (et les routes) avec leurs smart phones et des gadgets de réalité virtuelle, rien à redire. Le suicide n’est pas interdit ! Mais que les ondes mortelles destinées aux malades de la connexion perpétuelle m’assassinent… pas d’accord !

C’est tout pour cette fois. Bientôt je vous parlerai de la parallaxe, un sujet particulièrement sensible pour un ‘monovisionaire’ !

 

 

Une vie de borgne (Chapitre 2)

875 mots

08/09/2021 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 2) »

Sur ce blog, le 7 août 2021, j’évoquais un manuscrit d’une centaine de pages en attente d’éditeur, dans lequel je raconte les vicissitudes de la vie d’un homme né avec une malformation congénitale du nerf optique. Oui, un borgne… rien que ça.

J’ai bien réfléchi et me dis qu’à mon âge avancé, avec la situation sanitaire que nous traversons, je n’ai aucune raison de me compliquer l’existence avec une recherche d’éditeur. Pourquoi raconter ma vie à des gens que ne me connaissent pas et surtout risquer les maigres d’économies qui me restent pour finir tranquillement mes jours ?

La décision est donc prise : Je ne publierai pas ce livre et en réserverai les « bonnes pages » à mes amis du blog. N’hésitez pas à en faire part à vos amis puisqu’on dit que les amis des amis …

Un petit mot me ferait plaisir et m’encouragera dans mon entreprise. Merci !

Bon ! Assez parlé, entrons dans le vif du sujet !

La parallaxe

… ou comprendre les avantages de votre vision binoculaire sur la mienne, diminuée de moitié !

En 1957 j’ai acheté mon premier appareil photo. Il était équipé d’un cadre viseur iconométrique. Kékséksa ? Corollaire de ce type de viseur, il y avait une molette de correction de la parallaxe. Je répète la question : Kékséksa ?

Vous n’y comprenez rien ? Je vous rassure : à l’époque moi non plus. Mes recherches pour ce texte m’ont permis d’en savoir un peu plus.

Un viseur cadre iconométrique, c’est ça

mais peut aussi être ça :

C’était, bien sûr, avant la généralisation des appareils reflex et de la ‘pandémie’ des smartphones et de la stupide visée par écran!

Dans les deux cas on a deux axes optiques visant le même sujet : la ligne du viseur et la ligne de l’obturateur. Ce genre de visée nécessite une correction automatique ou manuelle de la parallaxe. Vous avez dit parallaxe ? Nous y voici !

Une expérience courante : On place devant soi le bras tendu et le pouce relevé, devant un fond relativement lointain, comme le montre cette mauvaise photocopie!

Si l’on regarde son pouce (sans le déplacer) successivement avec l’œil droit, puis avec l’oeil gauche, on a l’impression qu’il se déplace devant le fond, qui lui reste immobile. L’illusion provient du fait que le pouce est observé sous deux angles différents selon qu’on regarde avec l’un ou l’autre des yeux. C’est la parallaxe, vous l’aviez compris ! Moi aussi mais je pose une question : Comment faire avec un seul oeil, même avec deux pouces ? Je mets fin au suspense en précisant que vous n’êtes probablement pas conscients du phénomène puisque votre cerveau, génial ordinateur, juxtapose les deux images, en fait la synthèse… et vous obtenez une vision en 3 D. Nous reviendrons plus tard sur la troisième dimension, mais pour l’heure, nous en resterons à la parallaxe.

Il y a trois quarts de siècle que je pratique un succédané de parallaxe, mais avec un seul oeil : Pour déterminer la distance à laquelle se trouve un sujet et analyser le rapport de distance entre les divers plans d’un paysage, qui pour moi est ‘plat’, je m’arrête, fixe l’image, et déplace plusieurs fois ma tête latéralement d’une douzaine de centimètres (la distance qu’il y a entre les deux yeux) et j’obtiens les informations par le biais de ce genre de parallaxe ! C’est aussi simple que ça. Vous comprenez mieux ma rage quand me voyant faire ces gestes, mes camarades skieurs se moquaient. Les gueux !

Je leur pardonne car ces cuistres ignoraient mon handicap, et surtout n’avaient pas compris que pour moi tout va mieux en mouvement, à condition de refaire le point à chaque arrêt… Par exemple à un stop en voiture je suis plus à l’aise et plus sûr en le faisant « à la française » comme disent les helvètes, soit le stop ‘coulé’ qui est parfaitement entré dans les habitudes andalouses ! Si je marque l’arrêt légalement je dois reprendre toutes mes marques, refaire toutes mes analyses du trafic, distances, vitesse des autres, bref le ‘merdier’ pour tout le monde. Allez expliquer ça aux gendarmes de Genève, de Clermont-Ferrand ou de Barcelone ! C’est pourquoi je finirai mes jours en Andalousie, continuant à passer les ‘stop’ à la façon d’une perte de priorité, à très basse vitesse et de manière parfaitement sécurisée. Quand les autorités concernées auront compris ça j’aurai depuis longtemps rendu mon permis et cessé de conduire. Bonne route et n’oubliez pas de vous arrêter longtemps, même très longtemps au stop avant de reprendre la marche comme la plupart des conducteurs, en coupant la route aux prioritaires qui auront profité de votre arrêt pour continuer leur mouvement. J’affirme que cette application scrupuleuse de la loi est une bonne manière de foutre le bordel dans la circulation !

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ! Cette expression suppose que celui qui est meilleur que les autres, dans quelque domaine que ce soit, et peut les dominer ou passer pour un maître. Mais c’est oublier que souvent les faibles se liguent contre l’intrus, celui qui est différent, et l’éliminent.

Une vie de borgne (Chapitre 3) …

944 mots

11/09/2021 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 3) … »

… en fait, il s’agit du chapitre 2 bis car, en attendant la suite, je pars pour une dizaine de jours faire un peu de camping sauvage dans la Sierra Magina (entre Jaén et Úbeda, patrimoine de l’humanité de l’Unesco, rien que ça) puis dans un camping à la plage de Motril pour changer un peu de panorama, remplaçant nos forêts de résineux et de chênes par le sable des plages méditerranéennes désertes, et aussi passer de dizaines de milliers d’oliviers à autant d’amandiers !

Ce chapitre sera donc un « best of » ou « remake » (l’anglais c’est pratique pour radoter, se répéter et la jouer pédant, non?) . Ce texte a donc déjà été publié partiellement ici en septembre 2019, sous le titre « J’ai échappé à l’opération ».  C’était l’époque où je cherchais un éditeur et je proposai ce titre à peine prétentieux pour mon manuscrit :

Le cyclope qui pensait avoir deux yeux et qui a réussi sa vie avec un seul !

Un ‘Clin d’œil’, c’est le cas de le dire, à Arto Paasilinna le truculent écrivain finlandais  spécialiste des titres originaux.

Pour ceux qui auraient ‘manqué le début’ sachez que né borgne et n’ayant jamais accepté mon handicap j’ai eu une vie sortant de l’ordinaire… c’est le moins qu’on en puisse dire.  J’ai donc compilé les vicissitudes de l’existence d’un demi voyant ! C’est vrai qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de borgnes qui ont piloté leur Kawasaki 1000 RX à 285 km/h, des voitures de près de 500 CV à 320 km/h, fait des expéditions en Laponie et en Alaska, plus de 350 km à ski de fond dans le grand Nord à d’agréables températures de moins 38°, de la haute montagne jusqu’à 7600 m. d’altitude sur les pentes du Cho Oyu, un des quatorze 8000 m de l’Himalaya, après avoir parcouru, à l’ancienne, 450 km à pied en 34 jours de marche d’approche. J’ai aussi piloté des parapentes, des montgolfières et des dirigeables. Ajoutons encore quelques dizaines de mille kilomètres à vélo de course, des milliers de kilomètres à ski de fond, des hautes routes de Chamonix à Zermatt à ski et peau de phoque, sans parler des innombrables 4000 gravis… et même titulaire d’un brevet fédéral de professeur de ski!

J’avais, déjà sans modestie, décrété que cette trajectoire avec un seul oeil méritait d’être racontée. 

Akimismo en 1947

J’avais 6 ans. Mon père avait pris rendez-vous à Lausanne à l’Hôpital ophtalmologique qu’on connaissant alors sous le nom d’ASILE DES AVEUGLES, ce qui n’encourageait pas de s’y faire ‘tripoter’ un unique œil valide.

En ces temps préhistoriques des traitements oculaires on pratiquait déjà un test basique que ceux qui ont fait un examen de la vue connaissent : On vous montre une scène avec un animal et une cage. Il s’agit de faire entrer l’animal dans la cage. C’est très simple… mais impossible pour moi ! 

C’est du reste pourquoi je n’ai jamais pu goûter à ce jeu très en vogue du temps de mon enfance :

Le stéréoscope View Master

Ce ‘gadget’ permettait de comprendre le phénomène de la perception du relief grâce à la superposition de deux images du même sujet ou paysage mais pris sous deux angles différents, bien sûr destinés à ceux qui ont deux yeux

Revenons à la réception à l’Asile des aveugles où nous sommes accueillis par un ophtalmologue en blouse blanche (En 1947 on n’avait pas encore pensé au vert pour les blouses des toubibs, couleur plus avenante et tranquillisante pour le patient !) Il nous donne quelques détails que je n’ai jamais oubliés sur le déroulement de l’opération. Je revois encore une inscription à la craie sur une sorte de tableau de couleur verte, vous noterez la précision de mes souvenirs qui ont hanté mes jours et mes nuits à la suite de cette visite à ‘La Mecque des yeux lausannoise’ ! Le titre du tableau était « Opérations » et l’inscription unique : Norbert Duvoisin 08:00 avec la date du lendemain…

Mon père : « Y a-t-il des risques ? » « Très peu, c’est une opération assez banale : On pratique deux petites incisions, une de chaque côté de l’œil, on fait deux coupes du muscle oculaire, on ‘tire’ depuis l’extérieur pour redresser le strabisme, on suture et voilà le travail ! Le seul inconvénient serait qu’on perde le contrôle de l’œil et qu’il tourne sur lui-même… A 6 ans nous avons des souvenirs précis et pour ceux qui pensent que j’affabule au sujet de cette ‘énormité’ attendez, ce n’est pas terminé ! A la stupéfaction de mon père, le professionnel minimise les conséquences de cet éventuel très rare échec de la manœuvre : « De toutes façons ça ne changerait pas la vie de votre fils puisque cet œil ne voit pas ». « Donc vous dites que cette opération ne corrigerait pas sa vue ? » « Non, bien sûr, il ne s’agit que d’une opération esthétique de suppression du strabisme en vue d’améliorer son confort de vie ! »  Vous me permettrez de douter d’une amélioration de confort avec un œil retourné… La suite est encore plus présente dans la mémoire du gosse que j’étais : Après le renoncement de mon père à cette inutile charcuterie ‘médiévale’ je revois notre interlocuteur saisir une éponge mouillée et effacer mon nom du tableau. Ouf !

Vous reprendrez bien une petite pensée, non?

« Un antimilitariste borgne vaut 2 fois plus qu’un colonel avec deux yeux ». 

Signé Norbert Duvoisin, connu aussi sous le pseudo d’Akimismo!

La vie d’un borgne (Chapitre 4)

1364 mots

21/09/2021 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »LA VIE D’UN BORGNE (CHAPITRE 4) »

J’ai eu la chance d’avoir une vie heureuse, pleine de découvertes… avec un seul oeil valide, mais doublement ouvert sur le monde.

Si vous voulez partager quelques réflexions avec moi, vous êtes les bienvenues et bienvenus… même avec deux yeux!  

En 1953 j’ai eu la chance d’être parmi les premiers passagers du Gyrobus à Yverdon, en Suisse romande, un bus électrique qui se rechargeait lors des arrêts. Il n’avait pas de batteries, déjà difficiles à recycler à cette époque, mais un volant à inertie (disque d’acier) d’une tonne, tournant à 3000 tours-minute, entraîné par le moteur électrique activé lors des arrêts (photo de droite)

L’inertie accumulée par ce disque se ‘retransformait’ en courant électrique pour le moteur lors de la marche. Le fabriquant suisse Oerlikon avait un siècle d’avance sur la Renault Zoé… grosse consommatrice de batteries chinoises !

J’ai eu la chance d’assister à l’atterrissage et au décollage du génial Super Constellation, construit par Lockheed de 1943 à 1958.

Le fabuleux quadriréacteur Super Constellation de 1947

J’ai aussi vu les premiers vols de la Caravelle (à bord de laquelle j’ai fait mon baptême de l’air en 1964)

J’ai eu la chance de conduire les vraies voitures populaires des années 50/60 : la Fiat Topolino, la célèbre 2 CV, la VW Coccinelle, la Renault 4 CV. Et mes deux premiers véhicules, une BMW 700 (moteur de moto)  et une DKW Junior ( deux temps fumante). En 1956 j’ai vu la première Citroën DS 19 à Lausanne et en 1964 j’ai vu et entendu sur la ligne droite des Hunaudières, le bruit caractéristique de la Rover BRM à turbine (80’000 tours minute), pilotée aux 24 Heures du Mans par Graham Hill et Richie Ginther.

J’ai eu la chance de vivre en temps réel la sortie de quelques ‘nouveautés‘ de l’automobile : Le moteur transversal avant de la Mini, la ceinture de sécurité, les pneus radiaux (La 2 CV a été la première équipée en série de pneus Michelin X en 1948 !), le moteur rotatif Wankel, les freins à disques, la synchronisation du passage des vitesses, la démocratisation des boîtes automatiques que renient certains ‘fossiles’ de la conduite qui ‘aiment’ encore changer de vitesses… Ça fait paraît-il viril ! 

J’ai connu l’avènement de la direction et des freins assistés, les lève-glaces électriques, la clim, le verrouillage centralisé, la popularisation du 4×4, le GPS, l’ABS, l’ESB, la voiture hybride 100 fois plus intelligente que cette stupidité de voiture électrique, donc nucléaire en France…

Spectateur et téléspectateur enthousiaste j’ai vécu le tour du monde de Solar Impulse, la fabuleuse aventure de Bertrand Piccard et André Borschberg.

Et je suis assez content de cette photo… puisque j’en suis l’auteur

En 1958 j’ai vu dans le ciel valaisan le premier satellite Sputnik (On ne parlait pas encore du vaccin russe !). C’était lors d’une montée nocturne de Zinal à la Cabane Tracuit (à 3 256 mètres d’altitude) sur les pentes du Bishorn, le « 4000 des dames »


 J’ai eu la chance de voir, dans la vitrine d’une pharmacie, la première TV. C’était en février 1956, sur un trottoir, par une douce soirée à moins 25° mais le cœur réchauffé par les médailles d’or de mes compatriotes Renée Colliard en slalom et Madeleine Berthot en descente aux J.O. de Cortina d’Ampezzo.

La nuit du 20 au 21 juillet 1969 j’ai eu la chance de voir sur un petit écran noir et blanc les premiers hommes à poser les pieds sur la lune. J’avoue qu’à l’époque mon anglais basique ne m’avait pas permis comprendre le sens de That’s one small step for man, one giant leap for mankind !

J’ai eu la chance de connaître intimement les 3 pilotes suisses vainqueurs de Grands Prix de Formule 1 : Joseph Siffert, Clay Regazzoni, Toulo De Graffenried et de partager quelques voyages, soirées et repas mémorables avec eux !

J’ai eu la chance de pédaler sur des bicyclettes de course en suivant le progrès : j’ai passé de 3 à 4 puis 5, 6, et 7 pignons arrière (je n’ai pas essayé les 11 pignons actuels ni les changements indexés, maintenant électriques !). J’ai connu les cadres en « tuyaux de chauffage » de mes vélos de gosse, puis les tubes Reynolds, Ishiwata de 3 dixièmes (les pros apprécieront) et enfin la fibre de carbone.

Le parapente a été inventé à Mieussy en Haute Savoie en 1978. J’ai effectué 30 grands vols dès 1986 avec la chance de ne pas avoir eu d’accident avec du ‘matos’ qui, vu avec les yeux du XXIème siècle, était à la limite du hors-jeu ! Je précise que cette évocation a intéressé une de mes voisines andalouse qui se remet de 21 opérations à la suite d’un crash en parapente bi-place.

J’ai eu la chance que mon père m’achète, j’avais 5 ans, mes premiers skis en bois, avec fixations Alpina à étriers et courroies… bien sûr sans arrêtes ni fixation du talon. Toujours grâce à l’enseignement de mon père j’ai appris à skier en Télémark, ce qui m’a valu, 30 années plus tard, de devenir chef de classe dans les cours de la Fédération Suisse de ski, pour l’enseignement de cette technique ancestrale, remise à la mode, aux profs de ski de Suisse allemande. Rien que ça…

J’ai vécu les débuts de l’informatique ‘domestique’, en 1984 déjà, avec mon premier Macintosh 128K. Puis la mode a passé à l’intelligence artificielle, mais je ne me sens pas concerné tant qu’on n’aura pas éradiqué la stupidité naturelle…

J’ai connu l’honnêteté… et c’était vraiment une chance : Avant l’ouverture du kiosque de la gare, le premier arrivé avant 05h30 sur le quai, coupait la ficelle du paquet de journaux qu’on venait de livrer, prenait son ‘canard’ et laissait la monnaie sur la pile. Les suivants faisaient de même, certains profitant de faire du change en laissant un billet de 10 ou 20 francs suisses et le gérant du kiosque trouvait toujours le compte exact à l’ouverture… bon, c’était avant les accords de Schengen !

J’ai eu la chance de pouvoir faire du vélo, du ski et même du scooter sans porter de casque.  Imaginez qu’on traversait Genève sans rencontrer de feux rouges, le premier ayant été mis en service en 1958. Ah ! J’oubliais la liberté de gérer avec conscience sa vitesse sur des routes sans limitations et sa consommation d’alcool !

J’ai vécu la sortie du WEB, du LASER, de la mini-jupe (J’étais à Carnaby Street en 1964 !), le Velcro, l’imprimante 3D, le transistor, la pilule anticonceptionnelle, les chemises ‘zazou’ portées par-dessus le pantalon. 

En 1964 j’ai roulé de Genève à Lausanne sur les premiers 60 km d’autoroute de Suisse alors que nos amis français n’avaient que les 9 km d’Avalon à Auxerre !

Je ne sais pas si ce fut une chance mais on ne peut pas oublier les découvertes comme le boson de Higgs, le génome humain et l’ADN.

J’ai connu toutes les découvertes de combustibles dits propres : l’énergie nucléaire, expérimentée dès 1951 dans l’Idaho aux USA (première centrale en France, celle du Bugey, en 1979), les centrales marémotrices, les cellules photovoltaïques, l’éolien, j’en oublie ? Vous remarquerez que je ne fais pas de commentaires sur les qualités, les défauts et les inconvénients de ces énergies dites ‘vertes’. Chacun est libre de ses convictions, idées et préférences. 

Je suis heureux d’avoir suivi, à distance, la première greffe du coeur par le professeur Christian Barnard en 1967.

Et j’ai surtout eu la chance de vivre avant cette incongruité de téléphone mobile, la pire addiction à laquelle l’humanité ait succombé.  Je vais me faire des amis mais j’affirme que cette addiction est une pandémie. Bon, on le saura… vivent les dinosaures !

Mais finalement ma vraie chance n’est-elle pas de ne pas avoir eu de malchance ? Et si la malchance n’était que le résultat de ne pas avoir su saisir sa chance au bon moment ?

Vous reprendrez bien une petite pensée de borgne depuis la Méditerranée, non?

« Il faut ouvrir l’œil et le bon ! »     Moi, je ne fais que ça !

Signé Norbert Duvoisin, connu aussi sous le pseudo d’Akimismo!

Une vie de borgne (Chapitre 5)

1132 mots

26/09/2021 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 5) »

Oui, vous avez bien lu, nous en sommes déjà à la 5ème publication de Une vie de borgne… mais j’ai oublié de commencer par le début. Ce serait pourtant la moindre des choses de parler des origines de mon histoire non?

Alors ‘flash back’ , ce qui méritera encore un 6ème chapitre!

Mon idée était de partager les vicissitudes et les contraintes d’une vie avec un seul œil valide. Une sacrée entreprise, qui pourrait aider des handicapés de la vue, mais aussi ceux touchés par d’autres « défauts de fabrication », les aider  à affronter une existence déjà difficile sans problèmes physiques, leur prouvant qu’avec de la volonté, même un peu de hargne, on peut vivre ‘normalement’, même ‘plus que normalement’. 

Le déclic ? Une amie m’a un jour demandé de parler à Léo, son fils, qui avait alors 9 ans, qui ne voyait que d’un œil, ce qui le perturbait psychologiquement. C’est maintenant un homme dont on vient de me dire qu’il avait fait des études brillantes, qu’il a réagi de manière positive à mon « sermon », voit la vie d’une autre manière, qu’il est devenu… ‘bin quoi’ normal ! C’est au moins une des motivations d’écrire ce texte.

Une autre raison est qu’il ne doit pas y avoir beaucoup d’oculistes borgnes pour raconter scientifiquement leur vécu. Ai-je le droit de disserter sur un sujet aussi délicat ? Vous me le direz !

Voici ce qui aurait dû être le chapitre premier de mon projet d’édition:

Au commencement…

… il s’agit des premiers mots de la Genèse, mais est-il convenant qu’un agnostique emprunte à la Bible le titre de ce chapitre?  Vous jugerez !

C’est avec les tables que l’histoire a commencé. Les tables? oui, car c’est l’époque où je me cassais la figure contre celles de notre appartement. Sachant qu’une table standard mesure environ 75 cm de hauteur, il est facile d’imaginer la taille du gosse. Je devais avoir 4 ou 5 ans. Certitude : il y avait un problème avec ma vue. L’oculiste de famille travaillait avec les connaissances et les outils de l’époque. Les nanoparticules d’or découvertes au XXIème siècle ne promettaient pas encore d’améliorer le traitement des maladies oculaires. Notre ‘zyeutiste’ avait diagnostiqué un strabisme convergeant de l’œil droit, confirmant ce que mes parents savaient déjà.

Eh ! Irène… ton fils y louche !

Le strabisme et la méchanceté des gosses

A l’école, on m’avait demandé de disserter sur un fameux sujet de baccalauréat : L’homme nait bon, la société le corrompt. A 15 ans j’avais pris le contre-pied de cette affirmation, m’inscrivant en faux contre Jean-Jacques Rousseau. Soixante-cinq ans plus tard je maintiens que la race humaine est intrinsèquement mauvaise, agressive, égoïste et souvent dangereuse par fierté, rancoeur et jalousie. Les améliorations ne peuvent venir que de l’éducation.

La télévision balbutiait, l’ordinateur personnel et le téléphone portable n’existaient pas et les ruraux lisaient peu. Donc la méchanceté de mes camarades ne pouvait venir que d’eux-mêmes ou de ce qu’ils entendaient dans leur entourage. Triste constatation !

Je revois parfois un homochrone (*) qui a une crise d’amnésie quand je lui rappelle qu’il nommait « La jambe » un écolier ‘traînant-la-patte’, séquelles de la poliomyélite, et qu’il me nommait « L’œil ». Authentique, même s’il dit ne pas se souvenir de cette méchanceté. Moi, je n’ai pas oublié!

(*) Une petite digression pédante : Homochrone vous interpelle mais comment parler d’une personne née la même année que vous ? Un mot permet d’exprimer cette notion : contemporain, mais il s’agit d’un usage ancien et de plus contemporain signifie « de la même époque » donc pas forcément de la même année. Oui je sais que je renie mes origines car contemporain est utilisé dans le bassin lémanique pour parler de conscrit, mais je n’ai pas fait de service militaire et le terme m’indispose. « Né la même année que moi » vous convient-il mieux ? Tiens ! Saviez-vous que les borgnes étaient pinailleurs ?

‘Loucheur’ de constitution cachectique, je suivais mes classes avec une année scolaire d’avance. Imaginez un ‘maigrichon’ aux prises avec des élèves issus de la campagne profonde, ayant redoublé une ou plusieurs années, des paysans baraqués de 14 ou 15 ans dans la même classe qu’un fluet de 11 ans assez doué ?  Je ne pense pas utile de vous parler de mes souffrances à la récréation !

Ah voilà le loucheur !

Ne tape pas où tu regardes

T’as un œil qui dit merde à l’autre

A qui tu parles? (me disaient mes interlocuteurs en détournant la tête, pensant que je m’adressais à un autre)

Eh le bicle !

Jusqu’où s’arrêteront-ils, aurait dit Coluche

  J’ai vécu l’abject et après des années de malaise, de quolibets, d’affronts, de vexations, vint la période de la puberté et des attirances sexuelles, féminines dans mon cas! Je me suis alors construit une stratégie de défense et de protection encore d’actualité: S’agissant de l’œil droit qui ‘tirait’ à gauche vers le nez, je me suis imposé une systématique : Toujours me positionner à gauche de mes interlocuteurs (surtout interlocutrices) afin de forcer l’œil droit à regarder plus à droite, vers l’extérieur. Pour les réservations de places au théâtre, au cinéma et le choix des sièges au restaurant, je parviens presque toujours à m’installer à gauche de tout le monde ! A noter qu’une cinquantaine d’années ont suffi à stabiliser la situation car, en forçant mon œil à regarder plus à droite, mon anomalie n’a pas disparu mais a très fortement diminué. Pour moi, c’est avéré mais je serais heureux d’avoir l’avis d’un ophtalmologue sur la pertinence de cette affirmation: En passant toute une vie à forcer l’œil « qui dit merde à l’autre » à diverger de son collègue de gauche pour voir dans la même direction, il me semble que mon strabisme a diminué de manière significative

Que dit la faculté ? Cette réparation est-elle due à mon travail acharné de tous les jours, une conséquence de l’âge, ou de l’autosuggestion ? Merci Mesdames de me le dire à notre prochaine rencontre… 

Comme promis, il y aura une suite à cette genèse!

Vous reprendrez bien une petite pensée, non? Vous êtes si sympas d’accepter que je vous faire une offre: 4 pensées avec commentaires personnels pour le prix d’une. D’accord?

L’œil du maître

  Borgne et patron d’entreprise, cette expression me concernait… à double titre !

Ne dormir que d’un œil

  Toute ma vie j’ai dormi plus de 10 heures par nuit mais j’ai choisi le bon oeil !

Œil pour œil dent pour dent

  Mais je n’échangerais pas mon œil valide contre une molaire de mon adversaire !Les commentaires en rouge sont de moi… vous vous en étiez douté hein?

 

 

 

 

Une vie de borgne (Chapitre 6)

02/10/2021 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 6) »

Second chapitre de la genèse de mon handicap

La révélation

Mes parents avaient des revenus plus que modestes et les assurances sociales n’existaient pas. Simple bûcheron mon père faisait pourtant partie d’une loge maçonnique, mais il ne m’a jamais dit ce qu’il était allé chercher ou trouver dans cette société, alors plus secrète que de nos jours. Point positif, un ‘vénérable frère’ était professeur d’ophtalmologie à l’Université de Genève. C’est donc à 5 ou 6 ans lors d’une consultation, paraît-il à prix d’ami mais tout de même fort couteuse, chez cette pointure en blouse blanche que j’ai appris la vérité qui devait conditionner toute mon existence : j’étais borgne, un mot que je ne connaissais pas.

 Je souffrais (et souffre encore !) d’une malformation congénitale du nerf optique.

Le suivi de mon cas (en vérité il n’y avait rien à suivre !) incomba à notre oculiste de famille, qui pratiquait le peu qu’il savait faire, prescrivant par exemple un bandeau occulteur sur l’œil valide afin de forcer ‘l’autre fainéant’ à travailler. Ce traitement moyenâgeux fût aussi inefficace que traumatisant pour moi, ajoutant encore de la confusion à mes mouvements et des chocs contre les tables !

Il croyait peut-être à un miracle cosmique… mais surtout il n’avait rien compris à cette malformation du nerf optique. Il pensait soigner la faiblesse d’un œil qui louche (strabisme) et que le corps met parfois hors service : on parle alors d’amblyopie. A part le diagnostic du professeur genevois, personne n’avait fait le rapport entre mon strabisme et la borgnitude, même pas le fameux Hôpital Jules Gonin de Lausanne dont je vous ai déjà parlé. On ne saura jamais s’il y a une relation de cause à effet entre ce court-circuit dans la ‘câblerie nerveuse’ et la ‘divergence’ de parallélisme de mes yeux.

La conséquence la plus visible du strabisme est esthétique, mais elle a eu le mérite de révéler ma borgnitude, amblyopie ou non !

Vivre, boire et manger avec un seul œil, c’est compliqué !

Une vision monoculaire sous-entend une vie de lutte sans relâche ni répits. Une attention permanente, une débauche de montées d’adrénaline, de peurs et de questions.

Hors de son lit un borgne ne peut jamais se permettre une seconde d’inattention, subissant stress et agressions permanents.

Avant de descendre d’un trottoir sur la chaussée, avant de se lancer dans une pente à skis, en quittant un stop au volant et surtout avant d’entrer dans une demeure inconnue, je dois toujours scruter la pièce ou le terrain en pratiquant ma fameuse ‘pseudo parallaxe’ par hochement latéral de la tête, pour analyser les divers plans et avoir une idée à peu près satisfaisante de l’inconnu que représente chaque pas.

Toute situation nouvelle est hostile. Entrer dans un espace inconnu engendre une quasi ‘paralysie’ si je ne peux pas utiliser mes deux mains, presque à l’image d’un aveugle, pour une gestion tactile des mouvements. En essayant toujours de le faire discrètement je ‘laisse traîner mes paluches’, effleurant chaque meuble, chaque chaise, chaque paroi… parfois, sans le vouloir mais sans en souffrir (!), effleurer aussi certaines rotondités féminines !

Et les plaisirs de la table ? Assis, il m’est impossible de remplir, même mon propre verre, d’où l’obligation de me lever. Là encore l’opération se termine presque toujours en catastrophe ! Je dois ‘localiser tactilement’ le verre avec une main et de l’autre commencer à verser en mettant en contact le récipient avec le goulot de la bouteille, puis en levant cette dernière… presque toujours au détriment de la propreté des nappes.

Vous comprendrez que j’essaie de ne jamais servir mes invités et je saisis n’importe quel prétexte pour qu’ils le fassent eux-mêmes, car je refuse que ma maladresse déclasse un grand cru en… de vin de ‘table’ ordinaire !

A la fin du repas c’est la délivrance, car je peux reculer ma chaise, m’installer en biais, une habitude pas très correcte mais indispensable à un bavard d’après repas, habitué à utiliser ses mains à la mode italienne. Le nom du cyclope Polyphème, fils de Poséidon signifie : « abondant en paroles ». Pourrait-on dire que n’avoir qu’un oeil prédispose mythologiquement à être bavard ?

Reculer ma chaise me permet de sortir de mon stress récurent à table. Je peux enfin poser un coude sur la nappe (Ô ma chèèèère quelle tenue !) à titre de point d’appui et de repère physique, à partir duquel je peux apprécier la localisation de tout ce qui constitue l’après repas, pour prendre en main mon verre sans aucun effort de concentration, une véritable délivrance quoi !

A votre bonne santé…

Pour le dessert, vous reprendrez bien une petite pensée, non ?

Entre quat’z yeux

  Situation très improbable pour moi, a moins de rencontrer un ‘trivoyant’

Une vie de Borgne (Chapitre 7)

 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 7) »

Vous avez dit handicapé ?

S’agissant de la borgnitude, j’emploie souvent le mot handicapé mais, au fait, qu’est-ce qu’un handicap ? On pense tout de suite à para ou hémiplégique mais il peut s’agir aussi d’une simple claudication, d’une gêne physique, une ouïe ou une vue diminuée. C’est un sujet très délicat que je laisse à votre appréciation.

A la fin des années 50, l’équipe de scouts dont j’étais responsable était ‘marraine’ d’une troupe EMT (Éclaireurs Malgré Tout). Ils étaient pensionnaires d’une institution pour sourds (*). J’ai donc eu à plusieurs reprises la chance de leur rendre visite et de les voir essayer d’apprendre à parler malgré leur surdité. Au milieu du siècle passé, les moyens étaient aussi archaïques que ceux que je connaissais en matière de traitement des yeux. Nos petits handicapés étaient assis devant un miroir et tentaient de produire des sons à travers la flamme d’une bougie. Le vacillement de cette flamme leur donnait la notion de puissance du souffle. Leur assiduité était impressionnante mais les résultats n’avaient rien d’exceptionnel ! Et pourtant, si vous aviez vu leur enthousiasme et leur bonheur…

(*) L’expression SOURD-MUET est une incongruité. On est sourd parce qu’on n’entend pas et le mutisme n’est que la conséquence de la surdité. Ne pas confondre muet avec aphone. La messe est dite. J’ai eu l’occasion de côtoyer des sourds qui parlaient, bien sûr pas avec l’éloquence d’un ministre, mais qui parlaient. C’est d’autant plus facile actuellement avec les progrès électroniques, informatiques et didactiques de permettre à des sourds d’échapper à cette stupide appellation de sourds-muets.

Un enfant très diminué physiquement m’a un jour donné ‘sa’ version du handicap. Lisez ou relisez un texte que j’ai publié en 2017 sur ce blog, donc un « Best of »


Borgne mais tout de même pilote de montgolfière pendant quelques années, je participais à la célèbre semaine des ballons de Château d’Oex. Un jour que les conditions météo n’étaient pas très bonnes pour décoller, notre commanditaire (maintenant on dirait ‘sponsor’) nous avait demandé de faire du captif pour des gosses handicapés. Un ‘captif’ consiste à gonfler le ballon, le retenir avec 3 cordes de 60 mètres et faire des « ascensions » d’une quarantaine de mètres. Une attraction de fête foraine quoi !
L’aérostat étant prêt, je m’intéresse aux gosses. Et là c’est un choc… Tous en chaise. Leur état ? Tous très très… non je me refuse à trouver un qualificatif, c’est un souvenir trop bouleversant.
C’est Michel, mon collègue pilote, qui est aux commandes. On embarque une infirmière et, profitant de ma bonne condition physique, j’officie comme chargeur, empoignant chaque enfant pour l’extraire de sa chaise et à bout de bras je le passe à l’infirmière dans la nacelle, où on avait installé un siège car vous pensez bien que nos petits passagers ne pouvaient pas se tenir debout, même pour les quelques minutes que durait l’ascension. Que de joie j’ai lu dans leurs yeux !
La suite ? Comme on le dit au basketball : ‘Arbitre, je demande un temps mort’, car devant mon clavier, me remémorant cette histoire d’il y a près de 30 ans, j’en ai encore les larmes aux yeux…
Vous savez que je porte les traces d’un strabisme convergeant, oui je louche un peu, merde… Mais, coquetterie masculine aidant, je présente toujours mon ‘bon profil’ et il faut être futé pour déceler ce ‘défaut de fabrication’ au premier coup d’œil, surtout avec mes lunettes de haute montagne très foncées.
Et pourtant…
Pendant l’une des ascensions navettes du ballon, je m’installe sur une chaise près des enfants. L’un d’eux me toise et me pose une question que j’ai de la peine à comprendre tant son élocution est à l’image de son état physique… « T’as quoi à l’oeil ?» « Rien !» « Mais… t’as quelque chose à l’oeil !» répète avec insistance mon interlocuteur.
Je lui avoue être borgne.
Vous attendez une chute à cette histoire ? Tenez-vous bien et écoutez ce gosse, me dire, dans un immense éclat de rire satisfait :

« Ah Ah ! Alors t’es handicapé… comme moi !»

Vous reprendrez bien une petite pensée, non?

Cela coûte les yeux de la tête !

Cette expression viendrait de l’espagnol « cuesta un ojo de la cara » (ça coûte un œil de la figure) alors qu’en 1524, au Pérou, Diego de Almagro venait de recevoir dans son oeil la flèche d’un Indien… et s’en plaignait !

Une vie de borgne (Chapitre 9)

 ~ AKIMISMO ~ MODIFIER »UNE VIE DE BORGNE (CHAPITRE 9) »

Un autre « Best of », avec mes affectueuses excuses à ceux qui l’ont déjà lu ici en 2018, sous le titre de La Bête Humaine ou Le Mécano de la ‘Générale’ (*) et qui peuvent penser que je radote. Du reste, c’est peut-être le cas ! En fait, cette réédition devait être un chapitre du livre que je ne publierai pas. Elle est donc surtout destinée à mes nouveaux lecteurs!

La passion d’une vie !

J’avais presque 5 ans. Notre village était desservi par un chemin de fer à vapeur et j’étais fasciné par la belle machine fumante qui haletait (Tchou tchiiiiiiiiie… Tchou tchiiiiiiiiie…)  en attendant le départ, surtout que souvent le mécanicien me soulevait à bout de bras, et me faisait entrer dans le poste de conduite.  « Quand je serai grand je serai conducteur de locomotive ». Les années passaient et ma passion ne faiblissait pas, mais j’ai appris que …

… borgne, je ne pourrai jamais conduire de train!

Ce fut une des grandes désillusions de ma vie: Donc adieu Eb 2/4, la locomotive à vapeur de mon enfance, ci-dessous

et adieu aussi à la mythique « Ce 6/8 III » la ‘crocodile’ de la ligne su Gothard

J’ai toujours eu les yeux humides en voyant entrer en gare les locomotives couvertes de glace, racontant des traversées alpines apocalyptiques, des expéditions dantesques en Extrême Orient, des tempêtes lointaines, et moi ressassant avec amertume que je ne serai jamais assis aux commandes de ces merveilles !

Un jour un ami, mécanicien aux Chemins de Fer Fédéraux helvétiques, connaissant ma passion refoulée, me propose le rêve impossible :

« Je vais convoyer un train supplémentaire de Berne à Lausanne. Veux-tu m’accompagner ? »

 Je suis sûr que vous n’imaginez pas ma réponse !

Je réalise la première partie de mon rêve depuis Berne sur le siège de droite et, pendant les 3 minutes d’arrêt à Fribourg mon pote me propose de m’asseoir à la place du conducteur « juste pour la sensation ». Le feu passant au vert, il m’apostrophe :

« Qu’est-ce que t’attends pour démarrer. Allez vas-y bon dieu, le chef de gare va penser que je me suis endormi ! »

Je presse la ‘pédale du mort’ avec mes pieds et actionne la commande manuelle à impulsions, clac ! clac ! clac ! pour ‘mettre des touches’, comme on qualifie la procédure d’accélération. Les 6500 chevaux de la ‘Re 4×4 II’ poussent très fort. « Fais gaffe t’es sur un secteur à 100 km/h ! » Je diminue la vitesse. Puis, au début d’une légère montée à 120 km/h ‘ma’ machine ralentit. « Il aurait fallu remettre des touches plus tôt ! » Ayant souvent piloté des voitures très puissantes j’applique ma vieille habitude : « à fond les manettes !».

Vu mon manque de sensibilité en mettant trop de watts ou d’ampères d’un coup, le système de sécurité déclenche le ‘schmilblick’, provoquant une disjonction bruyante semblable à un coup de tonnerre. Mon convoi ralentit, ralentit… et mon ami m’informe qu’il faut laisser le train s’arrêter avant de recommencer à accélérer : Touches 1… 2… 3… 4… etc. J’entends alors un commentaire ironique « Si à la prochaine révision ils avaient l’idée de consulter la « boîte » noire, ils risquent d’avoir une crise d’éternuement ! ».

J’ajoute qu’ils auraient aussi fait une attaque d’apoplexie, sachant qu’un borgne était à la manœuvre !

Reprenant un ton professionnel sérieux mon pilote précise :

« Bon, je reprends les commandes car à la sortie du tunnel de Chexbres nous abordons la descente vers le Bassin lémanique et il ne faudrait pas faire de connerie dans ce toboggan avec un convoi de 64 essieux et 680 tonnes « au cul » (Selon l’expression consacrée !).

En gare de Lausanne il m’invite encore à l’accompagner au dépôt  « décrocher la ‘composition’ pour le lavage des wagons ! »

Le dessert ? Les trois kilomètres de retour à la gare principale avec la locomotive solo.  J’ai droit à une démo que peu ont eu le privilège de ressentir : Hilare mon facétieux pote libère, volontairement et d’un coup, les 6500 chevaux de la Re 4/4 II produisant une gerbe d’étincelles sur les voies. Whaouhhh !  Même dans la Ferrari 512 F avec le pilote de formule 1 Mike Parkes à Monza je ne crois pas avoir ressenti un tel « coup de pied au cul » à l’accélération.

Merci à mon ami Jean-Paul pour cette fabuleuse expérience qui date de plus de 30 ans mais restera dans ma mémoire !

 

« Ma » Re 4/4 II

(*) Une précision pour terminer : La version originale du film de Buster Keaton est « The General » du nom de la locomotive, ‘féminisé’ et ‘francisé’ en « Générale » Bon ! General ou Générale je vous conseille vivement de consacrer une heure 18 minutes et 52 secondes à regarder ce chef d’œuvre du cinéma ‘muet’ de 1926. Eh oui 1926…

https://youtu.be/x3HioYRd0Ck

Une vie de borgne (Chapitre 10, première partie)





Un borgne peut-il skier, conduire et même piloter ?

Vaste question pour cet article qui est le 300ème de ma logorrhée sur ce blog. Bonne occasion de boire un coup à votre santé et à la mienne, bien sûr !

Je suis le premier surpris de tout ce que j’ai pu faire, conduire et piloter avec un seul œil.

Mais si vous saviez la somme de remises en question, de doutes, d’analyses permanentes et de concentration que ça m’a couté…

Etre borgne prédispose à de la prise de conscience et beaucoup d’attention. Vous allez me traiter de prétentieux mais moi je vous trouve insouciants quand je vous vois conduire et vous me faites peur! Nous y reviendrons.

Commençons par le ski, un domaine que je connais bien pour avoir été instructeur fédéral dans mon pays. J’ai enseigné le ski alpin et le ski de fond puis, expert en télémark, je fus chef de classe pour l’enseignement de cette technique ancestrale, remise à la mode dans les années 80, à des profs de ski de toute la Suisse.

Lançons-nous dans une descente en plein brouillard, à la Combe d’Audon aux Diablerets dans les Alpes vaudoises, une ‘Piste noire’ non officielle à l’époque, donc bien sûr pas damée, partant de 2971 m. d’altitude, longue de 8 km avec 1300 m. de dénivelé, recouverte d’un mélange de neige d’avril en fin de matinée et de ‘carton’ dans les zones non encore réchauffées par le soleil.

J’avais relevé mon bonnet pour dégager les oreilles, une attitude courante chez moi pour me concentrer, écouter, observer et éviter les pièges de cette descente… et il y en avait ! C’est alors qu’un copain (normal, deux yeux !) me fait un commentaire à la ‘con’ sur mon attitude. Je lui dis, très énervé, de ‘la fermer’ car je skie à l’oreille ! Cet abruti a éclaté de rire, communiquant ma remarque aux autres, amplifiant encore les rires, les quolibets et les sarcasmes.

J’aurais souhaité à ces cuistres de perdre un œil pour apprécier le pilotage à l’oreille…  Du reste, cet événement est une des raisons qui ont motivé l’écriture de ce texte !

Dommage que ces persifleurs n’aient jamais testé mes aptitudes à conduire dans le brouillard, à des vitesses qui ont toujours bluffé mes passagers. C’est quoi le brouillard ?

En 1968 (oui encore des histoires du front !) j’ai traduit en français « Motor racing in safety » de Michael Henderson. Sa vision du pilotage est devenue obsolète à part une réflexion : Les voitures de course se pilotent plus avec les fesses qu’avec les yeux. C’est du reste pourquoi les sièges baquets sont moulés sans capitonnage, pour s’ajuster parfaitement à l’anatomie du pilote. J’avais lu un hommage à Niki Lauda, précisant que le triple champion du monde autrichien « avait un cul privilégié » et que c’est grâce à l’épiderme de cette partie ‘sensible’ de son corps qu’il détectait avant tout le monde n’importe quel comportement dynamique de sa voiture.

Dans mon cas, pour être plus sûr au volant je vous l’ai déjà dit, j’utilise aussi les oreilles qui, comme les fesses, sont des moyens de perception des vibrations du véhicule, du comportement des pneus sur la route, bref des ‘sensors’ peu connus, que la nature nous offre. Sans oublier l’appui du genou contre la portière, autre sensor dont on ne vous a pas parlé à l’auto-école ! Vous comprendrez qu’en roulant je n’allume jamais la radio et, quand la route devient difficile, j’entrouvre ma glace pour percevoir l’ambiance sonore extérieure.

Si les binoculaires s’inspiraient de ma manière de fonctionner, il y aurait moins de morts sur les routes et les limitations de vitesse s’avéreraient parfaitement inutiles. Commençons par apprendre à conduire en étudiant les forces dynamiques, interdisons les radios, GPS, téléphones, même ceux dit mains libres, et toutes les stupidités relatives à la voiture connectée.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est connard.jpg
Le dessin du jour de Gilles Labruyère, un ami blogueur blagueur, qui semble fait sur mesure pour illustrer mes propos.



Remettons l’humain à sa place et prenons conscience que les auto écoles font fausse route. Acceptons de ne pas être Max Verstappen ou Fernando Alonso, dont la virtuosité au volant et la maîtrise des diverses commandes sont la conséquence de centaines et de centaines d’heures de compétition et d’entraînement sur simulateur. Que je sache je ne suis pas, vous n’êtes pas, nous ne sommes pas pilotes de Formule 1, donc nous ne jouons pas dans la même catégorie qu’eux !

Je sais que ces prises de position ne plairont pas tout le monde… ce qui ne m’empêchera pas de donner très prochainement une suite à ce pamphlet ! Vous ne perdez rien pour attendre…